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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 11:41

« L’Europe n’est pas une création du Traité de Rome »

 

Margaret THATCHER (1925) – Femme d’État britannique et pas très Rome antique

 

 

Le budget de l’Europe a été adopté - plus que voté - et la Grande-Bretagne a gagné. La PAC verra sa part réduite ces prochaines années, après avoir posé tant de problèmes à l’époque de Margaret Thatcher qui ne supportait pas que son pays paye pour une agriculture qu’elle avait délaissée bien avant l’industrie. L’Angleterre est insulaire car elle est entourée d’eau. Elle est surtout eurosceptique, tant l’ennui de l’Union européenne a surpassé chez elle le rêve européen et tant elle considère que l’Union européenne n’est en aucun cas l’Europe. Elle vit sa vie à part.

 

C’est pourquoi le 1er ministre David Cameron joue sur du velours quand il évoque l’idée de convoquer un référendum sur la sortie de l’Europe. Qu’importe que la Grande-Bretagne ait déjà dit non à 67% en 1977, la patrie de Shakespeare veut tout jouer à quitte ou double quitte à mettre en danger la survie de l’Europe. Une Europe sans Grande-Bretagne, ce serait le paradis sur terre et l’enfer sans mer. Un continent sans ouverture sur le monde, sans idées novatrices et sans nouveaux idéaux. Cela n’empêche pas les anglophobes de leur dérouler le tapis rouge.

 

La France a longtemps considéré l’Angleterre comme le cheval de Troie des États-Unis. Son ennemi juré depuis la Guerre de 100 ans, une perfide Albion seulement vouée à empêcher l’émergence d’une nation hégémonique et à veiller à l’équilibre des puissances. Les États-Unis avaient l’isolationnisme, la Grande-Bretagne aura le splendide isolement. L’oncle Sam préférait l’Alliance atlantique (OTAN) à l’Union européenne (UE), l’union Jack préfèrera l’Association européenne de libre-échange (AELE) à la Communauté économique européenne (CEE).

 

L’Angleterre voulait la collaboration alors que la France a toujours voulu l’intégration. Cela ne pouvait donc pas coller, et pourtant par la force des choses la Grande-Bretagne entrera dans le Marché commun en 1972 afin que l’Europe devienne une vraie puissance économique. « La France et l’Angleterre n’auront de chance de jouer un rôle dans le monde que si elles s’unissent et font l’Europe », disait Konrad Adenauer. C’était une question de survie, pour être la troisième force qu’elle reste toujours désespérément malgré les changements de leaders. 

 

La Grande-Bretagne a toujours défendu l’Europe. Mais son Europe. Celle où on adopte l’euro sans lâcher la livre. Celle où on partage les avions de combat sans sacrifier les avions de ligne. Celle où on participe à la décision sans participer au budget. Paul-Henri Spaak avait bien raison : « Si vous voulez l’intégration alors oubliez l’Angleterre. Si vous voulez l’Angleterre alors oubliez l’intégration. Nous avons besoin de l’une et de l’autre ». La France voulant une Europe dont elle soit le chef, l’idée qu’il y ait un loup dans la bergerie est forcément inacceptable.

 

L’Europe a deux moteurs, économique avec l’Allemagne et politique avec la France. Et un frein, la Grande-Bretagne. Charles de Gaulle était un allié mais pas un aligné car il voulait que l’Europe reste européenne. Nicolas Sarkozy eut sa tentation anglaise mais il comprit très vite que Londres ne jouerait pas le jeu. Alors qu’elle a sa crise de civilisation, l’Europe souffre de la division de ses leaders, censés dire aux autres ce qu’ils doivent faire alors qu’ils ne sont pas même d’accord entre eux. C’est pourquoi l’Europe met tant de temps à voter ses budgets.

 

La France et l’Angleterre sont pourtant d’accord. Elles partagent toutes deux cette vision de l’Europe des patries et de l’Europe des nations et exècrent l’Europe fédérale et l’Europe des bureaucrates. Mais l’Angleterre voudrait une Europe des cercles, où chacun avance à sa vitesse et ne suive que les règles qui l’arrangent. Elle voudrait bien deux Europe, l’une qui avance dans l’enthousiasme et l’allégresse et l’autre qui attend. Diviser pour mieux régner, comme toujours. Les petits pays veulent de cette Europe intergouvernementale où les grands décident pour eux.

 

Les sommets de Bruxelles ressuscitent ainsi le congrès de Vienne et l’Angleterre y vient encore en observatrice. Elle veut un concert des nations sans faire partie de l’orchestre, veut le droit de commander sans la responsabilité de payer, veut l’union et sème la désunion. Elle sait que l’Europe passe mal les crises et en profite. Elle a connu la guerre après celle de 1929, l’euro-sclérose après celle de 1973 et la division après celle de 2008. L’Angleterre est une chance pour l’Europe car elle la fait douter. Mais l’Europe, soit on l’aime soit on la quitte.

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