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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 22:09

« Bien connaitre quelqu’un, c’est l’avoir aimé et haï »

 

Marcel JOUHANDEAU (1888-1979) – Ecrivain français et impopulaire par amusement

 

 

Elle est loin cette élection à la présidence du RPR de 1999. A l’époque, François Fillon s’était présenté avec l’espoir de succéder à son mentor Philippe Séguin et une ligne de gaulliste social qui lui donnait toutes ses chances. Il avait été sorti dès le 1er tour et a subi le chiraquisme plus qu’il ne l’a suivi. Ministre de Jean-Pierre Raffarin jusqu’en 2005, il a été écarté du gouvernement par Dominique de Villepin et s’est plaint de l’être alors que ses réformes seraient selon lui les seules dont on se souviendrait de Jacques Chirac. Un peu prétentieux, le garçon.

 

François Fillon est avant tout un homme discret. Il a été remis dans la lumière par son pacte secret avec Nicolas Sarkozy, « le meilleur de sa génération » selon lui. Mais c’était pour immédiatement se remettre dans l’ombre en étant un si effacé 1er ministre de l’hyperprésident, prompt à jouer les père-la-rigueur avec son air austère mais jamais à prendre les devants pour subir les risques du métier. Ses détracteurs l’accusent suffisamment de ne pas avoir mené une campagne présidentielle assez active pour défendre le bilan, ce qui est un doux euphémisme.

 

Il est le favori pour devenir président de l’UMP en 2012. Les années ont passé et il incarne désormais la droite modérée que tout le monde veut suivre après les excès de la fin du sarkozysme. Les anciens ministres le suivent pour se donner une bonne image et ménager leur avenir. Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et François Baroin ont un temps mis de côté leurs ambitions pour servir celui qui devrait mener l’opposition durant cinq ans. Il est le favori idéal : sérieux, propre sur lui et consensuel. Mais il n’est pas l’homme sans défaut qu’on veut décrire.

 

Jean-François Copé a clairement assumé le créneau de la droite décomplexée pour bien sûr prendre le contrepied. Il prône le courage face à la prudence pour souligner qu’il prend des risques là où son rival ne s’engage sur rien. Il rappelle qu’ils ont des parcours différents pour montrer qu’il reste fidèle à sa terre d’élection quand le sarthois bouge au grès des opportunités qui s’ouvrent. Il épouse toutes les familles politiques du chiraquisme par lequel il a longtemps juré au sarkozysme dont il est un converti de la toute dernière heure. Il veut du débat avec le racisme anti-blanc et de l’action avec le parti civique. Mais il se bat pour à peu près rien.

 

Le politiquement correct l’emportera sur le politiquement concret. Pourtant, François Fillon est un inconnu dans la maison de l’UMP tant on ne le connait pas. Il se dévoile peu et investit peu de lui-même dans son métier. C’est un homme politique à l’ancienne, qui connait ses dossiers et ne révèle sa vie au public dont il le prive qu’en cas d’élection. Il présente et représente bien. Pour le reste, ce n’est pas quand même très glamour comme chef de la droite. Mais que ceux qui croient à une opposition sans polémiques se détrompent et se ravisent.

 

François Fillon n’a des poussées d’ambition que si les autres le piquent. Eric Woerth, Xavier Bertrand et Jean-Louis Borloo en savent quelque chose. Ils ont tous à un moment du dernier quinquennat lorgné sur le poste de 1er ministre et il aurait été logique qu’il change de tête à mi-mandat pour préparer la campagne présidentielle. Mais François Fillon a habilement joué pour rester incontournable. J’y suis, j’y reste. Et il n’est jamais plus inoffensif que quand on ne l’attaque pas. C’est pourquoi Jean-François Copé ne cesse de le flatter au contraire du gouvernement qui joue le jeu trop facile de critiquer son héritage. Il en sera forcément atteint.

 

Pour le pousser à la faute, il faut le pousser à politiser son discours. D’ordinaire très poli et policé, il devient agressif et désagréable quand il se défend. Lionel Jospin a plusieurs fois dénoncé son manque de délicatesse quand il mobilisait son passé de 1er ministre pour le décaniller. Eva Joly s’est plaint de la petite phrase tendancieuse qu’il lui a lancé pour souligner à raison qu’elle ne connait pas bien les coutumes locales. Rachida Dati ne peut plus se l’encadrer depuis qu’il lui a pris sa place sur sa circonscription parisienne aux élections législatives.

 

Il faut des gens vrais pour diriger des vrais gens. Or on n’est pas à l’abri d’une surprise avec François Fillon tant on le connait peu. Jean-François Copé a au moins l’avantage de miser sur la vérité et de se lire comme un livre ouvert. Il faut toujours se méfier d’un candidat qu’on a battu. Nicolas Sarkozy et François Hollande sont partis de loin avant de devenir président de la république. Jean-François Copé a tout perdu en 2007 avant de faire son club de mousquetaires. François Fillon était tricard il n’y a pas si longtemps. C’était en 1999, déjà dans l’opposition.

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