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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 14:27

« Il n’y a que deux conduites dans la vie : ou on la rêve ou on l’accomplit »

 

René CHAR (1907-1988) – Poète français et dans la lumière

 

Ils côtoient les plus grands au quotidien. Ils sont leurs éminences grises, voire leur matière grise. Plumes, assistants parlementaires, directeurs de cabinet : ce sont les conseillers de l’ombre de ceux qui nous dirigent. Ils agissent en coulisses pour que leur patron soit le meilleur de tous sur scène. On ne les voit que rarement car on n’a pas à les voir. Ces conseillers du prince sont là pour conseiller. Pas pour briller.

 

Le plus célèbre d’entre eux est bien sûr Machiavel. L’homme qui a écrit « Le Prince » n’avait rien à voir avec celui qui a écrit « Le Petit prince ». Il était bien plus cynique, calculateur et pragmatique. En un mot, machiavélique. Machiavel est inévitable dans l’histoire des idées politiques parce qu’il est le premier à avoir pensé l’exercice du pouvoir. Exercer le pouvoir consistait pour lui avant tout à garder le pouvoir. Par la force ou par la ruse, ou par les deux simultanément : la fin justifie les moyens.

 

Ses conseils aux Médicis restent toujours valables pour tous ceux qui aspirent un jour à conquérir puis conserver le pouvoir. Cette tradition du conseiller de l’ombre machiavélien sera importée d’Italie vers la France par deux hommes d’Église, les cardinaux Richelieu et Mazarin. Ces derniers auront une grande influence sur le roi Louis XIII et sur la régence. Le deuxième a consigné ses pensées dans son célèbre « Bréviaire des hommes politiques » : 1) simule 2) dissimule 3) ne te fie à personne 4) dis du bien de tout le monde 5) prévois avant d’agir. Un certain Louis XIV s’en méfiera.

Le roi-soleil n’imaginait pas que son pouvoir absolu puisse être sous influence. Pour se départir de la dépendance à une seule personne sans pour autant se risquer à de mauvaises décisions, il eut une idée : le conseil des ministres. La polysynodie ou la pluralité des conseils : avoir plusieurs avis différents pour ne pas être esclave d’un seul. D’où ces grands ministres de la France dont les noms sont parvenus jusqu’à nous, de Colbert à Vauban en passant par Louvois. Le premier grand ministère.

 

Des princes sous influence

 

Napoléon ne fera pas autre chose malgré 15 ans de pouvoir absolu. Qu’importe que ses fidèles ne le furent pas vraiment, Talleyrand et Fouché lui ayant planté des couteaux dans le dos dès qu’ils saisirent que l’empire allait s’écrouler. Son lointain successeur le Général de Gaulle en tirera les leçons. Au lieu de mettre sa confiance dans des ministres, il préféra concentrer le pouvoir à l’Élysée autour de quelques proches hauts-fonctionnaires. L’exercice du pouvoir sans l’appétit du pouvoir.

 

C’est cette conception des hommes de l’ombre qui est restée sous la Ve République, quel que soit le camp ou le clan au pouvoir. Alors que les ministres paradent devant les médias, ce sont les technocrates sous la coupe du président qui exercent le vrai pouvoir. On pense aux secrétaires généraux de l’Élysée, de Jean-Louis Bianco sous François Mitterrand à Jean-Pierre Jouyet sous François Hollande en passant par Claude Guéant sous Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin sous Jacques Chirac.

 

Forcément, la démocratie ne ressort pas grandie quand ce sont des techniciens non élus qui imposent leur loi et dictent leur conduite aux gouvernements. Cette apogée de l’imagination est en même temps sa fin quand ceux qui sont chargés de penser l’avenir s’en déchargent sur d’autres. On raconte que Patrick Buisson a lobotomisé Nicolas Sarkozy pour faire venir de lui ce qu’il voulait lui-même, à savoir le retour de Charles Maurras. La suite a montré que cela n’avait réussi ni à l’un ni à l’autre.

 

La voix du peuple n’est pas toujours le tambour de la foule et le visionnaire ne voit pas toujours tout. Un homme de l’ombre nuit à son homme de paille s’il prend trop la lumière. On pense à Jérôme Lavrilleux, qui aurait aimé ne pas quitter l’anonymat. D’autres ont préféré écrire leur propre histoire après s’être passionnés pour celle d’un autre. Henri Guaino s’est émancipé de Nicolas Sarkozy comme Bruno Le Maire de Dominique de Villepin. Quitte à mordre la main de ceux qui les avaient nourris.

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