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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 09:11

« Monsieur Thiers n’a jamais eu qu’une seule pensée :

il a toujours songé à Monsieur Thiers »

 

Honoré de BALZAC (1799-1850) – Écrivain français et critique littéraire

 

Ils symbolisent tous deux ces classes dirigeantes françaises du XIXe siècle qui ont érigé un ordre institutionnel stable après l'effondrement de la monarchie absolue en 1789 et l'échec de la Restauration en 1830. François Guizot (1787-1874) et Adolphe Thiers (1797-1877) ont connu des destins parallèles bien que souvent opposés. L’un était conservateur, garant de l’ordre établi avec sa grande rigueur morale. L’autre était conversateur, prompt à user de son charme pour survivre par tous les régimes.

 

François Guizot est à la base historien, élevé dans une famille protestante nîmoise dont le père fut exécuté par la Terreur en 1794. Il en gardera une méfiance éternelle vis-à-vis de la révolution. Sa mère, une femme aux manières simples, se chargera de l’éduquer et de lui transmettre son goût du devoir. Ses talents littéraires étaient considérables, et lui serviront à intégrer la société parisienne sous l’Empire. François Guizot sera un membre influent des doctrinaires, ce parti libéral prônant la modération face aux excès de la révolution et de l’esprit démocratique de l’époque.

 

Adolphe Thiers est un ambitieux provincial venu de Marseille, devenu journaliste à Paris. Historien de la révolution, il contribue aux Trois Glorieuses et à l’avènement de la Monarchie de Juillet dont il sera deux fois président du conseil. Plutôt classé à gauche, il entre le 11 octobre 1832 dans le premier ministère Soult comme ministre de l'intérieur. Louis-Philippe le nomme chef du gouvernement du 22 février 1836 au 6 septembre 1836. À nouveau président du conseil du 1er mars au 29 octobre 1840, il est écarté au profit de François Guizot après la crise avec la Grande-Bretagne.

 

Le légitimiste contre l’orléaniste

 

Ces deux grands rivaux ont suivi le même chemin, bien que les circonstances mirent d’abord Adolphe Thiers dans l’opposition et François Guizot au pouvoir. Orléaniste, le premier est partisan d’une monarchie constitutionnelle où « le roi règne mais ne gouverne pas ». Légitimiste, le second est l’inflexible ultra d’une monarchie limitée dirigée par un nombre limité de bourgeois où « le trône n’est pas un fauteuil vide ». C’est cette intransigeance tant critiquée par son adversaire qui lui vaudra sa perte.

 

François Guizot est nommé ministre de l’instruction publique le 11 octobre 1832. Un  ministère technique dans lequel il excella puisqu’on lui doit la loi du 28 juin 1833 organisant l’école primaire en France. Il sera de 1840 à 1848, soit une durée inédite dans l’histoire politique récente, le maître à penser du gouvernement. Son premier souci fut en tant que ministre des affaires étrangères de maintenir la paix avec les autres puissances européennes. En 1847, il est président du conseil. Son refus que soit élargi le suffrage est directement à l’origine de la révolution de 1848. 

 

Adolphe Thiers lui survivra. Rallié à la république avec l’idée de la réorienter en une monarchie à l’anglaise, il en est l’instigateur puisqu’il a encouragé la campagne des banquets qui demandait une baisse du cens. Il appuie la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence en croyant que « c’est un crétin qu’on mènera ». Opposé au coup d’État du 2 décembre 1851, il ne se ralliera jamais à Napoléon III auquel il demande les « libertés nécessaires ». Chef de l’opposition libérale, il devient le 17 février 1871 à la chute de l’Empire le premier président de la IIIe République.

 

Il conclut avec la Prusse de Bismarck un traité de paix qui provoquera la Commune de Paris. L’insurrection est écrasée sans pitié par l’armée, ce qui ternit durablement sa réputation. Son ralliement définitif à la république conservatrice provoque en mai 1873 sa mise en minorité face aux monarchistes et entraîne sa démission de la présidence de la république. La riche carrière politique d’Adolphe Thiers s’arrête là.  

 

François Guizot préféra se retirer de la vie politique que de s’accrocher au pouvoir. Il passa de la position d’homme d’État le plus puissant d’Europe à celle de citoyen spectateur de son temps. Personne ne douta jamais de son désintéressement dans son comportement personnel. Il méprisait l’argent. Il n’avait juste pas compris qu’une vision moins absolue aurait sauvé les principes auxquels il croyait. Mais dans sa certitude de détenir la vérité, il adhéra jusqu’au bout à ses propres convictions.

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