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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 09:58

« Tout est guerre, même le football. Surtout le football »

 

Éric ZEMMOUR (1958) – Journaliste français et joueur de baballe

 

Éric Zemmour le prouve dans son dernier livre, on parle souvent mieux d’un pays à travers son football qu’à travers son histoire. L’épopée des verts de Saint-Étienne, l’homérique France-RFA de 1982 à Séville ou la victoire de la France black-blanc-beur à la coupe du monde 1998 parlent mieux de notre pays que tous les livres ou toutes les encyclopédies. C’est sur ce mode des « Mythologies » de Roland Barthes que nous allons aujourd’hui parler du Brésil, premier pays du football s’il en est.

 

1950. O Brasil ha de ganar ! O Brasil ha de ganar ! Tout le Maracaña attend avec impatience ce match contre l’Uruguay qui doit offrir au Brésil son premier titre mondial. 120 000 spectateurs surexcités qui n’attendent pas autre chose qu’une victoire des cariocas, au pays où le football-roi est déjà une religion alors qu’il n’a été importé d’Europe que depuis peu. L’Uruguay gagnera 2-1, faisant taire tout un stade. Cinq fois champion du monde par la suite, le Brésil ne vaincra jamais chez lui.

 

1962. C’est la coupe du monde au Chili. Un général de l’armée fait une intrusion dans le vestiaire des stars Pelé, Garrincha et Amarildo. Il les sermonne vivement, leur intimant l’ordre de triompher car « une victoire calmera bien mieux le peuple qu’une bonne récolte de riz ». Des discours que ne reniera pas la France des années plus tard, sauf que le Brésil est à l’époque sous la férule d’une dictature militaire qui a besoin de légitimité. Ses footballeurs la lui donneront, en s’imposant au final.

Le Brésil aime le football, vit pour le football, meurt pour le football. Il garde de bien mauvais souvenirs de notre pays, la France l’ayant à trois reprises battu en coupe du monde en 1986 à Guadalajara, en 2006 en Allemagne et bien sûr en 1998 lors d’une fameuse finale. C’est pourquoi les rois brésiliens respecteront à jamais les petits joueurs français. Ce Brésil, nain politique et géant économique qui a connu le développement des pays émergents depuis la libéralisation du régime sous Lula.

 

Un pays de pauvres gouverné par des riches

 

Comme la Chine ou l’Inde, le Brésil est un pays-continent de centaines de millions d’habitants qui va rattraper et dépasser la France en termes de production et de richesse nationale. Au prix d’un capitalisme à deux vitesses et à géométrie variable, le pays étant le plus inégalitaire du monde avec l’Afrique du Sud. Des inégalités qui sont le détonateur de révoltes, que la crise économique n’a pas manqué de réveiller dans ce pays plus sensible que l’idyllique plage de Copacabana ne le laisse penser.

 

Tiraillé entre ces trois villes-capitale Brasilia, Sao Paulo et Rio de Janeiro, le Brésil l’est aussi entre son urbanisation à marches forcées et sa forêt originelle défigurée, entre sa classe moyenne ostensiblement aisée et ses favelas piteusement pauvres. Or ce sont les premières qui ont manifesté contre les sommes exorbitantes investies dans l’organisation du mondial, alors que les secondes étaient réduites au silence. La coupe du monde ne devait pas avoir lieu, au nom du pouvoir d’achat des riches.

 

But show must go on. La coupe du monde 2014 s’est bien passée, sans violence. Le Brésil est par miracle arrivé jusqu’en demi-finales, avant de sombrer 7 à 1 face à l’orgueilleuse Allemagne. Une catastrophe nationale pour tout le pays. On a craint un moment des émeutes ou des sacrifices humains. Mais fins connaisseurs ou bons perdants, les brésiliens ont su reconnaitre la supériorité évidente de l’adversaire. Et leurs propres failles, à commencer par les errements de leur formation de joueurs.

 

Tout le monde pensait que ce fiasco footballistique achèverait la déjà impopulaire présidente Dilma Rousseff. Mais les temps ont changé. Celle-ci a été réélue avec 51,45 % des voix face au candidat de centre droit Aecio Neves, après avoir écarté la menace de l’écolo-socialiste Marina Silva. Huée dans les stades et plébiscitée dans les urnes, la social-démocrate en a repris pour 4 ans. Tel est le destin du Brésil, pays de pauvres dirigé par des riches où les riches se plaignent à la place des pauvres.

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