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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:18

« Les tragédies de l’histoire révèlent les grands hommes,

mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies »

 

Maurice DRUON (1918-2009) – Écrivain français et tragi-comique

 

Ce n’est pas pour rien que la droite française est réputée la plus conne du monde. Elle n’aime jamais mieux que se diviser et se déchirer sur des querelles de personnes, quitte à rejouer ses drames anciens. En 1995, les amis de 30 ans Jacques Chirac et Édouard Balladur se présentaient l’un contre l’autre à l’élection présidentielle. Ils menaient la même politique mais le second ne se sentait plus pisser tellement il planait dans les sondages. Un quart de siècle après, la droite rejoue la même scène.

 

Mais avec des acteurs différents, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ayant pris la place de leurs pères spirituels. On a longtemps cru que les balladuristes avaient gagné la guerre à titre posthume, Nicolas Sarkozy ayant pris l’UMP à Alain Juppé avant de cracher sur le bilan du président Jacques Chirac une fois élu en 2007. Le maire de Bordeaux avait dû lâcher le premier parti de la droite le 28 novembre 2004, partant la mort dans l’âme au Québec en croyant que la politique ne voudrait plus de lui.

 

Ce fut donc pour lui une divine surprise de goûter enfin les délices de la popularité après que son rival de Neuilly ait réalisé un mandat présidentiel si catastrophique. Alain Juppé est la nouvelle star de la droite. En lévitation dans les sondages, il s’est déclaré candidat à la primaire dès le mois d’août afin d’obliger son adversaire à s’y rallier. Celui-ci ayant quelque peu raté son retour, l’ancien 1er ministre a les blancs comme on dit aux échecs. Même la gauche en fait presque son candidat pour 2017.

Le match entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, tant rêvé depuis des années entre les deux meilleurs de leur génération à droite, est une véritable opposition de styles. L’un est froid mais apaisé alors que l’autre est chaleureux mais agité. L’un est vieux mais sage alors que l’autre est énergique mais vieillissant. Cela pourrait devenir une opposition de politiques. Alain Juppé a résolument préempté la ligne centriste, libérale et européiste. Nicolas Sarkozy prendra-t-il le créneau droitier, conservateur et nationaliste que son ex conseiller Patrick Buisson lui a toujours vanté et vendu ?

 

Des sondages à la Simone Veil

 

Il n’y a qu’un fauteuil pour deux et qu’un lit pour deux rêves en 2017. Or tout laisse à penser que Nicolas Sarkozy est face à une impasse. Une tragédie. En acceptant le jeu de la primaire ouverte, il devra séduire le centre alors qu’il est moins crédible qu’un Alain Juppé et que les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie. Mais en jouant la stratégie de congrès selon laquelle la droite se prend à droite, il aura du mal à tromper une deuxième fois l’électeur populaire qui a vu que ses discours de droite décomplexée n’ont pas été suivis d’actes ni de résultats durant son mandat.

 

Il a échoué une première fois : pourquoi y arriverait-il la seconde ? C’est son drame, son bilan est son boulet et son passé est son passif. Il a préféré dire ce qu’il allait faire que faire ce qu’il avait dit. Et comme le dit Rachida Dati, « il clive affectivement quand il parle de sa vie personnelle ». Il n’est pas foutu pour autant. Il sait y faire, il sait faire campagne. Il sera prêt à tout pour battre Alain Juppé, car une victoire à la primaire en ferait le candidat obligé du front républicain face au Front national tant la faiblesse de la gauche est insigne et indigne. Tous ses électeurs se ne rallieraient pas à lui, mais il se contentera bien d’une petite victoire à 55 % contre Marine Le Pen.

 

Quant à Alain Juppé, il n’est pas encore sûr de gagner le coude à la portière. Pour l’heure, il bénéficie de sondages à la Simone Veil. Comme le dit Laurent Wauquiez, « Jack Lang serait réélu pour son deuxième mandat » s’il fallait s’y fier. La bulle Juppé est trompeuse. Il va s’abîmer quand il va entrer en guerre, aura du mal à encaisser et à donner des coups, et on verra que tout le monde ne l’apprécie pas tant que ça. Or les sondages sont une dynamique plus qu’une statistique. Ils valent moins par leur valeur d’un jour que par leur évolution sur la durée. Aujourd’hui Alain Juppé pavoise. Et demain ? Comme souvent dans ces cas, c’est l’épreuve qui fera la preuve.

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