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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 07:01

« L’abstention est un recul avant de devenir une lâcheté »

 

Reine MALOUIN (1898-1976) – Romancière québécoise et mal emplumée

 

 

C’est un fait, le taux de participation aux élections dégringole d’année en année. Le vote est en déclin, même si le type de scrutin compte beaucoup. Les électeurs sont plus motivés par des élections présidentielles que par des élections régionales. Les citoyens comprennent mieux le scrutin majoritaire uninominal que le scrutin proportionnel de liste. A un an des élections municipales et européennes, on craint déjà le pire et certains voudraient bien éviter le massacre. Ils n’y arriveront pas. Pas tant qu’ils considéreront l’abstention comme un problème politique.

 

On reproche souvent aux abstentionnistes de se désintéresser de la politique et de faire peu de cas de ceux qui se sont battus pour qu’on ait ce droit, même si jamais aucune guerre ni aucune révolte n’a été menée au nom du droit de vote. Ce n’est certes pas faux. Le désintérêt général pour la politique va en augmentant et il n’est pas prêt de baisser. Pas tant que la courbe du chômage n’aura pas durablement été inversée dans ce pays. Le désenchantement serait donc la clé de l’abstention, sorte de vote-sanction fainéant utilisé selon une stratégie très rationnelle.

 

D’où les tentatives désespérées pour ramener les électeurs aux urnes. Les campagnes du ministère de l’intérieur, qui peinent à nous faire croire qu’un seul vote peut faire basculer toute une élection. Les appels des politiques, dépités par ces taux de participation qui discréditent jusqu’à leurs victoires même s’ils ont parfois besoin de l’abstention pour gagner. Les modes de scrutin, avec cette stupide dose de 10% de proportionnelle que les socialistes veulent instaurer aux élections législatives pour soi-disant rétablir la représentativité des élus à l’Assemblée.

 

Ils n’y gagneront que des majorités ingouvernables et des alliances à contresens comme c’est aujourd’hui le cas au Sénat entre la droite et l’extrême gauche. Le système électoral parfait n’existe pas. Le meilleur ne gagne pas toujours. Mais le scrutin majoritaire reste encore la moins mauvaise des solutions, par la clarté et la logique qu’il apporte. Il favorise le vote utile, pas comme ces méthodes Borda incompréhensibles tirées du vote de l’Eurovision que veulent nous imposer les socialistes aux élections cantonales dans les grandes villes. Ce serait l’échec assuré.

 

Ce qui gêne dans l’abstention c’est qu’elle montre que les citoyens ne sont pas tous actifs et intéressés par la politique et que les classes sociales ne sont pas toutes également politisées ou compétentes pour comprendre la politique. Un ouvrier ne suit pas autant la vie publique qu’un cadre et un jeune de banlieue n’a pas autant intérêt à voter qu’un jeune de milieu bourgeois. Tout simplement car le vote n’est pas que l’expression d’une opinion politique. C’est aussi la traduction d’une réalité sociale. L’abstention, c’est aussi le résultat d’une abstinence sociale.

 

Certains groupes sociaux votent moins car ils sont moins bien intégrés socialement. Le contexte politique n’a pas de prise sur leur désengagement et il ne sert à rien de dénoncer leur manque de civisme puisqu’ils sont insensibles à ce que les élites parisiennes pensent d’eux. Ils ne votent pas car voter n’est pas dans leur religion. De même certains individus dans les milieux ruraux où tout le monde se connait ne vont pas voter non pas pour exprimer un ras-le-bol contre la classe politique mais pour ne pas se montrer en public. Personne ne peut rien y faire.

 

Tant qu’on n’aura pas saisi que l’abstention n’est pas que politique mais aussi sociale, on ne se sera jamais vraiment penché sur ce problème qui pourrit la légitimité de notre régime politique et traduit une faille dans l’organisation de notre tissu social. Plutôt que de redonner de l’attrait au vote en donnant des avantages à ceux qui l’exercent comme avec la comptabilisation du vote blanc qui récompenserait ceux qui feraient l’effort de se déplacer, il faudrait redonner un sentiment de cohésion et de communauté à la société pour que tous aient envie une fois de temps en temps de réaliser le même acte et de montrer leur attachement à un idéal commun.

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