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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 23:29

« L’homme n’est pas ce qu’il cache ; il est ce qu’il fait »

 

André MALRAUX (1901-1976) - Ecrivain français et sans dissimulation

 

 

François Hollande est président de la république. On s’en remet à peine. D’habitude les élections présidentielles servent à élire dieu. Les français veulent un président qui ne soit pas à leur image. Ils le veulent parfait et infaillible, charismatique et talentueux, travailleur et efficace. Ils rêvent, mais le nouveau ne leur en vend pas. François Hollande a promis que lui président de la république ne déciderait pas de tout et déléguerait, qu’il n’afficherait pas sa vie privée et serait discret, et qu’il ne travaillerait que pour l’intérêt supérieur de la nation et non le sien.

 

Il est trop modeste. Il vaut mieux que ça or cette humilité est surtout stratégique. En ne promettant pas de miracles, il ne surprendra qu’agréablement. En effaçant sa personnalité, il pourra s’effacer en cas d’échec. En se concertant avec tant de gens, il pourra facilement partager la faute. Quand elle est fausse, la modestie est un défaut. Mais il s’agit moins de juger François Hollande l’homme avec les qualités qu’il montre et les défauts qu’il cache que le président.

 

Après cinq ans d’égotisme sous Nicolas Ier, star de toutes les ruses, le règne du président qui ne fait pas de bruit vient à point. Comme son maitre Lionel Jospin, il fait de la politique pour avoir des résultats, quitte à être incapable de les vendre. C’est un besogneux qui travaille ses dossiers au bureau et sort une fois par semaine parader sur les marchés. La communication consiste à cultiver sa bonne image dans les médias. C’est aux antipodes de ses soucis.

 

Il contraste avec tous ses prédécesseurs qui usaient de la grandiloquence de la fonction pour défiler tels les anciens rois de France devant des courtisans enamourés. François Hollande lui tutoie ses collaborateurs et prend du temps avec tout le monde. Le précédent Nicolas Sarkozy jouait avec l’histoire et en racontait. Le président François Hollande lui veut la faire. Ses devanciers voulaient faire proche du peuple en parlant de sa vie quotidienne. François Hollande lui ne veut parler que des grandes choses pour le rapprocher de lui. Et ainsi de suite.

 

On a compris : c’est en étant modeste que François Hollande se donne des chances de réussir comme président. Il n’a d’ailleurs pas de quoi la ramener. Il a le physique d’un Flamby et le charisme d’un beignet. Il a l’autorité d’un stagiaire et la diction d’une geignarde. Son expérience de ministre est nulle et son bilan de 1er secrétaire du PS est pire. Son programme de candidat est irréaliste et son projet de président est loin d’être réalité. Humain, trop humain.

 

Sa modestie n’a pour but que d’ouvrir une échappatoire si la situation tournait mal. Au moins, il nous aurait prévenus. Il est de ces gens qui parlent les yeux écarquillés quand eux-mêmes ne sont pas convaincus par ce qu’ils avancent. Il a peur de bien faire. Alors il se fait discret et n’affiche pas ses succès en espérant pour compenser que ses adversaires ne riront pas de ses ratés. Il n’ose pas déplaire alors il ne fait rien qui déplaise aux français. Il ne fait rien.

 

Il tombe dans le piège qui a enseveli tant d’autres avant lui. En 1978, Valéry Giscard d’Estaing prétendait que la France était sa circonscription et qu’il pouvait emporter l’adhésion de deux français sur trois. Il n’a pas osé choisir entre la préférence nationale et l’ouverture des frontières pour ne pas mécontenter. En 1981, François Mitterrand promettait qu’il gouvernerait pour les français et contre les puissants. Il ne s’est jamais décidé entre la relance et la rigueur, de peur que les deux soient mauvaises. En 1995, Jacques Chirac voulait mettre fin à la fracture sociale. Il a vu les grèves de novembre et il n’a plus bougé pour éviter de subir une révolution.

 

A bien des égards, c’est le drame du quinquennat de Nicolas Sarkozy qui est résumé là. Voulant être populaire, il n’a voulu déplaire à personne. Alors il n’a pas appliqué sa politique et a mis en place celle des autres. « Petit président, petit projet, petite politique », disait de lui DSK après deux mois de mandat. Il s’affichait pourtant avec les députés UMP. François Hollande a promis de ne pas faire de politique or c’est ce qu’on lui demande. Ce serait sa grande erreur.

 

La peur de bien faire, c’est avant tout ce qui mène à être passif en ne prenant pas de risque pour ne froisser personne. C’est ce qui a mené Nicolas Sarkozy à s’agiter pour mimer qu’il s’occupait des problèmes de la France et à perdre en 2012 parce qu’il n’avait rien fait de cela. C’est ce qui mènera François Hollande à jouer le modeste, à agir en silence et à perdre en 2017 parce que les français ne le sauront pas. On ne veut pas d’un Kennedy qui veut être aimé mais d’un Reagan qui assume ce qu’il est. Après la droite qui renonce à des réformes sans conséquence, on ne veut pas de la gauche qui fait des réformes trop lourdes de conséquences.

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commentaires

bobdenard 49 25/08/2012 00:52

Beau slogan, il faudrait l'appliquer plus souvent.

Guglielmi 15/07/2012 15:40

Portrait plutôt drôle de notre gros Flamby de président : j'adhère.

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