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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 07:29

« Le parti socialiste se prend toujours à gauche »

 

Gérard GRUNBERG (1952) – Politologue français et spécialiste de la gauche

 

On les appelle les révoltés du Bounty. La barre chocolatée, pas le bateau. Cela fait des mois qu’on parle d’eux dans les médias en mal de castagne. Les frondeurs ont une audience inversement proportionnelle à leur poids, 41 députés lors du vote sur le pacte de responsabilité et 32 lors du vote de confiance. Ce ne sont jamais que des élus de terrain qui ont peur pour leur place et qui redoutent un raz-de-marée pour la gauche en 2017. Alors ils cognent, en rajoutent. Au risque de ne pas être investis en cas de dissolution. Perdre aujourd’hui ou perdre en 2017, telle est la question.

 

Les frondeurs révèlent cependant un malaise à gauche. Le gouvernement de Manuel Valls mène une politique bien trop à droite pour les tenants des vieilles lunes et des vieux symboles socialistes, de Jaurès à Guesde en passant par Trotski. Leur colère ravive des fractures : première gauche contre deuxième gauche, colbertistes contre européistes, jacobins contre girondins. Mitterrand contre Delors. Leur abstention a failli coûter sa vie au gouvernement. Elle lui a au moins coûté sa majorité absolue.

 

On ne sait pas où cela les mène, tant l’avenir est souvent moins ce que l’on fait que ce qui nous arrive. Ils n’ont pas de leader. Christian Paul a l’aura d’une coccinelle et Laurent Baumel le charisme d’une huître. Il y aurait bien Jérôme Guedj ou Gérard Filoche, mais ils sont si assurés de leurs idées qu’ils ne jugent pas opportun de les soumettre à leurs électeurs pour se faire élire député. Arnaud Montebourg et Benoit Hamon sont des renégats social-traitres qui sont allés à la soupe du gouvernement. La nouvelle donne de Pierre Larrouturrou est inaccessible au commun des lecteurs. Jean-Christophe Cambadélis est paralysé par sa position d’arbitre de 1er secrétaire. Il ne reste que Martine Aubry, dont on attend encore l’esquisse d’une proposition.

 

Les révoltés du Bounty

 

La grogne des frondeurs est une révolte d’opérette. Ils demandent à discuter pour infléchir la ligne de l’exécutif et c’est bien le seul moment où François Hollande peut manifester un peu d’autorité en les renvoyant à leurs études. Ils ne font pourtant que proposer des ajustements, quelques milliards en moins ici, quelques droits nouveaux là. Ils mélangent tout, politique d’austérité et politique de l’offre, comme pris dans leurs dogmes vieux d’un siècle qui leur font voir le monde non pas tel qu’il est mais tel qu’ils voudraient qu’il soit. Un monde où la gauche n’a pas le pouvoir.

 

On s’attendrait à ce qu’ils tirent les conséquences de leurs déclarations et créent un groupe parlementaire distinct vu qu’ils sont incapables de suivre la discipline du leur. Ce qui aurait été impensable sous Nicolas Sarkozy. Mais plus qu’un R-UMP de gauche, c’est peut-être un nouveau parti qui pourrait naître à l’issue du prochain congrès du PS programmé en 2015 après les états généraux de la gauche. Un nouveau parti socialiste. Un schisme de plus après le congrès de Tours de 1920.

 

C’est le drame de la gauche faible. Elle refait continuellement les débats du passé alors qu’elle a depuis longtemps accepté l’économie libérale et tourné le dos aux classes populaires. En préférant les bobos aux ouvriers et les querelles sociétales aux luttes sociales, la gauche française s’est durablement éloignée de son électorat. Ses mots en faveur des pauvres ne sont que pure rhétorique. Elle ne voit pas qu’elle nuit au travailleur en motivant l’immigration, qu’elle horrifie le musulman en votant le mariage pour tous, qu’elle offense l’enseignant en abaissant l’enseignement.

 

Le Parti socialiste connait une nouvelle crise de croissance. La pire de toute car la moins bien préparée et parce qu’il est au pouvoir. François Hollande veut infliger sa mentalité social-démocrate à la Tony Blair et ses réformes de structure à la Gerhard Schröder. Il a juste oublié de prévenir les siens avant d’être élu. C’est le drame de la gauche et de la France, toutes deux incapables de se réformer parce que les idées qui pourraient la sauver n’y sont pas majoritaires. On dit qu’un congrès du PS se gagne toujours à gauche. On attend encore de voir à quoi ressemble la gauche forte.

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