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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 10:38

« On ne corrige pas celui qu’on prend, on corrige les autres par lui »

 

Michel de MONTAIGNE (1533-1592) – Écrivain français et conspirateur inspiré

 

C’est un secret de polichinelle : Alain Juppé et François Bayrou ont conclu un pacte pour 2017. Les deux hommes se connaissent bien. Aquitains de naissance et maires de Bordeaux et de Pau, il n’y a pas que la future autoroute entre les deux villes qui les relie. Ils ont fait partie du même gouvernement entre 1993 et 1997, l’un comme ministre des affaires étrangères puis 1er ministre et l’autre en tant que ministre de l’éducation nationale. C’est aussi à cette période qu’ils ont présidé aux destinées des deux grands partis de la droite, le RPR et l’UDF. Ils s’entendaient déjà bien.

 

Le 17 novembre 2002 aurait pu être la date de leur divorce définitif. Ce jour-là était créée l’UMP sous l’impulsion d’Alain Juppé mais François Bayrou préféra partir à l’aventure plutôt que de rejoindre la jeune maison. Ce refus de se plier à l’union autour d’un grand parti de la droite et du centre fut perçue par le bordelais comme une insulte à lui et à toute sa famille. C’était un temps où il était nettement moins soucieux de ménager ses alliés centristes et d’accorder un intérêt à l’avis des autres.

Son rêve est mort le 18 novembre 2012 avec la catastrophique élection à la présidence du parti entre Jean-François Copé et François Fillon. Le fétichisme des dates ira jusqu’à faire coïncider le départ forcé de l’UMP d’Alain Juppé pour cause d’affaire judiciaire le 28 novembre 2004 avec le retour triomphal dans la même UMP et pour la même raison de son ennemi juré Nicolas Sarkozy le 29 novembre 2014. Pendant ce temps, François Bayrou continuait sa route en créant le Modem en 2007.

 

Manière de dire qu’il est prêt à changer souvent de logiciel. En 2007, le palois faisait élire Nicolas Sarkozy en appelant à voter pour lui. En 2012, il le faisait battre par François Hollande en avouant son vote personnel sacrilège pour la gauche. Entretemps, le faiseur de roi s’est agacé des abus de pouvoir et des dérives droitières d’un président qu’il n’a jamais apprécié. Il n’a pas aimé surtout que Nicolas Sarkozy le fasse battre aux élections municipales de 2008 à Pau en investissant par l’UMP un candidat socialiste. En 2012, François Hollande faisait la même erreur en ne laissant pas le centriste gagner l’élection législative, se privant d’un allié précieux.

 

Les meilleurs amis du monde

 

C’est donc le duel entre Sarkozy et Hollande qui a fait naitre l’alliance de la carpe et du lapin entre Juppé et Bayrou. Le premier a soutenu le second dans sa troisième tentative de conquête de la mairie de Pau lors des élections municipales de 2014. Vainqueur avec plus de 60 % des voix au 2e tour, le béarnais sait ce qu’il doit au bordelais tant sa victoire tient peu à la connaissance qu’il avait des dossiers. Son ami ayant aussi gagné avec plus de 60 % des voix mais dès le 1er tour, il est donc le mieux placé des deux pour prétendre gagner l’élection présidentielle en 2017.

 

Après trois tentatives infructueuses, François Bayrou est prêt à renoncer à son ambition présidentielle pour soutenir Alain Juppé. Ce dernier s’est déclaré dès le mois d’août candidat à une primaire ouverte à la droite et au centre, ce qui est une stratégie visant directement à faire battre Nicolas Sarkozy. Un renversement d’alliance dont on ne peut jurer qu’il tiendra jusqu’au bout. François Bayrou connait bien le marathon que constitue une campagne présidentielle. Il doute des capacités d’Alain Juppé à aller jusqu’au bout. Il fait donc le pari pascalien que le sosie officiel de Jean-Pierre Bacri sera trop faible pour gagner la primaire ouverte de 2016.

 

Il serait alors le seul rival crédible au centre à Nicolas Sarkozy, la maladie de Jean-Louis Borloo et ses bons sondages en ayant fait l’unique alternative au sein de ladite Alternative. Un jour, François Bayrou a dit que la première fois qu’il se présenterait à l’élection présidentielle il ferait un score à un chiffre, la seconde fois un score à deux chiffres, et la troisième fois il serait élu. Cela ne s’est pas vérifié, mais il serait bien content de gagner même à la quatrième, même par défaut en étant le moins mauvais de tous, après avoir fait roi Nicolas Sarkozy en 2007, François Hollande en 2012 et Alain Juppé en 2014 pour empocher la mise après que tous soient tombés.

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