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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 01:32

« La science devient criminelle »

 

Albert EINSTEIN (1879-1955) – Physicien allemand et cousin de Franck

 

 

 

L’atome a 70 ans et sûrement moins devant lui. Découvert en 1945 par des chercheurs étrangers à la solde des Etats-Unis pour jeter une bombe sur Hiroshima, le nucléaire n’a pas toujours fait débat. La France y a longtemps vu une arme essentielle à sa souveraineté nationale. En 1960, la dissuasion nucléaire était réalité et permettait au pouvoir gaullien de se passer du parapluie américain pour mieux lui cracher dessus. En 2010, l’énergie nucléaire approvisionnait 75% de l’électricité en France. Toutes les formations politiques ont validé ce choix stratégique, des gaullistes aux communistes aux démocrates-chrétiens. Pourtant, il est peut-être en fin de vie.

 

Il a suffi d’un accord électoral écrit de la main gauche et signé sur un bout de table pour tout remettre en question. Les verts ont arraché aux socialistes la promesse de réduire à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité. Pour y parvenir, il ne suffira pas de doper le mix énergétique avec les certes renouvelables énergies éolienne et solaire. Il faudra démanteler des centrales, et c’est avec la force de la conviction et l’insolence de la jeunesse que François Hollande est venu expliquer que la centrale de Fessenheim devait cesser de tourner avant 2017.

 

Sur le principe, on ne peut qu’acquiescer. La durée de vie normale d’une centrale est de 35 ans et la plupart des centrales françaises implantées dans les années 1970 ont été prolongées artificiellement au mépris de toute consigne de sécurité, comme en atteste le cas de Tricastin. Il serait prudent de les arrêter, or l’emploi perdu sera compensé par de nouvelles constructions. Il faudrait juste le faire au même endroit : les maires détestent que l’activité quitte leur commune.

 

Là où on frôle l’imposture intellectuelle, c’est quand les socialistes prétendent tenir leur promesse de campagne avec ce seul démantèlement. Le débat va encore se concentrer sur une pauvre bourgade alsacienne quand la question du nucléaire en France mériterait un débat d’une toute autre tenue. Les enjeux sont capitaux : même s’il est une chance et une force avec l’EPR, le nucléaire ne peut continuer à constituer une part aussi importante de l’électricité française alors qu’il est de plus en plus contesté pour ses évidents inconvénients environnementaux.

 

La question ne se serait même pas posée il y a peu. Mais il y a eu Fukushima, où une centrale nucléaire a laissé échapper un nuage radioactif des lustres après celui d’Enola Gay. Contrairement à Tchernobyl, le danger était loin mais la panique était proche. L’Allemagne va sortir du nucléaire. La France songe à le vouloir alors qu’elle lui doit de ne pas payer une plus lourde ardoise commerciale pour son énergie. La peur du cancer de la thyroïde n’explique pas à elle seule une telle volte-face. Le nucléaire était déjà remis en question depuis bien longtemps.

 

Ce débat est le signe d’un monde qui a connu la crise et qui a compris que l’homme n’était pas infaillible. Il n’est pas le maitre du monde et il se maitrise à peine. Il est capable de l’échec. Or le nucléaire, ce sont des accidents gravissimes que chaque moment de relâchement rend plausible. Ce sont des déchets qu’on enterre vivants pour des millions d’années. Ce sont des menaces pour la paix quand on voit ce que l’Iran veut en faire sur le plan militaire en disant vouloir l’utiliser à des fins civiles. Objet de la science, le nucléaire symbolise sa déliquescence. Elle soigne les cancers qu’elle provoque, mais même là les gens ne lui font plus confiance.    

 

Arnaud Montebourg rappelle que le nucléaire est une « filière d’avenir », ce qui est vrai car en a devant elle. Il ment beaucoup, comme ce gouvernement qui jurait il n’y a pas trois mois qu’il ne reculerait pas sur la sortie partielle du nucléaire. Dans le registre de la bêtise, Pierre Moscovici a fait mieux en disant que le démontage des centrales est une bonne nouvelle pour l’emploi. Les socialistes sont adeptes de la dissuasion nucléaire en cas d’élection, mais après ils n’assument plus. Sans idées, ils ne savent pas s’il faut le garder ou pas et tergiversent.

 

Les lobbys qui voudront les dissuader d’une sortie en assurant que le nucléaire est une question de confiance sont nombreux. Areva, qui se fait rêver avec ses bénéfices annuels. EDF, qui fait des cauchemars à l’idée d’augmenter la facture. La droite, qui veut défendre l’héritage gaullien alors qu’il faut vivre avec son temps. Ce serait trop simple de fuir le problème en adoptant une position idéologique ou en se défaussant avec une étude scientifique. Les qualités et les défauts du nucléaire sont connus. Maintenant il faut s’engager dans une voie et pas à 50%.

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