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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 23:05

« Si cela va sans dire, cela va encore mieux en le disant »

 

Charles-Maurice de TALLEYRAND (1754-1838) – Diplomate français et non-dit

   

 

D’habitude les chiffres des organismes officiels sont soit parlants soit trompeurs, mais ils ne sont pas tenus secrets du public. Sauf ceux des statistiques ethniques. Ce sont les seuls que la loi maintient au silence au nom de l’universalisme républicain que l’échec de l’intégration à la française rend pourtant si désuets. Pour éviter le communautarisme, la nation française n’a en effet rien trouvé de mieux que de taire les différences entre les races et les origines. Plutôt que d’affronter les problèmes, on les évite et on les ignore en gommant les aspérités de la réalité.

 

Certes il n’y a qu’une communauté, celle des français. Mais pour lutter efficacement afin qu’elle vive mieux, il faut agir auprès des groupes les plus en difficulté et pour cela avoir des données publiques fiables et des indicateurs pertinents. Or pour éviter le racisme d’Etat, la Cnil interdit l’usage de toute statistique sur la couleur de peau ou la provenance géographique des individus. Le régime de Vichy utilisait les statistiques ethniques donc il ne faut pas faire pareil. Il avait aussi introduit les cartes d’identité pour ficher les gens, mais cela on l’a finalement gardé.

 

Ce non-dit sur la diversité des minorités nationales est une maladie bien française. Notre république est un Etat hypercentralisé dont la nation est une et indivisible. Les particularismes locaux et originaux n’ont pas leur place. La Corse n’a pas de statut distinct des autres régions, les patois provinciaux ne sont pas reconnus dans la constitution et les lois ne concernent jamais un groupe social particulier au lieu de la population générale globale. Les légistes prennent cet héritage historique à la lettre et refusent de publier les chiffres qui décrivent une réalité autre.

 

La France est une société pluriethnique qu’on s’acharne à unifier d’après une fiction. Le langage creux surpasse le parler-vrai quand on ignore que le communautarisme sera le grand enjeu du siècle. Ou le mal du siècle. Avec les vagues d’immigration et l’échec de l’assimilation, la Corrèze est le Zambèze, la Guyenne est la Guyane et Saint-Affrique est l’Afrique. C’est en toute mauvaise conscience qu’on plante une forêt de langues de bois sur un sujet si important.

 

Il ne s’agit pas de poser plus de remparts contre ceux qui rampent jusqu’à nous, mais au contraire de construire des ponts à la place des murs qui nous séparent. La ville devient un lieu commun où les gens se croisent sans se rencontrer, vivent à côté et non avec et agissent seuls et non ensemble. La gentrification sépare riches et pauvres et l’incompréhension unit blancs et noirs dans ce même mélange de peur et de haine. Il faudra bien un jour lutter contre les réalités au lieu de seulement rêver à les changer. Sinon, la nature sociale se vengera toute seule.

 

La pensée leibnizienne permet de tout relativiser. Les délinquants sont des arabes et les pauvres sont des étrangers mais aucun chiffre ne permet de comprendre cette réalité pour agir dessus. En 2010, un groupe de roms mettait le feu à Echirolles et on avait traité Nicolas Sarkozy de fasciste pour avoir voulu traiter le problème. En 2012, un groupe de roms met toujours le feu à Echirolles et on voit bien que François Hollande est sans solution. La boucle est bouclée. Le problème n’est pas de savoir si les fauteurs de trouble et les fouteurs de merde sont roms ou en boivent, car ils n’ont ni saveur ni odeur. Il est de le savoir pour taper sur la bonne cible.

 

Il faut autoriser la publication des statistiques ethniques. Elles permettent de se dire la vérité en face et de mesurer les progrès réalisés pour changer les réalités. Cela permettra de voir si le quota de noirs à la télé est bien le même que celui de la société. Cela permettra de voir si les arabes sont vraiment toujours autant discriminés à l’embauche par les patrons et au faciès par les policiers. Cela permettra de voir si les quartiers sont interculturels ou multiculturels.

 

C’est le rêve cordouan d’une cité où cohabiteraient des enfants de tous pays et de toutes couleurs. Sans ignorer les différences, il faut dire la vérité qui dérange si on veut que les gens mettent en commun un peu de leur identité. A la limite, on préfèrerait presque que les oui-oui et les ouech-ouech se mettent sur la gueule si cela pouvait les empêcher de s’ignorer. Mais tant que la statistique ne prend pas les ethnies comme critères, c’est comme si le problème n’existait pas aux yeux des chirurgiens de la France.

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commentaires

Tyr 21 11/01/2013 11:45

Très pertinent !

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