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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 09:40

« Est souverain l'État qui a le pouvoir de battre la monnaie »

 

Jean BODIN (1529-1596) - Économiste français et hors course

 

C’est la marotte du Front national : il faut sortir de l’euro ! C’est même devenu son thème de campagne exclusif, tant il lui est bénéfique sur de nombreux plans. Primo l’Europe est de plus en plus impopulaire auprès des français. Deuxio l’euro serait responsable de l’austérité et de la panne de croissance, or le FN veut se crédibiliser sur les sujets économiques. Tercio cette thèse flatte les souverainistes et europhobes, nombreux au sein du parti et qui n’ont toujours pas digéré le Traité de Maastricht.

 

Un petit détour théorique s’impose. Pour qu’une monnaie fonctionne, il faut qu’elle soit instaurée dans une zone où circulent librement les hommes, les capitaux et les biens. Une zone monétaire optimale. Si un choc économique a lieu dans une région de la zone, des ajustements doivent s’opérer pour rétablir l’équilibre de la zone. Par exemple, les travailleurs qui perdent leur emploi doivent déménager vers les régions de la zone où il y a du travail. Or la zone euro n’est pas optimale : les travailleurs ne circulent pas librement, ne serait-ce qu’à cause de barrières comme la langue.

Il faudrait alors pallier cette imperfection par des solidarités budgétaires entre pays. Or les pays les plus riches comme l’Allemagne ne sont pas prêts à aider les pays les plus pauvres. Résultat : l’euro est trop élevé pour certains pays comme la France et devient un frein à leur croissance et à leurs exportations. Sauf compromis, il n’y a pas de taux de change qui soit bon pour tous les pays. Ils sont trop différents.

 

Les dix-sept pays qui ont adopté l’euro n’ont jamais fait converger leurs économies. Imposer une politique monétaire unique à dix-sept pays hétérogènes relève alors de l’exploit. C’est la limite du Traité de Maastricht : un taux de change unique pour tous n'est possible que si les situations économiques des membres sont identiques. Faut-il en déduire que la France doit sortir de l'euro pour retrouver croissance, emploi et compétitivité ? Non. Car la sortie de l'euro serait une faute économique.

 

Les arguments contre la sortie de l’euro

 

La sortie de l’euro provoquerait une dévaluation du franc ce qui renchérirait le prix des importations. La baisse du coût des exportations serait annulée par la hausse de celui des matières premières importées. L’inflation provoquerait une baisse du pouvoir d’achat des français et la dévalorisation de leur épargne. La consommation chuterait, les entreprises ne pourraient plus investir et le chômage exploserait. Coût total de l’opération : 48 milliards d’euros par an. C’est donc raté pour la relance.

 

Dans une économie mondialisée, la sortie de l’euro ne permettrait pas de gagner en compétitivité car jamais nos entreprises ne pourront aligner leurs prix sur ceux des pays émergents. L'écart social est trop fort. Or la dévaluation compétitive serait immédiatement imitée par nos voisins, car chacun voudrait relancer son économie par ce biais. On entrerait dans une guerre des monnaies en Europe, qui créerait un climat de défiance nocif pour les échanges et conduirait au protectionnisme.

 

La sortie de l’euro aggraverait la dette de la France. En récupérant sa souveraineté monétaire, la banque de France pourrait financer le déficit. Mais cela provoquerait une inflation non maitrisée. Cette instabilité monétaire n’attirerait plus les prêteurs et ferait monter les taux d’intérêt, ce qui renchérirait le coût de la dette publique. La perte de confiance dans la monnaie induirait une fuite des capitaux. Et les créances des entreprises vis-à-vis des non-résidents libellées en euro seraient alourdies.

 

Sortir de l’euro est une impasse. Y rester en l’état aussi. L'euro souffre d'une absence de gouvernance économique. Une monnaie unique suppose une intégration fiscale et sociale. Une union monétaire ne peut se limiter à une monnaie unique. Sans union budgétaire, elle ne marche pas. L’union budgétaire permettrait de procéder aux ajustements que le taux de change fixe ne permet plus de faire. Ce serait un nouveau pas vers l’Europe fédérale. Ou sinon l’Europe des nations peut s’en sortir, mais à condition que chacun fasse des concessions et qu’il y ait des compromis.

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