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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 06:47

« C’était p’tet pas vot’question, oui mais c’est ma réponse »

 

Georges MARCHAIS (1920-1997) – Homme politique français et répondant à côté

 

 

La télé c’était mieux avant. Y compris en politique, où les entretiens d’anthologie et les débats de légende ont laissé place aux interviews bas de gamme et aux invités de bas de tableau. Interroger un homme politique est tout un art, et tous les journalistes n’ont pas le talent requis pour l’exercer. Sans même être complaisants, ils sont compatissants face aux difficultés de leurs interlocuteurs à justifier leurs erreurs publiques et leurs scandales privés. Or de plus en plus, le rite sacré de l’interview politique perd en talent et en qualité et l’audience qui va avec s’en va.

 

L’interview politique n’est pas née à la télé comme on le croit souvent mais à la radio. Seule la voix comptait et la capacité de l’enquêteur à résister à l’enquêté était capitale. Le grand jury en est l’héritier : pendant une heure, un ou des journalistes mettent sur le grill et sous le feu des projecteurs une personnalité politique qui fait l’actualité. Comble de l’ironie, ils tirent leur audience médiatique avant tout de la retransmission de leurs extraits aux JT des chaînes d’info. D’où la floraison de partenariats entre stations de radio, groupes de télé et titres de journaux.

 

Le face-à-face s’est ensuite transvasé naturellement à la télévision. L’interview de Charles de Gaulle par Michel Droit en est l’un des premiers exemples connus. Tout change alors car il faut gérer l’image, comme aurait dit La Palisse. Plus que la voix, c’est la face et la silhouette qu’il faut soigner. D’où l’utilité du maquillage et d’un large sourire, qui ne quitteront plus désormais les hommes politiques jadis beaucoup moins avenants même quand ils allaient serrer les pognes sur les marchés publics. C’est l’époque où on réapprend l’élu à parler, avec le mediatraining.

 

Tout ça pour ça : une télévision aseptisée, annihilée et chloroformée. La multiplication des émissions politiques est allée avec l’appauvrissement de la qualité du contenu. Aux invités quelconques succèdent les rencontres avortées, quand ce ne sont pas les programmateurs eux-mêmes qui se sabordent tous seuls. On jugera à l’audience médiocre de « Paroles de français », où ce sont les citoyens qui interrogent le président, le succès de ces formules nulles qui n’ont aucun sens. Le secret de « Des paroles et des actes », c’est qu’il rejoue « L’heure de vérité ».

 

Puisque les candidats de tous bords ne peuvent décemment organiser des causeries au coin du feu à la Giscard sans que le téléspectateur moyen n’ait l’idée de zapper entre ses trente-douze chaines, ils font des monologues où ils recasent leurs éléments de langage au mépris des questions du journaliste. Ils barrent les mots qu’ils arrivent à placer sur leur liste de course et meublent la conversation avec parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire. Ce prêt-à-penser qui ôte toute spontanéité à l’exercice est leur pense-bête. Il les empêche définitivement d’être pro-actifs.

 

Le rendez-vous n’est alors qu’une date de plus à cocher sur leur mediaplanning. Ils ne créent jamais la surprise mais font toujours honneur à leur parti. Et quand les questions ne leur conviennent pas, ils répondent à côté ou détournent la conversation sur un autre sujet. Georges Marchais en était le spécialiste, toujours sémillant en apparence face à ses deux comparses de guignolade Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach, mais souvent en demi-teinte en substance. DSK l’a imité mais en plus professionnel, avec son discours tout préparé face à Claire Chazal.

 

Promis, ils ne savent pas les questions à l’avance ! Ils ne connaissent que les réponses. La mise en scène est une pure mise en forme de leur camelote idéologique et partisane et le concept indéfini et indéterminé est toujours une roue de secours précieuse quand on ne sait pas quoi répondre. Cultiver l’ambiguïté, c’est tout l’art de la politique. Le candidat assure toujours dire la vérité. Par contre il ne garantit pas de dire toute la vérité. Il sait trop qu’avec la mémoire des images et des enregistrements, tout ce qu’il dit pourra tôt ou tard être retenu contre lui.

 

Le secret pour bien être mis à la question est de cultiver une fausse complicité avec le journaliste. Il faut être à l’aise et lui parler d’égal à égal, pour faire oublier qu’il est à la fois un examinateur qui évalue et un commun des mortels de la rue. Or la complicité aujourd’hui, elle est surtout entre les hommes politiques lorsqu’ils sont questionnés en même temps. Ils veillent surtout à ne pas se mettre en difficulté et se laissent développer les arguments même quand ils sont en débat. Or quand tout le monde gagne, c’est que le débat public y perd quelque part.

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