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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 22:26

« C’est la transition qui est désagréable »

 

Isaac ASIMOV (1920-1992) – Scientifique américain et transi de froid

 

 

L’année 2012 est déjà finie. C’était une grande année électorale mais tout se jouait dans la première moitié. Maintenant la gauche est au travail avec le président, le gouvernement et le parlement. Il y a un an la droite était aux affaires et s’attendait à la défaite qu’elle a subie tel un ancien régime alors que François Hollande commençait le sien. Les élections présidentielles sont des élections qui comptent. Couplées aux élections législatives, elles remettent le pouvoir en jeu tous les cinq ans depuis que le quinquennat est en place. C’est là la moindre des choses.

 

Ce n’est pas le cas de toutes. Les élections intermédiaires en France ont peu de poids. Sous la IVème République, elles avaient leur propre rôle car les élections législatives avaient lieu tous les six mois. On votait vraiment sur l’objet de la convocation. Sous la Vème République, elles rythment des mandats présidentiels toujours trop longs et donnent au peuple le vote-sanction. Il est toujours hors-sujet. Or c’est une exception française car aux Etats-Unis, toutes les élections ont lieu en même temps et sont prises chacune individuellement et non l’une pour l’autre. Un électeur peut voter pour un président démocrate et un sénateur républicain. En France, non.

 

Les élections locales n’ont plus de valeur pour elles-mêmes. Les élections régionales de 2004 et 2010 ont servi à battre à plate couture la droite même si la gauche les a prises pour des bénédictions. Elles ont puni le gouvernement. Les élections municipales ont aussi toujours servi à cela. En 1977, la gauche faisait un raz-de-marée contre la droite de Valéry Giscard d’Estaing. En 1983, le PS subissait le rejet du tournant de la rigueur. En 2001, la gauche gagnait Paris et Lyon mais perdait à peu près partout ailleurs. En 2008, Nicolas Sarkozy encaissait le premier revers de sa présidence bling bling et perdait Strasbourg et Toulouse. Ainsi, de De Gaulle à nos jours, la droite a toujours eu le pouvoir local contre elle quand elle avait le pouvoir national.

 

Les élections européennes suivent la même tendance. En 1979, Simone Veil était élue présidente du parlement européen après une campagne sur l’Europe. En 1989, elle perdait face à son ancien président Valéry Giscard d’Estaing une élection qui n’en avait pas parlé du tout et qui avait illustré les divisions de la droite. En 1999, François Hollande mettait la pâtée à Nicolas Sarkozy mais on avait eu bien de la peine à parler d’autre chose que des problèmes intérieurs. En 2009, Nicolas Sarkozy gagnait la seule victoire électorale de son quinquennat mais on n’a retenu que le score des verts sur les talons du PS après le passage de « Home » sur France 2.

 

Ce sont des élections de transition. Elles ne vivent pas par elles-mêmes et pour un enjeu propre mais entre deux élections plus importantes. Elles sont inutiles tant le vote est déconnecté de l’issue. On vote contre le gouvernement et non pour un maire ou pour un référendum. Les médias sont fautifs car ils cadrent l’élection sur des enjeux nationaux au lieu des enjeux locaux. Elles comptent moins à leurs yeux vus les temps consacrés d’émission de soirées électorales : 3-4 heures pour une élection présidentielle, 3/4 d’heure pour une élection cantonale. Même en Allemagne fédérale, on voit plus les camouflets pour Angela Merkel que les victoires du SPD.

 

Ce ne sont pas des élections sans conséquence. Elles présagent souvent le résultat des élections majeures suivantes car elles font la transition. La poussée de la gauche aux élections législatives de 1973 et 1978 préparait la victoire aux élections présidentielles de 1981. Le succès de la droite aux élections européennes de 1984 et régionales de 1986 annonçait la victoire aux élections législatives de 1986. La défaite de la droite aux élections cantonales et sénatoriales de 2011 dessinait celle des élections présidentielles de 2012. Mais il ne faut pas trop gagner quand on a le pouvoir : la droite avait tout gagné avant 1981 et la gauche avait tout gardé avant 2002.

 

Ce ne sont pas des élections perdues pour tout le monde. On les dit adaptées aux petits partis car propices au vote utile. Le Front national a réussi son premier gros coup aux élections européennes de 1984 même s’il réalise depuis ses meilleurs scores aux élections présidentielles. Les centristes récoltent de beaux succès aux élections européennes et régionales même s’ils en disparaissent à cause de leur isolement et de leur reluctance à parler d’Europe. Les verts ne brillent qu’aux élections locales de listes et sombrent aux élections présidentielles uninominales.

 

Les élections de transition sont aussi importantes que les élections de charnière même si le taux de participation y frôle les 30% et le traitement médiatique y est aussi indigne que la campagne. Mais c’est là où se désignent les leaders. En 1968, Georges Pompidou menait la majorité UDR aux élections législatives et devenait légitime pour prétendre être un jour voire l’année d’après président. En 1994, Michel Rocard se ramassait aux élections européennes et perdait le contrôle du PS. En 2004, Ségolène Royal prenait le Poitou-Charentes et la tête des sondages pour 2007. La droite devrait y penser en 2014 si elle veut préparer la victoire de 2017.

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