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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 23:01

« Pour obtenir la paix et la stabilité, il faut unir les pays par des traités contraignants »

 

Paul-Henri SPAAK (1899-1972) – Homme d’État belge et père de l’Europe

 

 

Les européens ont mis du temps à voter leur budget, mais il est en baisse de 13 milliards d’euros sur 7 ans. Même s’il ne pèse rien au regard de la somme des budgets de ses membres, c’est le signal d’une victoire idéologique de l’Allemagne. L’Europe austéritaire écrase l’Europe sociale et l’Europe de la rigueur écrabouille l’Europe des peuples. L’Europe a apporté la paix et la prospérité. Pour le cœur et la solidarité, il faudra repasser. Angela Merkel privilégie l’égoïsme national à l’intérêt général du continent. La Grèce crève mais au moins l’Allemagne ne paie pas.

 

Il fut un temps où l’Europe dominait le monde. Elle l’avait colonisé, à défaut de l’avoir conquis. Les guerres mondiales, qui étaient avant tout des guerres européennes, lui mettront un pied dans la tombe. Elle venait de perdre la guerre, ridiculisée par les Etats-Unis et l’URSS, et il lui fallait gagner la paix. Rompre avec le désir d’hégémonie et être tout simplement unie. L’idée de la construction européenne, c’est surtout le constat que l’Europe ne pèserait dans le monde que si ses nations arrêtaient de s’entretuer et commençaient enfin à agir pour le bien commun.

 

Or l’Europe est moins une nation historique qu’une notion géographique. C’est le cap de l’Eurasie, une mosaïque sans frontières et dont les tracés internes ont toujours été contestés, de l’Alsace-Lorraine à l’Oder-Neisse. Avec une bonne cinquantaine d’Etats-nation souverains et multiculturels, l’européen ne prend jamais mieux conscience de son identité qu’au contact des autres, que ce soit l’indien d’Amérique ou l’impérialiste chinois. C’est dans l’adversité qu’il se construit. Le reste du temps, il n’affirme de différence de langue et de langage qu’avec le voisin.

 

L’Allemagne a longtemps été le principal souci de l’Europe. Allemagne prussienne ou Allemagne hitlérienne, on accusa souvent son idéologie militariste de tous les maux. D’où cette mise en commun du carbone et de l’acier avec la CECA, pour l’empêcher de se réarmer. La paix et la prospérité suivront avec le Marché commun et l’espace Schengen. Ce petit plan fera changer les mentalités bien plus vite en cinquante ans qu’en cinq siècles. Comme le dit Robert Schuman le 9 mai 1950, « l’Europe ne se fera pas en un jour mais par des avancées concrètes ».

 

Contre toute attente, le couple franco-allemand sera le moteur de la réussite de l’Union européenne. Les rivaux d’hier oublièrent les fautes du passé et firent l’Europe. « L’Europe est l’affaire de la France et de l’Allemagne. Elle se fera si la France et l’Allemagne le veulent », disait justement Charles de Gaulle. Le fameux Traité de l’Elysée de 1963 dont on vient de fêter l’anniversaire en petite pompe est le point de départ de ce mariage de raison que l’égocentrisme de Nicolas Sarkozy et le socialisme de François Hollande mettent si dangereusement en péril.

 

C’est grâce à l’entente sincère entre le France et l’Allemagne que l’Europe s’est faite et a récolté ses succès. L’euro, avec la fin des taxes douanières alors qu’on rêve de protectionnisme européen. L’union, entre les Etats et entre les hommes alors qu’on craint le plombier polonais et la viande de cheval roumaine. L’unité, avec un seul continent aux contours stables alors que la Grande-Bretagne négocie son départ. L’Europe carolingienne, de l’Atlantique à l’Oural, avait délaissé ses divisions d’antan pour enfin se mettre à créer et à croire. Mais il y eut la diversité.

 

L’Europe a passé toute la Guerre froide coupée en deux, entre la richesse à l’ouest et la dictature à l’est. Il fallait les rassembler et l’Allemagne y avait grand intérêt puisque la Mittel Europa a toujours été sa zone d’influence privilégiée. L’Ostpolitik sous Willy Brandt en 1969 préfigurera la réunification sous Helmut Kohl en 1990. Sous prétexte de réunir l’Europe après l’avoir unie, on a intégré en 2004 dix pays d’Europe de l’est qui représentent autant de prises de choix pour cette Germanie qui a toujours regardé vers l’orient. Les ennuis ont commencé là.

 

On a intégré trop de monde trop vite, privilégiant l’élargissement à l’approfondissement et l’intégration à la construction. En cautionnant l’Europe à 27, la France a naïvement laissé les clés du camion à l’Allemagne et à sa frilosité monétaire et budgétaire. Elle en paie le prix avec le refus de la BCE de privilégier l’inflation et la croissance. Un rideau de fer sépare désormais l’Europe du nord vertueuse de l’Europe du sud laxiste. Le nationalisme allemand montre que l’Europe manque surtout de dirigeants à la hauteur pour avancer par petits pas. Mais ensemble.

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