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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 08:35

« Les hommes font et subissent »

 

Georg SIMMEL (1858-1918) – Sociologue allemand et continuellement changé

 

 

On oppose souvent changement et continuité pour analyser le processus de constitution de la société. Modernité et tradition, avenir et passé, révolution et évolution, réforme et rupture, progrès et réaction, mouvement et stabilité. On croit souvent que la société n’avance pas durant des années et qu’elle change tout d’un coup sous l’effet du hasard et des hommes. C’est faux. La société change un peu tous les jours, et ce n’est qu’à certains moments que ces changements se voient à force d’être accumulés. Le changement ce n’est pas maintenant. C’est quand ça veut.

 

Le changement se construit. Les acteurs sociaux font des actions et ont des interactions. La société est l’effet émergent résultant de l’agrégation des actions des individus qui la forment. L’évolution sociale avance par petits pas, tel le tramway qui crée lui-même le courant électrique qui le fait avancer. Les hommes produisent et reproduisent la société, sans s’en apercevoir. Ils créent le monde qui les crée, au risque que celui-ci leur échappe et se retourne contre eux tel le monstre de Frankenstein. La terre qui se réchauffe, c’est l’homme qui se tue en voulant vivre.

 

La continuité est la norme. Les gens ont besoin de prévisibilité pour se faire confiance dans leurs interactions quotidiennes. Sans stabilité pas de croyances communes et de préconçus pour lire le monde de la même façon. Les individus agissent en fonction des significations qu’ils construisent. L’inconscient collectif est la base la plus sûre de la construction de la réalité. Il est un sens pratique et une disposition acquise par la socialisation qui permet aux gens de penser la même chose et de se comprendre. Les préjugés sont le ciment qui nous tient ensemble.

 

Le changement se provoque. Et il s’évite. Il faut deux ingrédients pour penser et agir : la pensée et l’action. Le collectif et l’individuel. Les structures et les agents. L’environnement et la personnalité. Les contraintes que créent les hommes sont des incitations qui habilitent à agir. Elles égayent le pouvoir d’imagination et poussent à se surpasser. Pour changer le monde il faut le comprendre et pour le comprendre il faut l’observer. Donc le laisser tranquille. La révolution ne se fait pas en un jour. Elle se fait tous les jours, par des petits changements convergents.

 

La continuité est un danger. Et elle est en danger. Un gouvernement n’est légitime que si la culture politique qui le soutient engendre une identification et une socialisation commune à tous. La crise politique intervient alors quand des secteurs de la société se désolidarisent de cet idéal partagé. L’individualisation qui mène à l’anomie. La ségrégation qui créé la lutte des clans. La dépravation que produit le relâchement des mœurs. Il y a des évolutions, nécessairement. Toutes ne sont pas bonnes à prendre. Mais toutes sont à maitriser. Voilà qui est dit et bien dit.

 

Le changement se subit. Le monde comme volonté et représentation ne va pas là où chaque individu voudrait qu’il aille. Il va là où la somme de la masse le fait aller. Comme au jeu du téléphone arabe, chacun est conscient de la déformation qu’il apporte mais aucun ne peut prévoir à l’avance où cela va les mener. Le gouvernement balise le chemin de la réforme en impliquant des tas d’acteurs par la négociation, la consultation ou la concertation. Il ignore que chacun ajoutera sa touche créative, de sorte que personne ne soit satisfait à la fin.

 

La continuité est un atout. Elle se préserve. La confiance est le socle le plus essentiel de l’équilibre social. Elle se maintient, car elle donne de l’efficacité à l’action publique. C’est avec les codes les mieux ancrés qu’on rend possibles les modes les plus novatrices. Au risque de les empêcher. « A chaque nouvelle secousse, cramponnée à sa mécanique séculaire, elle ordonne d’une voix étranglée par la peur de resserrer d’un tour l’ordre administratif vissé jadis par le Premier consul », disait Georges Bernanos à propos de cette France rétive au changement.

 

Le changement dans la continuité c’est le conservatisme mais en changeant les hommes. La continuité du changement c’est la conservation de ce que les hommes feront semblant de changer. L’équilibre des choses est constant mais il évolue sous le coup de nos décisions. Une société qui était stable devient bancale par l’addition de piètres décisions. Un budget qui était équilibré devient déficitaire par l’accumulation de dépenses contestables. Un pays qui était bien gouverné devient ingérable par une ribambelle de choix malheureux. C’est ce qui va se passer.

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