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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 22:42

« La charité du pauvre est de ne pas haïr le riche »

 

Léon TOLSTOÏ (1828-1910) - Ecrivain russe et de classe moyenne

 

 

La France est le cinquième pays le plus riche au monde et a l’un des meilleurs systèmes de protection sociale. Pourtant le paupérisme guette et il y a toujours des pauvres qui vivent en marge du confort des autres. Quatre millions de personnes ont moins de 700 euros pour passer le mois. C’est quatre millions de trop. Le pouvoir politique ne fait pas campagne sur leur dos car ils sont trop misérables et miséreux pour voter ou manifester. Il préfère parler à la masse d’idiots satisfaits qui attend tout de l’Etat paternaliste aux petits soins avec ceux qui ont un statut.

 

Depuis 1945, le système de sécurité sociale vient en aide aux malades, aux chômeurs et aux vieux. L’Etat-Providence repose sur les trois socles de l’assurance-maladie, de l’assurance-chômage et de la retraite. Nous voilà rassurés. Il devait venir à la rescousse des personnes en perte d’autonomie avec le quatrième risque de la dépendance mais les problèmes financiers de la puissance publique l’ont rendue impuissant. Comme le trou de la couche d’ozone, le trou de la sécu inquiète et les secours risquent d’arriver trop tard pour sauver le monde du trou noir.

 

Or pour s’en sortir, les français font davantage confiance au monstre froid et anonyme de l’Etat qu’à la chaleur humaine de leur prochain. Pour le handicap, l’enfance ou la vieillesse, ils confient leurs malades à la patience des établissements spécialisés et préfèrent jouir de leurs loisirs et de leur argent pour se défausser de leur devoir d’être humain. Voilà ce qui explique aussi pourquoi notre modèle de société idéal génère trop de pauvres et des riches trop riches.

 

Ce n’est pas pour ça que le système social français s’en porte mieux. Il jouit d’une image détestable tant ses usagers ont appris à détester ses sigles. La DDASS est synonyme de prison pour enfants alors qu’elle leur apporte un refuge. La CAF est un gouffre à pognon qui alloue prestations et allocations sans critère ni jugement. Le RMI est venu consacrer l’assistanat et le RSA et est revenu sacrer l’absence de revenu et enfoncer le clou et les exclus dans leur solitude.

 

La droite en a fait son sujet de campagne présidentielle et ça n’a pas plu. L’assistanat est une plaie pour la France car elle encourage l’attitude des profiteurs et décourage l’effort des payeurs. Fiction sociale anecdotique, elle a un fond de vérité même si elle pousse les plus hauts irresponsables à stigmatiser une minorité pour en faire le bouc émissaire de la majorité. Celle-ci  bien tort de se tordre de douleur, car personne n’est à l’abri du besoin et que cela lui arrive.

 

C’est en regardant le passé qu’on comprend le présent. C’est au XIXème siècle qu’est née l’assistance publique sous l’impulsion des chrétiens sociaux qui étaient indignés par la masse de pauvres, déjà. Face aux clochards et SDF de l’époque, ils se prirent en main et la tendirent pour offrir des lieux d’accueil et des denrées gratuites. Il y a à boire et à manger et on retrouve cette attitude dans les mouvements actuels même quand ils se réclament de gauche, des Restos du Cœur aux Enfants de Don Quichotte. La charité chrétienne qui inspire aujourd’hui le care de la fille du très catholique Jacques Delors voyait dès le départ le malheureux comme un assisté.

 

Cette pensée a aussi irrigué la droite et c’est pourquoi elle ne pratique pas une politique bien éloignée de la gauche malgré les beaux discours, qu’ils accusent d’assistanat ou d’égoïsme. Suivant l’idée de Saint-Simon, Napoléon III a fait une société en réseaux et ce n’est pas autre chose qu’a voulu Nicolas Sarkozy avec le RSA arraché par Martin Hirsch. La tradition de gauche de l’Etat-Providence est tellement approuvée par la droite qu’elle en attrape un torticolis mais les deux s’entendent sur la mauvaise idée de considérer les exclus comme perdus.

 

Le système ne marche plus car il n’incite ni à s’aider les uns les autres ni à se passer de cette aide. La solidarité entre individus a laissé place à la passivité à l’égard de l’Etat qui spolie et redistribue et la charité est devenue une fausse vertu, pitié insincère et intéressée qui fait de l’assistance un piège à assistanat. Au lieu d’accoutumer les individus à tout attendre de l’Etat de génération en génération telle une mauvaise habitude apprise de leurs parents, il faudrait les aider. A se prendre en main, pour saisir leur chance. L’entraide vaut mieux que la charité.

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