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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 07:06
« L’opinion est comme la reine du monde »
 
Blaise PASCAL (1623-1662) – Philosophe français et roi des aveugles
 
   
Les sondages sont la plaie de la démocratie. Or la démocratie repose sur les sondages. Tel est le paradoxe de nos régimes politiques, où l’expression de la volonté populaire est à la fois le fondement et la finalité et où le vote est chaque jour davantage concurrencé par le panel pour en matérialiser l’existence. Le suffrage de la démocratie d’opinion passe de plus en plus par les enquêtes de popularité et de satisfaction. Il vaut mieux y être bien classé. Avec elles le pouvoir politique ne fait plus peur au peuple. C’est le peuple qui fait peur au pouvoir politique.
 
L’idée-même des sondages est absurde. Elle postule que tout citoyen est apte à produire et à exprimer une opinion politique et que tous ont la même capacité à le faire. Or tous les avis ne se valent pas. Un employé du bâtiment n’aura pas la même compétence pour répondre à une question politique qu’un cadre supérieur car il n’y portera pas le même intérêt. Son vote compte pourtant tout autant. Facile à persuader, il peut basculer du côté d’un candidat qui a le courage de ses opinions si seulement il ose un peu les défendre. Or ces gens-là sont nombreux.
 
Avant Fukushima, 65% des français étaient pour le nucléaire. Après Fukushima, 55% étaient contre. Il est si facile de les convaincre. Or nos hommes politiques prennent pour argent comptant ces chiffres instables car ils ne veulent pas faire de mécontents. Ils suivent le vent du peuple pour lui plaire. Pour le gaz de schiste un jour, contre le lendemain. Pour par conviction, contre par opportunisme. Il est triste que ces questions dont les réponses sont si volatiles aient autant d’impact sur les décisions de nos dirigeants versatiles. Elles les brident et les bradent.
 
Elles les empoisonnent et les emprisonnent. Chaque question est une impasse imposée à celui qui doit y répondre. Le sondé ne s’est jamais posé la question de savoir ce qu’il pensait de l’euthanasie, mais on lui demande quand même son avis. L’enquêté ne s’intéresse même pas à l’enjeu majeur de la viande halal, mais les sondages en font une controverse essentielle en la mettant en tête des problèmes du moment. C’est vrai que les français jugent que la guerre au Mali est un sujet important. Mais bien après ceux du chômage, du logement et de la sécurité.
 
Pas étonnant que les sondages se trompent si souvent. En 1994, Jacques Chirac était à 10% d’intentions de vote quand Edouard Balladur caracolait à 35%. En 2010, DSK réunissait le plus d’opinions favorables quand François Hollande se traînait à 3% de parts de marché chez les sympathisants du PS. On connait la suite. Les come-back sont fréquents car les revirements d’opinions le sont encore plus. Il y a une différence entre aimer une personnalité politique et voter pour elle. Tout le monde aime Simone Veil. Elle ne cassait pas des briques aux élections.
 
L’ennui avec les sondages, c’est qu’on en tire des interprétations politiques alors que la plupart des réponses qu’ils recueillent ne sont pas politiques. On peut très bien être contre les augmentations d’impôt à titre personnel et apprécier dans la bouche d’un candidat le courage à démontrer qu’il faut les augmenter. On peut très bien être favorable au mariage homosexuel et ne jamais imaginer voter socialiste de sa vie. C’est pourquoi les sondages sont si peu fiables. Ils prétendent faire de la science politique, or ils n’ont aucune science politique sur quoi se baser.
 
On passera sur la stupidité de certaines techniques de recueil des données et sur l’idiotie de certaines tactiques d’exploitation des résultats. Par pudeur. L’ivresse des sondages rend élus et électeurs dépendants. Elle fait la décision en se faisant passer pour le ventriloque du peuple et fait l’opinion en invitant tout le monde à conformer ses préférences à la norme. Les fers de l’opinion, c’est s’aligner sur ce que disent les sondages pour éviter d’être exclu de la majorité. Chacun peut donner son avis. A condition que chacun donne le même avis.
 
Pas étonnant dès lors que la France ressemble parfois à un stade de foot, encourageant son équipe quand elle marque et la sifflant quand elle perd au lieu de la soutenir quel que soit le résultat. C’est pareil avec la dictature de la démocratie que constituent les sondages. Ils fixent à jamais une réalité de l’opinion que se sentent obligés de suivre les hommes politiques, jusqu’à l’enquête suivante qui en dément souvent les conclusions les plus fermes. Le mieux serait de ne jamais écouter ce qu’ils disent. Or il est moins facile de suivre son opinion que celle des autres.

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commentaires

Nigel Mansell 16/09/2014 16:46

Très bonne analyse.

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