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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 06:54

« L’Europe, quel numéro de téléphone ? »

 

Henry KISSINGER (1923) – Diplomate américain et standardiste perdu

 

 

L’affaire Depardieu a déjà fait plus de bruit qu’elle ne le méritait. Si certains ont trouvé « minable » le départ de l’acteur en Belgique pour y trouver des cieux plus accueillants sur le plan fiscal, d’autres auront jugé plus minable encore l’attitude du 1er ministre qui devant témoins fait la morale à l’un des français les plus talentueux de notre temps alors qu’il n’a jamais fait et  ne fera jamais le tiers du quart de la moitié de ce qu’il a réussi. Depardieu ou trois par trois, chacun est libre de faire ce qu’il veut surtout quand un taux d’imposition à 75% lui pend au nez.

 

Encore faut-il se demander pourquoi on en est arrivé là. Il est en effet surprenant que dans une Europe qui se prétend « unie dans la diversité », on laisse cours à de telles disparités de taux d’imposition et que prospèrent des paradis fiscaux notables et notoires. Outre la Suisse et la Belgique, on apprend que l’Irlande pratique des taux de charges patronales défiant toute concurrence qui ont largement alimenté sa croissance avant la crise et que la Grande-Bretagne est prête à dérouler le tapis rouge aux entreprises françaises lassées par tant d’instabilité fiscale.

 

Pas étonnant que British Aerospace et EADS ne puissent pas fusionner. Chacun défend ses intérêts nationaux particuliers et l’Europe des nations prend le pas sur l’Europe des nations unies. Si on ajoute à cela les branlées qu’on prend à l’Eurovision et les remontrances qu’on se prend à la Commission, on se demande bien où est l’intérêt de la France de rester dans cette galère qui ne lui apporte que des ennuis comme la dette grecque ou des référendums perdus.  

 

L’Union européenne est en crise. Economique, avec la chute de son niveau de vie qui fait dire à Unilever que la pauvreté est de retour en Europe comme au temps du Plan Marshall. Politique, avec les défaites successives de ses dirigeants dans leurs élections nationales - Tremble Angela ! - et leur incapacité à imaginer un modèle de gouvernance efficace. Morale, avec la perte de confiance des jeunes européens dans le destin de leur continent qui prétend avoir 12 étoiles qui couronnent sa tête alors qu’elle n’a que 27 pays qui parlent avant tout pour eux-mêmes.

 

Il en est ainsi de la politique budgétaire et fiscale. La France fait 60% de son commerce avec d’autres pays européens. Comment ne pas être tenté alors de se gruger entre partenaires ? Victime de l’évasion voire de l’exil fiscal, elle prône partout des taux d’imposition européens uniques alors que c’est elle qui aurait le plus à s’adapter s’ils étaient adoptés en baissant d’abord les siens qui sont sans commune mesure avec ceux de ses voisins. Le coup de poignard dans le dos du dumping fiscal, elle le doit avant tout à son Etat-maquereau qui prélève tout ce qu’il voit.

 

L’Europe c’est la paix. C’est de moins en moins la prospérité, mais plutôt un marché créé au Traité de Rome de 1957 et consacré au Traité de Maastricht de 1992 qui n’a jamais su s’engager sérieusement dans la guerre économique avec les pays neufs de l’Asie. Cela n’a jamais été l’Europe sociale ou l’Europe des peuples, tant il est vrai que la force d’un pays est dans la volonté de son peuple et que celui d’Europe ne veut ni n’ose plus rien. Elle n’a pas de cap car elle n’a pas de capitaine, prise dans le flou artistique d’un couple franco-allemand haï de tous.

 

Ce qu’elle a fait jusqu’ici est fantastique or ce n’est rien par rapport à tout ce qui reste à faire. Tel l’alpiniste devant l’Annapurna, l’Europe a encore des sommets à gravir et elle ne peut que progresser. Dans une démarche très néocoloniale, le Qatar investit 10 milliards d’euros en banlieue avec quelques hommes de bonne volonté. N’a-t-on pas la capacité en Europe de se mobiliser pour un tel projet ? Ou tel l’idiot du village, a-t-on peur de passer davantage pour un plouc en demandant de l’aide à ses voisins en craignant de mettre tout le monde au courant ?

 

Jusqu’ici l’Europe servait surtout à imposer des mesures impopulaires que les dirigeants nationaux n’osaient pas prendre eux-mêmes. Elle devra à présent piloter une stratégie offensive de développement économique sur tout le continent. Pour cela, deux conditions devront être réunies. La première : harmoniser les taux d’imposition de tous les pays. La deuxième : créer un impôt unique européen pour donner au budget de l’UE les moyens de ses ambitions. Ce sera sûrement le plus dur. Mais on peut tout faire quand on a fait si peu jusqu’alors.

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