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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 08:08

« La pire souffrance n’est pas le malheur subi mais le malheur imaginé »

 

Françoise GIROUD (1916-2003) – Écrivain français et paralysée par la peur

 

La France des riches est dans la rue. Les professions libérales sont en colère contre les projets de dérèglementation du gouvernement, qui veut en finir avec des rentes de situation héritées du passé et inadaptées au monde actuel. Objectif : redonner du pouvoir d’achat aux français. Une abolition des privilèges qui fait l’unanimité. Sauf que chaque groupe attaqué a toujours de bons arguments pour y riposter.

 

Les pharmaciens craignent que la vente de médicaments sans ordonnance dans les grandes surfaces mette fin à leur monopole. On peut reconnaitre leur utilité et leur expertise, mais faut-il cautionner ces comptes d’apothicaire alors que le lobby des grands laboratoires est déjà le plus préservé ? Les taxis sont vent debout contre les véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC). Une concurrence déloyale pour cette profession attachée à son fameux numerus clausus, or il serait injuste que les taxis paient une licence pour exercer ce métier alors que d’autres en seraient exonérés.

 

Les notaires ont peur que soit revu le statut de leur profession, qui leur donnait le monopole sur la délivrance de nombreux actes officiels et la perception des fameux frais de notaire, qui sont en fait des impôts qu’ils ne font que collecter pour l’État. Une vie sans notaire, c’est l’usager qui en paie les frais : leur riposte est déjà prête, face à ce qu’ils estiment être une réforme téléguidée par la commission de Bruxelles et qui mettrait à bas la répartition sur tout le territoire de leurs nobles cabinets.

 

C’est toujours étrange un gouvernement de gauche qui mène une politique libérale. L’inspiration de ces mesures vient autant du rapport Jacques Attali de 2008 que de l’Europe, qui dicte désormais les réformes qu’elle croit bonnes pour notre pays. Un pays gagné par le conservatisme et le chacun-pour-soi, où le voisin doit se sacrifier en premier pour sauver le système. Un pays où des pilotes de ligne payés 20000 euros par mois font grève, où des intermittents du spectacle prennent en otage les festivals et où des cheminots s’accrochent à leurs régimes spéciaux des retraites.

 

La solution : payer pour réformer

 

Les français ont moins peur des réformes que des conséquences des réformes. Du déclin de la France que de leur propre déclassement. Ils craignent la crise plus qu’ils ne la vivent, chaque idée mettant en cause leurs acquis étant vécue telle une déclaration de guerre. Le système est sclérosé, la société bloquée, le pays tétanisé. La récession a étouffé toute audace et consacré le statu quo, dans lequel la baisse du niveau de vie s’accompagne de la certitude que cela pourrait être pire encore.

 

Les français ont peur de l’argent. Surtout d’en perdre. Le lien social disparait par la faute de l’outil qui devait le faciliter. On passe de la société des égaux à la société des egos, où chacun se vexe d’être attaqué et reporte sa haine sur les autres. Une société où les inégalités sociales ne sont plus perçues comme des injustices mais au contraire accueillies avec une conformité totale. Une société corporatiste où chaque groupe d’intérêt défend ses avantages contre ses rivaux et vit comme des agressions les réformes parfois nécessaires qui pourraient sauver l’ensemble du système.

 

Puisqu’on ne peut réformer pour payer, il faudra bien payer pour réformer. Régler une bonne fois pour toutes ces rentes en payant les groupes qui en bénéficient pour qu’ils y renoncent. C’est ce qui avait été fait en 2007 avec les syndicats pour leur faire accepter le service minimum dans les transports, en échange d’un nouveau système de représentativité qui les confortait dans leur rôle malgré l’indigence de leurs effectifs. C’est avec des compromis et des compromissions qu’on pourra faire évoluer le système. Même si la morale et le mérite n’en ressortent pas grandis.

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