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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 07:06

« En ce moment, ce qui domine à mes yeux, c’est d’avoir un pacte de croissance »

 

Mario DRAGHI (1947) – Ancien banquier italien et BCE les coupables

 

 

Hier nous déblatérions sur la détérioration économique de la France en notant qu’elle souffrirait d’avoir la croissance en moins. Etonnant pour un pays qui en parle aux autres sans en être une championne. A présent il faut donner des solutions car on ne vit pas d’opposition mais de propositions. Or la France ne peut pas régler le problème seule car ce n’est pas une île. Le contexte mondial pèse même s’il n’excuse pas tout et n’exonère pas des réformes structurelles.

 

Sur ce sujet comme sur d’autres, la solution doit venir de l’Europe. Elle peut mener des politiques conjoncturelles si on lui en donne les moyens. Elle l’a déjà prouvé en étant réactive en 2008 pour sauver les banques, qui malgré tout le mal qu’on pense d’elles financent l’économie et la croissance par les crédits qu’elles délivrent. Mais le volontarisme européen s’est écrasé en 2010 sur la crise de la dette, à cause de l’intransigeance frileuse de l’Allemagne.

 

Il faudra une politique réglementaire commune qui ne se base pas que sur l’idéal de la concurrence pure et parfaite que la Commission a tant défendu. Il faudra au contraire laisser émerger des champions nationaux qui ne se bouffent pas entre eux, suivant le « patriotisme économique » que portait Dominique de Villepin en 2005 pour sauver Danone de l’OPA. Cela signifie se permettre un peu de souplesse et de protectionnisme avec un « Buy European Act ».

 

Il faudra une politique fiscale commune avec l’invention d’un impôt européen. Ce sera une perte de souveraineté supplémentaire pour les uns et un pas de plus dans le rêve européen pour les autres. Il faudra une politique industrielle commune comme il y a déjà une politique agricole commune. Il s’agira d’identifier des secteurs prioritaires et de les attribuer à chaque pays en fonction de sa spécialité. Les Etats-Unis le font, pourquoi pas les Etats-Unis d’Europe ?

 

Il faudra une politique budgétaire commune. La leçon de la crise est qu’il faut plus de rigueur dans la tenue des comptes publics. Il faudra donc des sanctions contre ceux qui violent les critères du pacte de stabilité et de croissance de Maastricht. En retour, l’Allemagne devra accepter la mise en commun des budgets nationaux et la création d’eurobonds, ces actions qui permettront aux Etats d’emprunter à des taux d’intérêt humains. Les dépensiers du sud comme la France devront alors accepter de recevoir des ordres, car c’est celui qui paie qui commande.

 

Il faudra une politique commerciale commune. L’Allemagne est le modèle à suivre et fait la leçon à tout le monde avec sa balance commerciale excessivement excédentaire. Or sa réussite insolente à l’exportation dans les nids de consommateurs chinois et brésilien se fait aux dépens des autres pays européens, qui comme la France se vendent leur camelote entre eux à 80% tels des estropiés s’agrippant à des culs-de-jatte. La solution est de s’ouvrir à ces marchés nouveaux et de recommencer à faire du commerce, sur le porte-bagages de l’Allemagne.

 

Il faudra exporter pour s’en sortir car le marché intérieur est atone. Et dévaluer comme les autres pour être compétitif. L’euro fort n’est pas que le cauchemar des avionneurs, or un pays comme la Chine baisse inconsidérément ses taux d’intérêt pour avoir une monnaie faible. Elle profite de l’ouverture de nos marchés pour maintenir son rythme de croissance insolent. En 1981 déjà, la relance française avait profité aux importations des pays étrangers qui étaient alors en pleine désinflation compétitive et réduisaient leurs déficits commerciaux sur notre dos.

 

Il faudra une politique monétaire commune qui rompe avec le dogme de la lutte contre l’inflation pour avoir la même règle que les autres dans la guerre des monnaies. Et aller contre la ligne Trichet qui a fait de la BCE un organe autiste qui prête aux banques à 1% pour qu’elles revendent aux Etats à 6% au lieu de leur prêter directement. Face aux politiques budgétaires restrictives qui se préparent, une politique monétaire expansionniste est plus que jamais vitale.

 

L’inflation sera une solution de facilité à saisir. Toutes les crises se sont résolues ainsi et celle-ci n’y échappera pas. Les Etats-Unis ont relevé la tête car la Fed a injecté des milliards de liquidités. La planche à billets est une planche à pain pour les peuples même si elle relance la machine à leur détriment. Par illusion monétaire, la fellation - pardon, l’inflation - augmente les prix plus vite que les salaires ce qui pénalise le pouvoir d’achat mais dope la consommation. Beau paradoxe. Il faut néanmoins ne pas la laisser filer et les allemands en ont une peur bleue depuis l’hyperinflation de 1923.

 

L’inflation euthanasie les rentiers car elle dévalue les actifs : les emprunteurs gagnent et les épargnants perdent. Elle rend le désendettement plus supportable : les créanciers devront accepter la restructuration de certaines dettes plutôt que de les faire payer jusqu’au dernier centime. Sinon la machine se grippera définitivement. Sinon tout le monde rejoindra la Grèce, avec des manifestants dans la rue contre l’austérité. Sinon il n’y aura pas la croissance en plus.

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commentaires

Fifi de Lannemezan 26/05/2012 12:15

Quel catalogue ! Sur le paier ça pourrait marcher, mais sur le terrain c'est autre chose.

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