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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 09:20

« Matignon c’est un truc à emmerdes, et je suis bien placé pour le savoir »

 

Jacques CHIRAC (1932) – Ancien président et légende vivante

 

Pour paraphraser quelqu’un, être 1er ministre c’est pas facile. Manuel Valls en fait l’amère expérience. Le maire d’Évry était arrivé avec la volonté de faire des réformes. Il fatigue déjà. La gauche n’a ni son courage ni ses convictions libérales, ce qui le condamne à l’échec. Manuel Valls restera au moins fidèle à François Hollande, tant il est vrai que l’attelage entre président et 1er ministre est une curiosité de la Ve République. Une dyarchie inégale avec répartition incertaine des rôles, où l’Élysée prend souvent le pas sur Matignon. Même si chaque 1er ministre est différent.

 

Il y a les 1er ministre fusibles, qui se sacrifient pour leur président. C’était le cas du tout-premier Michel Debré, qui dut rendre son tablier en 1962 sur décision du seul Général De Gaulle. Il y a ensuite Pierre Bérégovoy, jugé responsable de la défaite historique de la gauche aux élections législatives de 1993 et qui portera le sacrifice jusqu’au suicide. Moins tragique fut la fin de Jean-Pierre Raffarin, qui aura fait tout ce qu’il a pu avant de rendre les armes suite au référendum perdu de 2005.

 

Il y a les ennemis intimes, qui veulent tuer leur président. C’est en tout cas ce que redoutait Georges Pompidou en Jacques Chaban-Delmas, qui lui faisait de l’ombre avec sa politique de gauche et qu’il contraint à la démission forcée en 1972. Le cas le plus célèbre est celui de Jacques Chirac avec VGE, qui lassé d’être traité tel un laquais démissionnera de lui-même en 1976 pour créer son propre parti. La rivalité entre Michel Rocard et François Mitterrand était plus feutrée mais ils se détestaient cordialement, et le premier fut remercié sans remerciements au bout de 3 ans.

 

Il y a les hommes de paille, qui n’ont pas marqué leur temps. Le discret Maurice Couve de Murville est de ceux-là, éphémère chef du gouvernement entre Mai 68 et la démission du Général de Gaulle. Il y eut Pierre Messmer, le deuxième second de Georges Pompidou mais qui ne sut jamais devenir premier. On pense aussi à Edith Cresson, seule femme jamais nommée à ce poste mais qui n’est restée que 9 mois à cause de ses maladresses. Récemment, Jean-Marc Ayrault a excellé en 1erministre fantôme court-circuité par ses ministres et incapable de rendre des arbitrages. 

 

Une répartition incertaine des rôles avec le président

 

Il y a les ententes cordiales, ces mariages de raison plus que de passion. Ce fut le cas entre Georges Pompidou et le Général de Gaulle de 1962 à 1968, plus long bail à Matignon de la Ve République. Il y eut Raymond Barre et VGE de 1976 à 1981, même si le premier tira avec lui le second dans son impopularité. On pense aussi à Pierre Mauroy et François Mitterrand, qui bien qu’opposés la veille firent un bout de chemin ensemble jusqu’au tournant de la rigueur de 1983. Un cas récent est celui de François Fillon et Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, qui malgré leurs caractères distincts se fit « sans nuage ». Manuel Valls et François Hollande suivent ce modèle.

 

Il y a les couples fusionnels, qui lient souvent un père à son fils. Laurent Fabius fut nommé 1er ministre en 1984 parce qu’il était le petit préféré de François Mitterrand, même si ce ne fut pas lui rendre service. Alain Juppé était le fils prodige de Jacques Chirac, « le meilleur d’entre nous », du moins jusqu’à ce que son impopularité record ne pousse le président à la dissolution. Dominique de Villepin était plutôt le fils prodigue, un bébé Chirac qui aura trahi son père en le forçant à le nommer puis en échouant à faire barrage à Nicolas Sarkozy pour la candidature de 2007.

 

Il y a enfin les 1er ministre de cohabitation, issus du camp adverse. Jacques Chirac revenait à Matignon en 1986 dix ans après et constatait que la cohabitation était avant tout un piège pour le 1er ministre. Édouard Balladur en fit également les frais entre 1993 et 1995, sa popularité ayant graduellement dégringolé sous les coups de boutoir de François Mitterrand. Lionel Jospin le constatera en 2002, battu après 5 ans de guerre froide sans point chaud avec un Jacques Chirac qui s’était refait une popularité à l’ombre de Matignon. Des exemples à méditer pour ceux qui conseillent une dissolution et donc une cohabitation à François Hollande.

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