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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 06:31

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes »

 

Karl MARX (1818-1883) – Philosophe allemand et lutteur gréco-romain

 

 

C’est la fin des classes. Des classes sociales. Le XXème siècle aura été dominé par la vision de la lutte des classes. Les bourgeois contre les prolétaires, les oppresseurs contre les opprimés, les possédants contre les travailleurs. Les riches contre les pauvres. Cette vision succédait à bien d’autres dans l’histoire qui reprenaient déjà cette division de la société. A Rome, les patriciens contre les plébéiens. Au Moyen-Âge, les seigneurs contre les serfs. Sous l’Ancien régime, les nobles contre le Tiers-État. En fait, toujours cette opposition entre les élites et le peuple.

 

Tout cela est fini. Le XXIème siècle sera un âge consensuel ou ne sera pas. Les syndicats ne sont plus contre les patrons puisque tous font partie de la même entreprise, avec ses comités où on passe les vacances ensemble et sa culture qui fait partager des valeurs en commun. Les étages d’immeubles et les rues des villes ne sont plus stratifiés socialement comme par le passé. Il est loin ce temps où les aristocrates vivaient au rez-de-chaussée et les bonnes au dernier étage et où la bonne société occupait l’ouest de Paris et la populace allait à l’est ramasser la poussière.

 

Aujourd’hui tout est brouillé. On ne parle plus au peuple ou aux travailleurs mais à des individus, avec leur histoire. Au pire à des publics fragilisés, unis par la statistique plus que par le sentiment de classe. La classe en soi et la classe pour soi ont disparu. Les anciens bourgeois et ouvriers sont mélangés comme des pommes de terre dans un sac de pommes de terre dans un nouveau troisième groupe, les classes moyennes. Il regroupe tout le monde et n’importe qui. On les dit très malheureuses, surtout pour leur pouvoir d’achat. Personne n’en est exclu.

 

On ne fait qu’enlever la couverture qui cache nos yeux quand on découvre une chose. Il est invraisemblable que les divisions sociales aient si subitement disparu alors que les inégalités n’ont jamais été aussi fortes en France depuis 1981. La crise de l’État-Providence a fait émerger une nouvelle classe défavorisée et dangereuse, la France invisible. Cette France qui vit sous le seuil de pauvreté, sans le sous et à l’abri du regard des hommes politiques. La misère sociale qu’elle engendre est une menace. Il viendra un jour où elle sera définitivement insoutenable.

 

La lutte des classes a repris pour conquérir l’espace. Les villes françaises sont désormais toutes coupées et divisées en deux parties. D’un côté le lieu de travail, le centre où vivent les classes les moins favorisées qui n’ont pas les moyens de faire mieux. De l’autre le lieu de vie, la périphérie où s’installent les classes plus aisées alors qu’y trainent les chômeurs et les clochards. Les uns travaillent le jour et gagnent leur vie avant de s’en retourner le soir dans la banlieue ou en campagne. Les autres perdent leur temps et jouent leur avenir sans espérer s’en sortir.

 

La lutte des classes a repris entre les classes d’âge. Les jeunes et les vieux n’ont pas les mêmes intérêts malgré le beau discours du contrat de génération. Les uns s’endettent pour vivre alors que les autres meurent sans transmettre d’héritage avec le retour des droits de succession. Les uns paient de lourdes cotisations pour financer les retraites des autres qu’on juge de plus en plus exorbitantes. Les uns envient ce que les autres ont acquis et les autres rêvent à ce que les uns n’ont pas encore conquis. Péril jeune et vieux pieux, la compétition sociale est repartie.

 

La lutte des classes a repris autour du travail. Entre ceux qui en ont et ceux qui n’en ont pas. Avoir un travail donne des tas de droits : manger, se loger, emprunter, rêver, s’accomplir. Avoir un travail devrait être le premier droit, or difficile de prétendre unir une société française en tension quand 10% de la population active est exclue de l’emploi et que la triste charrette du chômage fait 1000 victimes de plus chaque jour. Véritable voiture à balai de notre époque, la bataille pour l’emploi ne se joue plus contre le chômage mais entre chômeurs pour en avoir un.

 

La lutte des classes est devenue une lutte des clans. Des gens moins unis que réunis par des dénominateurs communs qui sont les plus petits diviseurs communs de notre société. Ils militent ensemble pour un logement, pour un revenu et pour un travail mais ils le font surtout contre les autres qui ont déjà mangé la plus grosse part de la glace après s’être déjà goinfrés de gâteau. La France invisible ne pourra pas survivre longtemps dans une France injuste qui tolère de tels écarts et de tels clivages entre les siens. Il faut un peu d’égalité. Des places. Des chances.

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commentaires

Kratochvilova 04/03/2013 12:23

Très bonne analyse.

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