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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 09:34

« Le Parti socialiste gouverne aux côtés du pouvoir »

 

Lionel JOSPIN (1937) – Homme politique et socialiste trotskiste

 

Historiquement, la bataille de Solferino a eu lieu en 1859 en Italie entre les troupes de Napoléon III et les autrichiens de François-Joseph. Hasard ou coïncidence, le Parti socialiste siège depuis les années Mitterrand rue de Solferino à Paris et c’est un lieu de grandes batailles. Des batailles de politique politicienne, tant la famille socialiste aime se chamailler sur des points de doctrine et des guerres de courants lors de ses réunions hebdomadaires du bureau national. Le point culminant du combat étant alors le congrès, grand-messe socialiste où s’affrontent les motions et les hommes.

 

Ces batailles étaient légion à l’époque où François Hollande était 1er secrétaire du PS. Les éléphants menaient leurs armées telles des écuries. Il y avait les strauss-kahniens, les royalistes, les fabiusiens… Aucun n’est allé au bout et le PS est devenu une machine à perdre les élections présidentielles. Martine Aubry confiait que le parti faisait « pitié » lorsqu’elle a récupéré ce grand cadavre à la renverse en 2008. Tout le monde bavait sur François Hollande. Jusqu’à ce qu’il gagne en 2012.

 

Aujourd’hui l’atmosphère est plus apaisée : le PS est ectoplasmique alors même que la gauche est au gouvernement. Il n’est pas au pouvoir, il accompagne le pouvoir. Il ne dit rien et n’a rien à redire. Après la dépolitisation sous Harlem Désir, est venue la caporalisation sous Jean-Christophe Cambadélis. La politique sociale-libérale de l’exécutif ne plait pourtant pas au parti. C’est pourquoi chacun prépare ses motions avant le grand congrès de 2015, qui s’annonce comme étant la mère des batailles.

 

Un match Hollande-Aubry en 2015

 

La ligne social-démocrate de François Hollande et Manuel Valls sera en danger. Les deux hommes vont défendre le pacte de responsabilité et la lutte contre les déficits. Ils auront le soutien des réformateurs comme Gérard Collomb pour expliquer que la gauche au pouvoir doit renoncer à ses vieilles lunes. Ce serait une vraie révolution s’ils gagnaient. Mais ils sont trop impopulaires et ont trop peu de résultats. Leur défaite va être un camouflet, un enterrement de première classe avant même 2017. Ils vont être minoritaires au sein de leur propre parti. Des sous-mencheviks.

 

Il y a une « autre politique ». Contrairement à la droite où tous les candidats ont des programmes à peu près interchangeables, la gauche est divisée entre deux visions radicalement opposées. L’une pour la rigueur et la réforme, l’autre pour la relance et la dépense. Les stigmates du référendum de 2005 reviennent, quand une partie des socialistes menée par Laurent Fabius et Jean-Luc Mélenchon avait dit non à l’Europe libérale. François Hollande avait alors réconcilié tout le monde au congrès du Mans, celui de la synthèse. Dix ans après, l’épreuve du pouvoir aura été de trop.

 

Les frondeurs seront certainement les grands perdants de ce congrès. Ils n’ont ni leader charismatique ni courant structuré à Solferino. Ce sont des socialistes de la base, qui veulent que la gauche promise en 2012 soit une gauche due. Ils devront se rallier à un chef pour transformer l’essai de leur majorité dans l’opinion en une majorité dans les urnes. Arnaud Montebourg veut bien récupérer cette contestation pour donner corps à son aventure personnelle. Mais frivolité et frilosité se marient assez mal : il est trop populo et people pour rallier ces gens à son panache blanc.

 

La seule capable de rassembler ceux qui veulent une alternative est Martine Aubry. La maire de Lille incarne la gauche dure, celle des 35 heures et du socialisme de papa. Son premier passage à Solferino a été correct, c’est pourquoi elle se voit bien remettre ça en 2015. Ce serait une catastrophe. Pour François Hollande, tant leurs caractères sont incompatibles. Ils ne se supportent pas : ce serait une cohabitation au sein même de la gauche, prélude au divorce entre deux partis socialistes. Pour la France, qui n’a pas besoin d’un projet si déphasé de la réalité. Si elle gagnait, ce qui est probable, la gauche écartelée au pouvoir serait une gauche écartée du pouvoir.

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