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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 22:12

« L’oubli me parait une mort »

 

Gabriel de LAVERGNE (1628-1685) – Diplomate français et la mort dans l’âme

 

 

En 1974, le Front National plafonnait à 0,75% aux élections présidentielles. Jean-Marie Le Pen n’était qu’un poujadiste attardé et borgne. Depuis il s’est fait tout seul : absent en 1981 à cause de la règle des 500 signatures qui le servirait bien par la suite pour faire la victime, il a monté par paliers sa petite entreprise familiale. 14,38% en 1988, 15% en 1995, 16,86% en 2002 : il accède cette année-là au 2ème tour et réussit la chose de sa vie. On ne le félicite pas.

 

En 2007, le FN a failli vendre son siège historique du paquebot à cause de son coup de mou électoral. En 2012, les comtes de Saint-Cloud paradaient à 17,90% et faisaient couler le bateau que Nicolas Sarkozy aurait dû arborer sur son affiche. Marine Le Pen se permet même de tout révolutionner, jusqu’au sigle le plus détesté de France. Elle veut remplacer le FN par le Rassemblement bleu marine, un nom qui évoque étrangement les chemises noires du fascisme.

 

Or rien n’est tout noir ou tout blanc. En France, on tombe trop souvent dans le piège de ne condamner le FN que sur des positions morales alors que l’inconsistance de son programme économique suffirait. La gauche accuse constamment la droite de flirter avec les extrêmes mais elle aime tellement la droite qu’elle se félicite qu’il y en ait deux. Après le fameux coup fumeux de François Mitterrand en 1986, elle a gagné beaucoup de scrutins grâce à ce ménage à trois.

 

Les partis de gouvernement ostracisent le FN pour mieux se glorifier. Ils crachent sur le parti mais pas sur les voix de ses électeurs, même si cette année il ne valait mieux pas s’afficher trop à droite. C’est rendre un piètre hommage à la noblesse du sport politique de croire que le FN est un parti raciste, vichyste et fasciste. Les hommes politiques et les citoyens atteignent trop souvent ce point Godwin, quand dans une conversation trop longue on finit par parler d’Hitler.

 

On oublie que le FN tire d’abord son électorat des mécontents. Comme les ouvriers, ce qui montre que c’est autant le problème de la droite que de la gauche. Pour l’heure, Marine Le Pen en veut à l’UMP et fait des listes noires. Elle joue les chasseurs de primes et veut devenir le premier parti de droite. Voilà qui devrait réveiller ceux qui ont toujours rêvé de la fin du FN.  

 

La droite n’a jamais su y faire. Dans les années 1980, certains caciques comme Charles Pasqua soulignaient les « valeurs et préoccupations communes » du RPR et du FN mais Jacques Chirac a toujours refusé les alliances. Dans les années 2010, l’UMP ne choisit pas entre le FN et le PS et privilégie le désistement républicain au front républicain. C’est le ni-ni, que Jean-François Copé avec son culot habituel a osé présenter comme un choix politique difficile.

 

Pour en finir avec le FN, il faudrait déjà moins en parler. Ce sont les médias qui ont fait le FN. En 1981, il obtenait 0,18% aux élections législatives. En 1984, il obtenait 10,95% et 10 députés aux élections européennes. Entre temps, il y a eu le tonnerre de Dreux et le tapage médiatique a fait de ce groupuscule l’ennemi public n°1. Jean-Marie Le Pen a pu être invité à la télé pour se plaindre de ne pas y passer. TF1 a suffisamment popularisé le thème de l’insécurité et France 2 a largement diabolisé le mal des extrêmes. Or les méchants sont souvent appréciés.

 

Et on n’a toujours pas compris. Cette idiote de Caroline Fourest continue de parler du FN pour lui donner de l’audience. Nathalie Kosciusko-Morizet écrit des livres d’une navrante banalité sur le fléau de l’extrême droite et manque de peu de le payer dans les urnes. Croyant bien faire, elles font bien mal. Jean-Luc Mélenchon se présente comme un valeureux guerrier qui lutte « bien seul » contre la semi-démente. Il ne fait que se garer sur le créneau électoral des déçus, ceux-là qui ont voté François Bayrou en 2007 et qui sont revenus au bercail en 2012.

 

En Allemagne, Helmut Kohl avait été plus fin. Quand les néonazis ont reparu, il a réuni les médias et l’opposition et leur a demandé de ne pas parler de ces gens-là. Ils n’ont jamais dépassé 2%. En France, la droite fait la publicité des thèmes du FN pour gagner des parts de marché électorales. Après la tactique Buisson de Nicolas Sarkozy en 2007, Jean-François Copé a eu l’idée de faire des courants pour que la droite populaire essore le FN. Gérard Longuet veut normaliser les rapports et finir la guerre froide, mais il dit une connerie toutes les minutes.

 

Souvent pour atteindre un but, il faut faire l’inverse de ce que tout le monde ferait et qui parait évident. Le FN n’a pas de succès pour ses idées mais parce qu’il est l’alternative de ceux qui n’en ont pas. Il a une fonction tribunitienne, tel le PCF des années 1950 quand il caracolait à 25% aux élections. Or voilà que le FN veut convertir son potentiel électoral en élus avec la proportionnelle. Cela le tuerait : en entrant dans le jeu il ne serait plus un parti hors système. La dédiabolisation en ferait un parti de droite parmi d’autres, condamné à la déroute à perpétuité.

 

Vue l’impuissance des élites, seul le FN peut causer sa propre fin. Son virage incertain vers moins de xénophobie et plus d’économie fait penser aux verts quand ils se mettent à parler de nation : ils ne sont pas payés pour cela. On ne joue pas aux savants fous en politique, car c’est une science exacte. Jacques Chirac disait souvent que le FN périrait avec la mort de Jean Marie Le Pen. Il avait tort. Mais pour en finir avec le clan Le Pen, il faut bien le pendre.

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commentaires

Ginette 05/07/2012 23:19

Ouf !

Carbone 12 15/07/2012 15:41



Quoi ?



The end 30/06/2012 11:08

Il manque une conclusion...

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