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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 09:05

« Là où il y a révolution il y a confusion. Et là où il y a confusion,

quelqu’un qui sait exactement ce qu’il veut a tout à y gagner »

 

James COBURN (1928-2002) – Acteur américain et très clair

 

La révolution est une tradition française. Puisqu’elle ne sait pas faire de réformes, il fallait bien que la France soit douée pour quelque chose. 1789, 1830, 1848 : trois révolutions pour arriver à une république. Commune de Paris, 6 février 34, Mai 68 : trois moments où la rue a cru prendre le pouvoir. Grèves syndicales, émeutes de banlieue, manifs étudiantes : trois façons de dire sa colère dans un pays de râleurs.

 

Alors que les frondeurs tentent timidement d’amender le gouvernement socialiste, l’aggravation de la crise fait craindre une révolution en France tant les difficultés économiques et sociales sont grandes. La défiance et la démobilisation sont telles qu’on se demande jusqu’à quand le pays tiendra avant d’exploser pour de bon et de se soulever. Le but de cet article est donc de soupeser les chances qu’une révolution soit déclenchée en France, et surtout son potentiel de parvenir ou non à un succès.

Le climat actuel de la France rend possible une révolution. La France des villes et des champs est dans la rue. La première parce que la banlieue est stigmatisée et se sent exclue du modèle d’intégration républicain. La deuxième parce que la campagne est à la périphérie et se sent oubliée par les élites qui nous gouvernent. Cela donne les émeutes pro-palestiniennes et les bonnets rouges. Mais ces identités blessées ne reposent pas sur des communautés humaines solidaires voulant changer le système.

 

La France est un pays centralisé où les opportunités sont rares de faire entendre sa voix. C’est pourquoi une époque comme celle d’aujourd’hui où l’autorité de l’État est affaiblie et la légitimité du gouvernement contestée comme jamais est idéale pour se soulever. L’affaiblissement du pouvoir offre une fenêtre de tir inespérée pour faire une révolution. Mais avec quelles idées ? C’est là le grand problème de la France. La révolte a beaucoup de raisons de s’y déclencher mais peu d’atouts pour y perdurer.

 

La révolution si elle devait avoir lieu en France

 

Toute révolution part d’un élément déclencheur. Des mauvaises récoltes en 1789, une immolation par le feu pour les printemps arabes, un accord non signé avec l’UE en Ukraine. C’est cette étincelle qui met le feu sur les vexations subies auparavant. Cela pourra être une bavure policière ou une provocation gouvernementale. Il faut ensuite qu’il y ait un mouvement qui mène la contestation, exprime un diagnostic de la situation et donne son pronostic sur le changement qu’il souhaite. C’est là qu’est l’os. Ceux qui ont des raisons de se révolter ont des intérêts trop différents.

 

L’émeute n’aurait pourtant pas de mal à faire effet boule-de-neige grâce au relais des médias et des réseaux sociaux. Les rues à feu et à sang sont toujours télégéniques. Mais bien vite la violence serait délégitimée dans l’opinion publique, qui prendrait partie pour la répression policière. Cela serait renforcé par l’absence de discours et de revendications fortes des émeutiers. Sans alliés ni idées, une révolte ne peut pas devenir une révolution. Il faut proposer une alternative et pas seulement s’opposer.

 

L’émotion sociale ne tient pas lieu de projet politique. L’alliance des mécontents ne fera jamais une révolution tant que ceux-ci ne développeront pas une conscience de classe. Le malaise des français ne sera pas constructif tant que dominera chez eux l’analphabétisme idéologique. On ne fait pas la révolution par pulsion mais par conviction. Le changement ne réussit qu’en fonction de la société où il se déroule. Il ne suffit pas de vouloir, il faut pouvoir. Il ne suffit pas de pouvoir, il faut vouloir.

 

Il y a donc un paradoxe : la révolution a toutes les raisons d’éclater en France mais elle n’a pas les révolutionnaires pour la faire triompher. Les français ne veulent pas prendre le pouvoir, ils sont juste en colère contre le pouvoir. C’est ce qui les sépare de leurs glorieux ainés de 1789. Cela ne signifie pas qu’ils soient moins dangereux. Leur colère rentrée est une grenade dégoupillée aux élections, où tout leur revient en mémoire. Les moins courageux s’abstiennent. Les plus fanfarons votent FN. Un pays fini avec des gens désenchantés : une révolution nous ferait bien du bien.

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