Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 01:35

« Gouverner c’est choisir entre deux inconvénients »

 

Pierre WALDECK-ROUSSEAU (1846-1904) – Homme politique français et sans issue

  

 

Les français n’aiment pas ceux qui les gouvernent. Ces derniers le leur rendent bien. Ils ne sont pas à la hauteur les uns des autres. Le peuple est violent et impulsif. L’élite est passive et calculatrice. En France, les dirigeants croient le peuple ingouvernable et le peuple croit les dirigeants incompétents. Nicolas Sarkozy, qui a perdu en grande partie à cause de sa manière arrogante et inefficace de gouverner. François Hollande a promis de faire mieux et il a menti.

 

« Gouverner c’est faire croire », disait Nicolas Machiavel. Il faut être malin pour garder son pouvoir contre ceux qui le veulent. Il faut jouer de la règle et préférer une tradition souple à une loi rigide. En Amérique du Sud, les peuplades sauvages se gouvernent selon la légende qui donne au chef des pouvoirs surnaturels afin qu’il ne soit pas contesté. En Grande-Bretagne, la coutume l’a toujours emporté sur la constitution car elle est plus pragmatique. En Prusse, le chancelier Otto Von Bismarck gouvernait par décrets pour toujours contourner le parlement.

 

« Gouverner c’est gouverner les esprits », disait François Guizot. Sans le faire-savoir, le savoir-faire n’est rien. Il faut communiquer et inculquer ses mythes à la population si on veut lui imposer ses lois. Dans l’Egypte ancienne, les pharaons disaient qu’ils descendaient des dieux pour entretenir leur légende et leur autorité. Dans la France de l’Ancien régime, les rois invoquaient le droit divin pour justifier leurs prérogatives. Dans l’Iran de la révolution islamique, les shahs sont de leur vivant dans la théologie pour s’assurer respect et admiration.

 

« Gouverner c’est prévoir », disait Klemens Von Metternich. Il faut traiter les dossiers prioritaires en début de mandat puis aborder posément une grande affaire tous les six mois. Dans la Grèce antique, chaque réunion de l’assemblée comportait un ordre du jour afin de ne traiter que des sujets importants. Dans la France napoléonienne, l’administration performante des préfets a permis à l’empereur de sonder l’état du pays pour déceler à l’avance les dangers. Dans la Chine du XXIème siècle, les dirigeants connaissent leur intérêt et lisent dans l’avenir.

 

« Gouverner c’est mécontenter », disait Anatole France. Le gouvernement socialiste fait des annonces, décide puis consulte et se ravise quand il voit que ses mesures sont impopulaires. Or il faut faire le contraire : consulter en privé, prendre sa décision et l’annoncer en public. A Rome, les empereurs tenaient leurs salons privés où ils consultaient les praticiens. En Russie, les despotes éclairés écoutaient les philosophes pour mater le peuple sans l’achever. Aux Etats-Unis, les demandes des lobbys remontent au pouvoir dans le cadre du modèle néocorporatiste.

 

« Gouverner c’est choisir », disait Pierre Mendès-France. On ignore que les décisions des élus sont des arbitrages arbitraires rendus sans cohérence sur des avis personnels et des sautes d’humeur. Il faudrait qu’elles soient un vrai choix cornélien résolu avec la conscience de l’intérêt général. En Israël, le roi Salomon rendait des jugements équitables en coupant la poire en deux. En Espagne, Charles Quint agissait en militaire pour déclarer la guerre et agrandir le royaume qu’il gérait en politique. Au Brésil, les dirigeants de Fernando Cardoso à Lula ont préféré développer la richesse de la minorité que lutter contre la pauvreté de la majorité.

 

« Gouverner c’est faire que ce qui devrait être soit », disait Manuel Azaña. On croit que le changement arrive par de grandes révolutions brutales or il vient par de petits mouvements progressifs. Les mentalités ne basculent pas d’un coup mais doivent être préparées. En Italie, l’unification n’est venue que parce que des écrivains en avaient rêvé. En Turquie, la révolution kémaliste n’a rompu avec l’empire ottoman car la contestation est montée à la fin du régime. En Egypte, la révolte n’a renversé le pouvoir que parce que l’armée s’est retournée contre lui.

 

Ces quelques recettes ne devraient pas servir à la gauche qui croit ne pas en avoir besoin mais la droite pourra les reprendre à son compte si elle revient au pouvoir. Elle doit savoir que le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins : il ne faut pas tout le temps changer la loi ou la faire entrer dans les affaires privées. Elle doit savoir que le meilleur gouvernement est celui qui se gouverne lui-même : il faut coordonner les actions et planifier les annonces pour éviter les couacs. Elle doit enfin savoir que le meilleur gouvernement est celui qui fait de son mieux : il faut montrer aux français qu’on se bat pour leur bien. Et si possible y arriver.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

À Propos De En Rase Campagne

  • : En rase campagne
  • En rase campagne
  • : La politique est toujours en campagne, CARBONE 12 aussi ! Lancé à 100 jours du 2e tour des élections présidentielles de 2012 pour redonner de la hauteur à un débat qui volait bas, EN RASE CAMPAGNE est un blog qui commente la vie politique française.
  • Contact

L'EMPREINTE CARBONE

Projet de loi de finances : se serrer la ceinture ou baisser son froc devant Bruxelles, telle est la question. 

 

Retrouvez tous les billets "L'empreinte carbone" 1 2 3 4 5 6 7 

AU RAS DES PÂQUERETTES

Poisson d'avril de Ségolène Royal : les autoroutes gratuites le week end. Mais qui peut contrôler ce qui se passe dans son cerveau ? 

 

Retrouvez tous les billets "Au ras des pâquerettes" 1 2 3 4

DU CARBONE DANS LA CERVELLE

Entre deux meetings, Nicolas Sarkozy recommence ses conférences grassement payées à l'étranger. Cela pourrait le desservir. 

 

Retrouvez tous les billets "Du carbone dans la cervelle" 1 2 3 4 

Les Idees De En Rase Campagne