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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 09:11

« Personne n’a de chance tous les jours »

 

BACCHYLIDE (500 av. J.C. - 400 av. J.C.) – Poète grec et passé près

 

Il arrive que l’histoire ne tienne qu’à une voix. À une voix près : c’est dans cette situation que se trouve le gouvernement socialiste de Manuel Valls depuis qu’il n’a plus qu’une majorité relative à l’Assemblée nationale. Le nombre de députés socialistes ne dépasse que d'une voix la majorité absolue. Les menaces conjointes des frondeurs et des radicaux mettent chaque jour en péril la survie de la gauche au pouvoir. Dans une situation où chaque vote compte, il est bon de se remémorer quelques exemples historiques analogues. C’est l’objet de l’article de ce jour.

 

Nous sommes en 1793. La première assemblée parlementaire de l’histoire de France doit se prononcer sur la condamnation à mort du roi Louis XVI. Celui-ci s’est rendu coupable de haute trahison en ayant voulu pactiser avec les ennemis de la nation et en ayant tenté de fuir à l’étranger. Il fut finalement arrêté à Varenne. On connait la suite. L’assemblée votera la mort du roi à une voix de majorité, dont celle plutôt inattendue de son cousin Philippe d’Orléans dit Égalité. La république avait vaincu.

Nous sommes en 1875. La IIIe République encore fragile se cherche des institutions alors même que son assemblée constituante est encore majoritairement composée de monarchistes et de bonapartistes. Les républicains, radicaux ou opportunistes, doivent se montrer les plus malins pour prouver que la république est le régime qui divise le moins tout ce beau monde. Ils l’imposeront grâce au célèbre amendement Wallon, qui énonce très simplement que la France est une république. D’une voix.  

 

Ces exemples ont de quoi interpeller : à deux reprises dans son histoire, la France a joué son avenir sur un coup de dés. Et à chaque fois, elle s’en est sortie à une voix de majorité. Ce sera encore le cas lors de l’adoption de la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 par le congrès, où la voix du président Bernard Accoyer fut nécessaire pour atteindre le seuil fatidique des trois cinquièmes. À méditer pour Manuel Valls. La France n’a pourtant pas le monopole des votations s’étant jouées de justesse.

 

50,04 % au PS, 50,03 % à l’UMP

 

Les États-Unis ont aussi connu pas mal d’élections serrées. En 1876, le républicain Rutherford Hayes n’est élu président qu’avec un seul grand électeur d’avance sur le démocrate Samuel Tilden. En 1880, le républicain James Garfield bat le démocrate Winfield Hancock de 1878 voix, soit 0,1 % des votes. En 1888, le démocrate Grover Cleveland est majoritaire en voix mais battu en grands électeurs par le républicain Benjamin Harrison car celui-ci l’a battu de 1 % dans l’Indiana et l’État de New York.

 

On ne rappellera pas les cas célèbres de John Kennedy ne devançant Richard Nixon que de 113 000 voix en 1960 et de George W. Bush ne gagnant que par cinq grands électeurs d’avance sur Al Gore en 2000. La France elle aussi fourmille d’exemples d’élections à 50-50, des municipales aux cantonales en passant par les législatives. L’élection présidentielle la plus serrée restant celle de 1974, où VGE n’avait battu François Mitterrand que de 420 000 voix (50,81 % des suffrages exprimés). Autant que la courte avance d’Angela Merkel sur Gerhard Schröder en Allemagne en 2005.  

 

Nous finirons ce tour d’horizon en évoquant l’incroyable coïncidence des dernières élections pour la direction du PS et de l’UMP. En 2008, Martine Aubry devenait 1re secrétaire du PS pour 102 voix devant Ségolène Royal. Soit 67 451 voix (50,04 %) à 67 349 (49,96 %). En 2012, Jean-François Copé était élu président de l’UMP avec 98 voix d’avance sur François Fillon. Soit 87 288 voix (50,03 %) à 87 290 (49,97 %). Stupéfiant. On attend les scores de la prochaine élection à la présidence de l’UMP.

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