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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 09:42

« Au PS, entre Hamon et Macron, c’est la faille de San Andreas »

 

Geoffroy DIDIER (1976) – Homme politique et jeune en faillite

 

Martine Aubry pointe de nouveau le nez à la fenêtre. Elle veut incarner la gauche frondeuse et être une alternative à la ligne social-libérale Hollande-Valls du pacte de responsabilité. Elle se dit « candidate au débat » et pas candidate à un poste, une formule benoite pour dire qu’elle a décidé d’emmerder ce président qu’elle n’aime pas. Elle sait qu’il est au fond du ravin dans les sondages. S’opposer à lui est donc la stratégie la plus porteuse pour faire campagne en vue du prochain congrès du PS.

 

Ce n’est pas la première fois qu’elle attaque. En juin déjà elle s’était élevé contre la future carte des régions qui prévoyait un mariage entre le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie trop favorable au FN à son goût, et glissait au détour d’une phrase qu’il n’était « pas trop tard pour réussir le quinquennat ». Elle reprochait alors avec raison le manque de méthode et de professionnalisme du gouvernement, à l’origine selon elle de la plupart des déboires de la gauche au pouvoir. Du moins d’une gauche.

Car la gauche de Martine Aubry est une gauche dure, presque d’un autre siècle tant la dame des 35 heures qui a ruiné la France par sa haine du travail et sa crispation technocratique aime mieux l’idéologie que le réel. Elle a réuni tous les idéalistes du PS pour faire échec aux réalistes rassemblés derrière Manuel Valls. Pourtant, elle n’ignore pas que sa nouvelle ligne « care, share, dare » (soin, partage, audace) relève plus du socialisme de laboratoire que du visage à donner à la France de demain.

 

Son retour sur la scène nationale est un peu manqué, éclipsé par les interventions efficaces du 1er ministre. On dirait qu’elle ne veut pas aller jusqu’au bout, qu’elle n’a ni vraiment envie de devenir 1re secrétaire ni vraiment envie de devenir présidente. D’autres se chargeront de prendre sa place. Arnaud Montebourg est sorti de la vie politique pour mieux y rentrer. Benoit Hamon dénonce la « menace démocratique » que fait peser la politique du gouvernement qu’il soutenait il y a encore trois mois.

 

La conspiration des egos

 

Aurélie Filippeti s’abstient sur tous les votes à l’instar de Delphine Batho et critique la caporalisation des députés PS voulue par les deux cerbères bretons de l’exécutif, Bruno Le Roux et Jean-Marie Le Guen. C’est une véritable conspiration des egos qui se joue au PS. François Hollande doit se retourner dans sa tombe : sa succession est déjà ouverte et tout le parti pense déjà à la primaire. Il n’est qu’un cadavre qui bouge encore par habitude, seulement pour faire croire qu’il est encore vivant.

 

Même Manuel Valls y va de son attaque contre « la gauche passéiste » et propose de changer le nom du Parti socialiste. Mieux vaut pour lui que sa ligne blairiste marche, car les militants qui n’ont jamais été consultés pour la valider ne lui pardonneraient pas d’échouer après avoir tant craché sur leurs valeurs. Condamné à l’exploit pour survivre à l’échec de François Hollande, Manuel Valls danse le tango, avançant puis reculant pour donner l’illusion aux frondeurs qu’il dialogue et fait des concessions.

 

Martine Aubry lui a pourtant déclaré la guerre, partie en campagne militaire et pariant sur un échec de ce qu’elle considère n’être qu’un homme de droite, parvenu et entretenu n’ayant jamais travaillé sinon à sa propre gloire, seulement bon à jouer des postures ou des impostures. Ils vont se déchirer, et probablement déchirer le PS si celui-ci ne passe pas le 1er tour en 2017 ce qui devient hautement probable. Il y aurait alors un schisme entre deux PS, l’ancien d’Épinay et le nouveau d’Épinal.

 

Une énième guerre entre les anciens et les modernes, entre Jean Jaurès et Jules Guesde, bolcheviks et mencheviks, vieille maison et aventuriers de Tours, première gauche jacobine et étatiste de François Mitterrand et deuxième gauche girondine et européiste de Michel Rocard et Jacques Delors, gauche du oui et gauche du non. Des fractures et des factures jamais réglées par l’ancien 1er secrétaire François Hollande, qui ne désespère pas de tirer son épingle du jeu et de récupérer tout le monde dans un vaste consensus mou digne des meilleures heures de la synthèse une fois qu’ils se seront tous entretués. Il gagnera à son habitude : à pépère gagne.

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