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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 09:27

« Nous on a le choix. Au cas où on n’aurait pas envie »

 

Patrick BESSON (1956) – Écrivain français et cousin de Buisson

 

Ce n’est un secret pour personne, je ne suis pas tendre avec Nicolas Sarkozy. Alors qu’il va sûrement être élu à la tête de l’UMP par des militants enamourés, je me bats depuis deux mois pour rappeler que son bilan de président ne justifie pas qu’on en fasse le sauveur que toute la nation attend. Souvent les gens l’aiment par passion et le détestent par raison. Moi c’est l’inverse. Je l’ai toujours aimé par raison car il est le meilleur d’entre nous et détesté par passion car il m’agace au plus haut point.

 

Un jour j’ai failli me réconcilier avec lui. C’était le 6 mai 2012. Au terme d’une belle campagne menée avec un mauvais programme, il avait failli battre François Hollande et s’en été allé par la grande porte au terme d’un beau discours à la Mutualité. Il aurait dû en rester là. Partir à 48 % alors que tout le monde l’annonçait à 43 %. Il a préféré revenir. Les déçus du sarkozysme sont nombreux, même à droite, même s’ils feront comme moi campagne pour Nicolas Sarkozy s’il est notre candidat en 2017.

 

Mais il a déjà eu sa chance. Nicolas Sarkozy est un homme du passé, le peuple lui a dit non une première fois en 2012. Il lui a dit non car il ne voulait plus de son style, trop parisien et pas assez français, trop superficiel et pas assez présidentiel. Le moi est haïssable. Or il n’avait pas de surmoi pour contrôler son narcissisme égotiste et sa propension naturelle à vouloir tout faire lui-même. Passant tous les jours à la télé, étalant sa vie privée, disant du mal de tout le monde, il a dégouté l’électeur de droite que j’étais dès 2007 par son goût immodéré du people et de la starisation.

Il n’a pas changé. C’est avec ses défauts qu’il est revenu, cette obsession d’être au centre de l’attention médiatique qui confine chez lui à l’inintelligence. Ce que vous êtes crie toujours plus fort que ce que vous dites. L’homme providentiel de la droite, c’est le même qui assumait sa nature bling-bling sur le yacht de Vincent Bolloré, qui se baladait à Disneyland avec Carla et qui répondait aux passants par « Casse-toi, pov’ con ». Il a désacralisé sciemment la fonction présidentielle. Il ne peut la sauver.

 

Non Monsieur Sarkozy, vous n’aurez pas mon vote !

 

Sa plus grande faute est de ne pas avoir osé mener les réformes qu’il avait promises durant sa superbe campagne de 2007. Un modèle du genre, même pour moi qui n’ait jamais été un grand fan de Sarko et qui doutait de sa crédibilité à résoudre les problèmes de la France. Bien entouré dès 2002, il a su monter en puissance pour redonner de l’espoir au pays avec sa rupture et ses valeurs. Le mérite, l’autorité, la nation ! Travailler plus pour gagner plus ! Ensemble tout devient possible !

 

Et il a échoué. La seule réforme marquante de ses 100 premiers jours fut le paquet fiscal, qui ne faisait que satisfaire sa clientèle naturelle des très riches et des petites successions. Il y eut bien sûr l’autonomie des universités, le crédit impôt-recherche et le service minimum dans les transports. Mais c’était insuffisant pour obtenir le plein-emploi, alors qu’il avait d’entrée renoncé à réduire les déficits et que sa seule stratégie de croissance était d’aller la chercher avec les dents. Nicolas Sarkozy ne savait pas gérer le quotidien car il n’avait pas de vision, à part celle de ses sondages.

 

Qui ne firent que chuter durant son quinquennat alors qu’il fut bien plus brillant dans la gestion de crise et dans les affaires internationales. Son volontarisme dans la crise géorgienne et lors de sa présidence de l’Union européenne sont ses grands succès, tout comme son action contre la crise financière même si elle fut ornée de discours grandiloquents sur la « moralisation du capitalisme » qui ne furent guère suivis d’effet. On aurait préféré qu’il fût plus opiniâtre sur la sécurité, l’immigration et l’école et qu’il aille bien plus loin sur les 35 heures et la réforme des retraites.

 

Au lieu de cela il s’est contenté de petits calculs politiciens comme son discours de Grenoble ou son débat raté sur l’identité nationale. Son non-remaniement de 2010 où il garda François Fillon au lieu de tenter Jean-Louis Borloo fut son ultime erreur, le condamnant au silence reclus d’un président protecteur cherchant vainement à sauver son triple A à coups d’impôts nouveaux et farfelus. Il pense qu’il lui a manqué une semaine en 2012 alors qu’il lui a manqué un mandat. Non Monsieur Sarkozy, vous n’aurez pas mon vote ! Je n’ai ni le désir ni la nostalgie de vous. Je suis passé à autre chose. Surtout si vous revenez avec le même disque rayé que le 6 mai 2012.

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