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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 06:30

« Tu es le roi des cons au pays des emmerdeurs »

 

Eric TOLEDANO (1971) – Dialoguiste français et sans vocabulaire

 

 

La Belgique est l’homme malade de l’Europe. On connaissait les histoires belges que le tonton tente de raconter aux repas de famille en imitant avec plus ou moins de succès l’accent et en ponctuant chaque phrase d’un bon « une fois ». Mais le pays du plat pays a réussi à faire pire avec la vaste blague du divorce entre flamands et wallons. Resté sans gouvernement durant plus d’un an, il a finalement trouvé une solution avec un ministère patraque nommé par le roi des belges qui change tous les six mois et qui administre difficilement une nation ingouvernable.

 

Tout est d’ailleurs parti d’une blague, cette fausse bonne nouvelle diffusée sur la chaîne publique RTBF qui annonçait une partition de la Belgique. Plus provocation que propagande, elle permit alors à un pays de prendre conscience de jusqu’où il en était arrivé sur l’échelle de Richter de la haine entre concitoyens. Les flamands veulent faire sécession. Ils sont plus riches que les wallons et leurs impôts servent à financer l’emploi aidé de leurs compatriotes. Avec en plus de cela, une rancœur ethnique propre à tout pays multinational et plurilinguiste.

 

Qu’importe que les francophones aient commencé en premier à dénigrer la pauvreté économique des germanophones à l’époque où ils profitaient d’une industrie florissante. Les temps ont changé mais la Belgique est toujours aussi divisée. Avec le risque qu’il y en ait deux. La Belgique est un État jeune puisqu’elle est née en 1831. Elle n’a toujours été unie que par sa famille royale surtout du temps où le Congo belge lui appartenait en propre. La Belgique est un petit pays et elle prend toujours avec humour les misères qui lui arrivent. Même la séparation.

 

Les séparatistes sont avant tout des nationalistes. Tels les tchétchènes en Russie ou bien les catalans en Espagne, ils revendiquent une nation pour eux alors que l’heure est à l’union de l’Europe. Inspirés par l’extrême droite locale, ils font un tabac aux élections sur le thème de la haine du français et se fichent royalement que Bruxelles soit une ville neutre capitale de l’UE au milieu de ce désastre. Ils veulent tout envoyer dinguer, quitte à ajouter de la crise à la crise dans un pays qui n’a plus connu de grands dirigeants depuis les pères de l’Europe. Cela fait loin !

 

L’Europe justement, fait la politique de l’autruche ou de l’Autriche dans cette affaire où nul ne revendique directement le traité de paix séparé mais où chacun devine bien les envies d’ailleurs de l’autre. Pour redorer le blouson de la Belgique, il faudrait que le brave Herman Von Rompuy qui préside aux destinées du continent rompe avec cette habitude gallo-grecque de s’éloigner de tout débat politique dès lors qu’il ne touche plus à des matières ennuyeuses et bureaucratiques. Car sa gestion du cas belge, c’est pour l’instant du travail de portugais !

 

Des Alpes pyrénéennes au Périgord thaïlandais, jamais on n’a vu une patrie se détruire avec autant de franchise et se déchirer avec autant d’ostentation. Le péché originel de ce pays est d’avoir voulu unir la France du nord, les Pays-Bas du sud et l’Allemagne de l’ouest dans un département français situé au carrefour des échanges commerciaux et économiques européens. Ils sont fous ces belges ! Cela montre aux collectivités territoriales qui veulent s’unir qu’on ne parvient jamais à faire de fusions. Chaque structure qui se crée s’empile sur les précédentes.

 

Il faut désormais être naïf ou natif pour croire que les choses n’iront pas plus loin. On ne tire plus sur une ambulance mais sur un hôpital quand on dit que les heures de la Belgique telle qu’elle existe actuellement sont comptées. Son nouveau visage dépendra notamment du talent de ceux qui voudront la diviser en prétendant la réformer. Le contexte offre des fenêtres d’opportunité politique pour changer les choses mais les structures ne font pas tout. Il suffit que les acteurs qui les font changer ne soient pas à la hauteur pour que la situation reste en l’état.

 

Farpaitement ! Caricaturale et caricaturée, la Belgique est un pays qui n’en est sûrement encore qu’à sa préhistoire. Elle sera certainement le laboratoire d’un nouveau modèle fédéral, où des régions autonomes se gouvernent elles-mêmes et ne gardent une identité commune que par leur nom. Une deuxième Tchécoslovaquie. Des sous-États-Unis. Certes la Belgique ne fait pas rêver avec ses jolis ports de pêche et ses blagues pas marrantes mais elle aspire aujourd’hui à autre chose : enfin sortir du cauchemar qui lui fait dire « deux fois » qu’elle est une nation.

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