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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 23:06

« Moi, je voudrais être né dans la rue où je suis et ne jamais l’avoir quittée »

 

Marcel AYMÉ (1902-1967) – Ecrivain français et mal-aimé

  

 

Le débat veut que l’immigration et l’identité nationale soient deux thèmes intimement liés. Ce n’est pas faux. Les émeutes de banlieues de 2005 et le débat sur l’identité nationale de 2010 ont révélé jusqu’où l’immigration était devenue un problème. Inexistant dans les années 1960, le thème est devenu sujet de controverse et à polémique dans la décennie suivante avec la crise économique. C’est comme si la présence de l’autre et précisément du noir et de l’arabe rendait plus difficile la capacité à se définir soi-même. Le français ne se sent plus chez lui.

 

Être soi contre l’autre, c’est la réaction naturelle de celui qui a peur de ne plus être lui-même à cause de l’étranger. La nation du XIXème siècle était une machine à écraser la diversité pour imposer une unité bien homogène. Or ce n’est pas après s’être fatigué à lutter contre les particularismes basque et breton que l’Etat allait céder devant les communautarismes portugais et italien. L’identité est ce qui reste égal à soi-même et l’identification est ce qui consiste à croire que l’autre est comme soi. C’est pourquoi l’expérience de la différence et le rapport à l’immigré sont si fragiles, car le rapport à la terre natale a vite fait d’être bouleversé par la peur du barbare.

 

L’être humain est avant tout conditionné par son étant. Il n’est pas : il fait et il devient. Il ne connait que ce qu’il perçoit, donc il n’apprécie que ce qu’il a pu apprendre à apprivoiser. Social et dissociable, il veut être comme les autres tout en restant lui-même c’est-à-dire commun et unique à la fois. C’est pourquoi il est en crise quand un événement bouscule cet équilibre durement acquis par rapport au groupe social qui est pour lui une certitude inquestionnable. Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a plusieurs qu’il y a des problèmes : le seuil joue.

 

Être soi sans l’autre, c’est la solution qu’a trouvé le français moyen pour s’éviter cette remise en question de ses traditions au contact de l’étranger. On voit bien qu’il n’est pas d’ici et on tient à ce qu’il le reste en n’entrant jamais en interaction avec lui pour qu’il ne réussisse pas son intégration. Se croiser sans se rencontrer est la devise des banlieues à problèmes qui préfèrent la cohésion des ethnies déjà existantes à la solidarité entre groupes pour reformer la nation. Le communautarisme, c’est le résultat de 30 ans de politiques indignes de ce nom qui voulaient imposer l’universalisme républicain au lieu d’apprendre aux individus à se connaitre.

 

La crise de l’Etat et la révolution de la mondialisation devaient faciliter le contact mais elles ont exacerbé les identités et généralisé le chacun pour soi. Les identités locales sont des barrières qui empêchent de toucher et percevoir les autres alors que l’immigration est source de destruction créatrice. C’est un métissage qui pérennise l’identité nationale en la faisant évoluer par la rencontre des différents et des différends. Une culture qui reste fixe court à sa perte, alors qu’une culture qui se recompose grâce aux apports extérieurs peut rester fidèle à elle-même.

 

Être soi avec l’autre, c’est accepter que la culture n’est pas un objet mais un sujet en perpétuelle évolution. Il faut s’adapter aux changements en s’inspirant des autres au lieu de s’engoncer dans ses certitudes. Le déclin présumé de la France vient aussi de ce nombrilisme consistant à se prendre pour une exception culturelle et à renoncer à être un modèle. La redéfinition du projet identitaire de la France est nécessaire alors que la crise économique désarme le courage gaulois. Il faut certes que les immigrés s’adaptent à la culture française, mais il faut aussi que les français s’adaptent aux immigrés et se remettent en question à leur contact.

 

La peur de l’étranger vient souvent d’expériences de seconde main faites de « on dit » et de faits divers relatés à la télévision. Le délinquant est toujours maghrébin ou subsaharien, mais personne ne l’a jamais vu. Il faut se faire sa propre opinion, et seule la rencontre le permet. La perception d’une situation est meilleure d’un point de vue individuel que collectif, mais on écoute toujours le second. Il faut franchir le pas de l’intégration, et avoir le courage d’aller vers l’autre pour lui faire aimer la France au lieu de la lui imposer sans conditions ni réserves.

 

Être soi grâce à l’autre, c’est percevoir l’immigré comme une chance même quand il est une catastrophe. Seule la différence fait progresser et il n’est pas donné à tous les peuples d’accueillir des gens venus exprès chercher un monde meilleur. Cela vaut mieux que de voir les français s’exiler parce qu’ils ne trouveraient plus leur bonheur sur leur terre natale. Intégrer c’est intégrer ce qui manque, or la connaissance de soi passe toujours au préalable par la reconnaissance de l’autre. Pour faire des choses ensemble, il faut accepter qu’il y ait des avis différents. Sinon, chacun mène sa barque dans une immense scène d’onanisme collectif.

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commentaires

Confucius 25/11/2012 19:12

Y a des idées, mais c'est parfois un peu confus.

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