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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 22:15

« Le bon paysan sait attendre »

 

Alain JUPPE (1945) – Homme politique français et à la patience sans limite

 

 

L’agriculture est en crise. Une crise chronique qui dure depuis que le premier métier du monde existe. Dès les origines, les gardiens de troupeaux peinaient à assurer leur subsistance. L’invention de l’irrigation sous l’Egypte ancienne permit de développer une culture fertile. L’agriculture est alors devenue le premier métier du monde en termes de population puisque 95% l’exerçait. Les hommes allaient dans les champs et les femmes et les enfants les aidaient. Telle est d’ailleurs la France du Moyen-Âge qui payait trop d’impôts sans trop se plaindre.

 

Les mauvaises récoltes ont toujours existé. 2012 ne déroge pas à la règle avec son été pourri qui humidifie les champs de blé en Beauce et en Brie, les greniers de la France. Ces excès pluviométriques n’aideront même pas les producteurs de maïs et éleveurs du sud-ouest car les nappes phréatiques sont vides et les restrictions d’eau fortes. La révolution de 1789 partit comme ça. Mais un paysan sait vivre avec son temps et la météo, qu’il scrute avec inquiétude.

 

Un paysan prend soin du paysage. C’est son rôle social et il ne faut pas aller chercher plus loin la raison des aides généreuses du FEOGA arrachées par la France en 1965. La France a une identité rurale et ne peut se passer de ses campagnes. Elle ne peut donc laisser mourir ses paysans comme elle laisse mourir ses ouvriers, même s’ils ne représentent plus que 0,5% de la population et que leur identité folklorique existe plus dans la tête des gens que sur le terrain. Le farmer américain s’est depuis longtemps imposé comme le modèle dominant et la concurrence s’est ouverte. Le commerce de proximité des produits de la ferme n’est plus qu’un passéisme.

 

C’est bien parce que l’agriculture est devenue une question de marché que les revenus sont si bas. Le cours du blé à Chicago plafonne à un niveau plancher entre deux coups de folie à cause de la spéculation des traders et de la surproduction céréalière. Le revenu du cultivateur français dépend donc du soleil, de la pluie et des incendies dans la Taïga. Mais ça ne suffit pas. Avec un revenu de 30000 euros par an, l’agriculteur français est le travailleur qui peine le plus et qui aurait le plus à se plaindre. Il ne le fait pas, étant seul à garder la discipline dans ce pays.

 

Mais il commence à craquer. Il prend la rue pour déverser du fumier et du lait et refuse d’aider Doux à survivre. Tel un syndicaliste de troisième division, il mord la main du patron qui l’a nourri en oubliant qu’il l’est lui-même et n’est pas salarié. Mais la kolkhoïsation de la profession sous l’effet des coopératives et des aides européennes a fait d’un koulak libre et entreprenant qui ne dépendait que de lui-même un administré subventionné et fonctionnarisé qui fait de la paperasse pour justifier la paie et surveille le cours des matières premières.

 

C’est normal qu’il reçoive des aides vus ses revenus mais c’est mal vu de la population. On lui reproche ses avantages fiscaux, ses terres et son matériel qui le rendraient riche comme Crésus. On oublie qu’il paie ses semences et ses engrais aux monopoles agro-alimentaires. On lui reproche la crise de la vache folle, origine du désamour pour la profession. On oublie qu’il est soumis à des normes de traçabilité qu’il est seul à suivre au contraire de la concurrence mondiale. On lui reproche de polluer avec les produits phytosanitaires et d’alourdir la facture carbone avec les pets de vaches. Ce n’est rien y connaitre que de tenir ce discours moyenâgeux.

 

Les engrais et la mécanisation ont permis dans les années 1950 un immense bond de la productivité qui a aidé la France à assurer son autosuffisance alimentaire. Avec l’abondance, on en oublie presque que le rôle d’un agriculteur est de nourrir les hommes. La FNSEA tombe depuis le début dans l’excès productiviste du rendement à tout prix. La confédération paysanne prône une agriculture déconnectée des réalités digne de l’âge de pierre. Les coopératives comme Monsanto imposent des solutions non viables comme les OGM qui prennent en otage les agriculteurs. Les gouvernements ont de mauvaises idées comme les biocarburants.

 

Et la réforme de la PAC arrive en 2013 et fait peur à tout le monde. Le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll annonce que les négociations seront difficiles, surtout si on se souvient des difficultés qu’avait Bruno Le Maire à obtenir des rallonges pour les producteurs fruitiers. Or avant de conserver les aides, il faudrait consacrer cet argent à faire marcher les marchés au lieu de rationner la surproduction avec la jachère comme en 1992. Il faudrait donner à l’agriculteur un rôle social de lien entre urbain et rural au service du développement durable pour éviter que le centre ne se passe de la périphérie. Et puisque la terre ne ment pas…

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