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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 23:20

« La démondialisation est bel et bien un projet protectionniste »

 

Georges KAPLAN (1975) – Editorialiste français et la mort aux trousses

 

 

Cela aura été le concept à la mode le temps d’une campagne interne au Parti socialiste : la démondialisation. Une idée imaginée par Arnaud Montebourg pour justifier sur le dos de la méchante mondialisation la tentation lâche de toute une nation de se replier sur elle-même face aux menaces de la concurrence étrangère qui lui rappellent que son économie est loin d’être la plus compétitive du commerce international. Un réflexe protectionniste conditionné qui laissait déjà deviner les futurs débats futiles et inutiles sur la nationalisation du site de Florange.

 

La théorie du libre-échange dit que le commerce profite à tous du moment que chacun se spécialise dans ce qu’il fait de mieux. Chacun vend ses produits à des pays étrangers à qui il achète des denrées qu’il ne saurait fabriquer efficacement lui-même. Ainsi l’argent est investi là où il génère le plus de richesse et l’ensemble du monde entier vit dans la paix et la prospérité. En pratique, le travailleur est perdant là où gagne le consommateur avec la baisse générale des prix puisqu’il doit se consacrer à un métier qu’il n’a pas choisi et qui lui est dicté par d’autres.

 

Il en est ainsi des vilaines délocalisations et des horribles plans sociaux. Le gentil salarié français qui veut travailler dans l’industrie est mis au chômage par le pervers et perfide employé chinois qui bosse deux fois plus que lui pour un salaire dix fois moins élevé. Le fameux coût du travail, mal de l’année qui vient de s’achever, est souvent la cause d’une casse sociale qui justifie toutes les casses de matériel dans des usines laissées à l’abandon par les investisseurs. Le destin de la France en tant que nation riche est de produire pour les riches et cela doit rapporter.

 

Le principe de la mondialisation, entente cordiale entre gouvernements nantis et firmes multinationales, c’est celui de la glocalisation. On investit à la fois en global un peu partout dans la monde mais surtout en local là où cela revient le moins cher. Les pièces détachées en Asie dans les pays-atelier et le montage en Europe dans les techno-centres. Les petits sont forcément les victimes puisque le travailleur vietnamien est réduit à l’esclavage et que l’ouvrier français est condamné au chômage. Voilà pourquoi le grand Arnaud est arrivé avec sa démondialisation.

 

Couper les liens avec l’extérieur pour couper les ponts avec ces entreprises qui profitent du système pour faire du profit. Ce serait considérer un peu vite que la France serait forcément la grande perdante de la mondialisation alors qu’elle pourrait facilement y gagner si elle faisait au moins un petit effort. Avec le commerce sans frontières et spécialisé en fonction des atouts de chaque économie, les petits pays vendent peu cher ce qu'ils produisent peu cher et achètent très cher ce qu’ils n’ont pas les moyens humains et technologiques de fabriquer en interne.

 

C’est exactement le contraire pour la France. Certes elle ne peut plus produire du bas de gamme car d’autres pays le font à un bien moindre coût qu’elle. Mais elle importe peu cher des denrées alimentaires alors qu’elle exporte très cher ses articles de mode. Pour compenser le coût de sa facture énergétique, il faudrait juste qu’elle s’oriente vers un modèle de croissance un peu plus extraverti et vende à l’étranger des produits à haute valeur ajoutée dont elle ferait sa spécialité. Il faut se positionner et se différencier pour gagner des positions et faire la différence.

 

Or la politique du « Made in France » telle que la conçoit la gauche n’est qu’une vaste franchouillardise sans intérêt ni ambition. Elle prétend gagner la guerre commerciale avec des couvertures en marinière et quelques appellations d’origine contrôlée qui n’intéresseront que la clientèle franco-française précieuse en quête d’authenticité perdue et si peu présente dans ses mœurs parisiennes et citadines. Au lieu de donner d’elle une image conquérante et à la pointe de la technologie, la France va encore se réfugier dans le terroir et la suffisance. Rien ne change.

 

Ce que la démondialisation a fait de pire, c’est bien de donner le sentiment aux français que le monde était le responsable de tous leurs maux alors qu’il faut le dévorer des yeux. La concurrence est la meilleure vertu du libéralisme car elle réduit les prix et pousse à se surpasser. Le protectionnisme que prône le minable ministre du redressement productif pénalisera à la fois le consommateur qui souffre tant de l’oligopole des grandes surfaces et le travailleur qui n’attend que la venue d’investisseurs étrangers pour enfin s’ouvrir aux merveilles du monde.

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