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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 23:02

« Justice extrême est extrême injustice »

 

TERENCE (190 av. J-C-159 av. J-C) – Comique latin et drôle comme Terrence Hill

 

 

La justice est parfois injuste. Dans l’affaire qui l’oppose à Nafissatou Diallo, Dominique Strauss-Kahn est en passe de passer entre les gouttes qu’il a d’ailleurs essaimées un peu partout dans la chambre 2806 du Sofitel de New York. Dans le procès pénal, les accusations de viol de la plaignante ont été tellement contradictoires que le tribunal n’a pas poursuivi le prévenu. Dans le procès civil, les deux parties devraient arriver à un accord à l’amiable et le coupable s’en tirer avec quelques milliers de dollars de dommages et intérêts. Une amende bien peu lourde.

 

S’il a évité de peu la prison en bon repris de justesse, DSK n’échappera pas au divorce d’avec sa femme. Une fois son devoir conjugal assumé et l’honneur sauf et sauvé, Anne Sinclair a repris sa liberté et fait payer les infidélités à son mari volage. Elle lui aura beaucoup pardonné. Moins certainement que ses avocats, qui s’en seront mis plein les poches et qui auront même réussi à gagner plus que la pauvre femme de chambre dans l’affaire. Elle n’avait rien demandé, à part bien sûr de l’argent dont elle croyait l’ex directeur général du FMI fortement pourvu.

 

Ce cas d’espèce montre au moins qu’aux Etats-Unis, la justice est expéditive. Elle veut éviter le procès à tout prix, même au prix de la vérité. Blanchi et mis hors de cause, l’accusé a peu passé de temps devant les tribunaux. Il n’en reste pas moins suspect. Il n’a d’ailleurs jamais été innocenté et sa condamnation financière prouve même qu’il y a eu un préjudice. La justice américaine ressemble étrangement à la bourse américaine : on ne comprend rien à ses règles et à ses arrangements et il faut beaucoup d’argent et de passion pour vouloir y jouer longtemps.

 

La justice française a d’autres défauts, mais ils ne sont pas plus enviables. Elle est lente, faisant perdre des années aux victimes et permettant aux coupables d’échapper à leur jugement. Elle est chère, avec ses multiples instances et juridictions contradictoires et les frais d’avocats qui tendent à se multiplier avec l’empilement des voies et recours. Elle est obscure, avec son parler peu franc et ses cours peu accueillantes. Le justiciable est perdu entre les appels et les pourvois en cassation, entre les tribunaux administratifs et le droit commun, entre le siège et le parquet.

 

L’institution judiciaire est passée de mode, dépassée par les événements et surpassée sur les lois qu’elle applique. On dit souvent qu’elle est à deux vitesses, si on peut parler de vitesse pour une machine qui marche autant au ralenti. Et c’est vrai. Les riches et puissants s’en sortent toujours : ils se disent innocents et finissent par obtenir un non-lieu. Quand ils ne repartent avec des millions tels Bernard Tapie. Les pauvres et petits en sortent toujours : ils plaident coupable et voient leur peine aménagée pour bonne conduite. D’où de trop nombreux cas de récidive.

 

A force de ne pas vouloir faire de la peine, la justice a fini par diluer la valeur dissuasive de la sanction. Être convoqué à un jugement est devenu un acte routinier comme aller au travail ou faire ses courses. Les citoyens règlent leurs différends dans les prétoires et ne passent jamais aux aveux. Ils savent que reconnaître ses fautes est l’acte le plus responsable sur le plan moral à la fois que le plus idiot sur le plan procédural. Il vaut mieux faire le dos rond et attendre que le juge n’ait pas réussi à réunir assez de preuves. La présomption d’innocence est un super avocat.

 

Les dysfonctionnements injustifiables de la justice française, c’est dommages et intérêts pour la nation et la république. C’est la porte des prisons surpeuplées que le législateur peine à construire et craint de remplir qui est ouverte à tous les abus. Les groupes pharmaceutiques et hommes politiques savent qu’ils ont la question prioritaire de constitutionnalité pour esquiver les accusations d’escroquerie et de corruption qui pèsent sur eux. Les justiciables ordinaires et justiciers masqués espèrent que les jurys populaires mettront enfin les violeurs sur l’échafaud.

 

Que dit le gouvernement de tout ça ? Rien. La ministre de la justice Christiane Taubira est sage comme une image et invisible comme les bras de la Vénus de Milo. On ne la voit pas, on ne l’entend pas. Elle n’a sûrement pas d’avis, tant il est vrai que l’échappatoire désormais rituel des hommes politiques est de répondre qu’ils ne commentent pas les décisions de justice. A trop éviter la polémique, ils ne risquent rien. A part la crise de confiance. S’ils oublient que la justice est une affaire de politique, il serait tant de le leur rappeler avant qu’il ne soit trop tard.

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