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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 22:11

« La solitude vivifie ; l’isolement tue »

 

Joseph ROUX (1834-1905) – Poète français et maintenant bien seul

 

 

La démocratie, c’est la majorité qui gouverne contre la minorité. C’est pour cela que ce régime ne fait pas l’unanimité. Or c’est un grand progrès dans l’histoire. L’aristocratie, c’était la minorité qui gouvernait contre la majorité. La monarchie, c’était un seul qui gouvernait tous les autres. La représentation parlementaire est une avancée même si la délibération participative du peuple et le mandat impératif des élites cèdent à la gouvernabilité. On en apprend des choses.

 

En démocratie, la majorité doit aussi tenir compte des minorités si elle veut tenir. Elle doit les rendre visibles, même quand elles revendiquent une vie séparée de la société dans le communautarisme le plus abject. La discrimination positive, c’est aussi la reconnaissance de l’autre. C’est pour cela que la gauche veut donner le droit de vote aux étrangers et le mariage aux homosexuels. Au mépris de tout bon sens. Seule la nationalité donne la citoyenneté, et la naturalisation ça existe. Seule la famille tient la société, et le PACS c’était très bien comme ça.

 

Mais il y a des exclus plus graves que les métèques et les fofolles. Ce sont les exclus à vie qui endurent une discrimination quotidienne et perpétuelle à cause de leur nature et non de leur culture. Les handicapés, minorité forcément visible qui peine à accéder aux mêmes droits que les autres alors qu’elle a les mêmes devoirs. Les sans-abris, marginaux face à qui on prend la tangente dans la rue pour ne pas leur donner une pièce. Les vieux, qui comme le dit la chanson ne parlent plus et vivent seuls dans leur veuvage, abandonnés de tous ou à peu près.

 

Tous vivent à l’écart car notre société ne montre plus de solidarité. Son lien social perd en solidité car ses membres ne se tournent plus les uns vers les autres. Ce manque de curiosité ne vient pas que de la méfiance envers autrui ou de la défiance envers la société. Elle découle d’une tradition bien française qui veut que l’on attende tout du lien vertical à l’Etat et rien du lien horizontal entre citoyens. Le sens patriote et national ne vient que si l’équipe de foot gagne.

 

Cette précarité se renforce avec la crise économique. Un homme ne se classe pas à sa richesse, mais sa pauvreté le déclasse. Surtout dans un pays développé qui vit au-dessus de ses moyens et du rêve des autres peuplades. Un pauvre en France est plus à plaindre qu’un pauvre au Niger car même s’il vit dix fois mieux, le pouvoir d’achat et le niveau de vie y sont cent fois plus hauts. Or l’intégration des exclus est impensable en pleine débâcle économique, où le porte-monnaie se vide et le cœur s’empierre. Chacun met des œillères pour ne pas le voir.

 

Jusqu’aux années 1970, on accueillait les travailleurs maghrébins à bras ouverts. Depuis, on les expulse en charters et les familles des installés continuent d’arriver en avion. Jusqu’aux années 1980, on encourageait les chômeurs à avoir une activité avant de retrouver un travail. Depuis, on les regarde avec pitié bénéficier de l’assistanat du RMI ou du RSA. Même combat.

 

L’entraide a laissé place à la démerde, l’intégration à la désagrégation et l’insertion à l’exclusion. Le fruit est dans le ver, à moins que ce ne soit le contraire. Les parias sont pourtant régulièrement une grande cause nationale, mais ce n’est pas à l’Etat d’aider les individus isolés. C’est aux citoyens de s’aider entre eux mais on ne parie pas assez sur l’intelligence de l’homme. On refuse le « chacun pour soi » en économie mais on l’accepte pour tout le reste. Saint-Paul voulait jadis contraindre les païens à rentrer. Aujourd’hui on veut exclure tous les parias.

 

La gauche dit vouloir prendre soin avec le care. Espérons que l’intention soit sincère car il ne faut pas jouer avec les exclus. Ils sont sans voix, tels les chômeurs qui n’arrivent jamais à se réunir pour manifester. Mais l’ostentation des possédants est une incitation à la violence et à la colère sociale. La politique devrait servir à aider ceux qui sont en difficulté, puisque ceux qui ont tout ou presque n’en ont pas besoin. Il n’y a pas de plus beau combat que celui-là. Pour éviter que la France ne se divise, il faudra que ceux qui ont tout consentent un peu à partager.

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commentaires

Le festivalier 30/06/2012 22:09

Bon article, mais je ne suis pas d'accord avec le nivellement fait entre les pauvres et les noirs. Il ne faut pas faire d'échelle de valeur du malheur.

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