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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 06:24

« Pour tout français, la retraite est le but suprême de l’existence »

 

Georges MIKES (1912-1987) – Ecrivain britannique et senior actif

 

 

A chaque fois que Michel Rocard parle, il a l’impression de réinventer l’eau chaude. Le dernier cas en date est cette ode osée en faveur de la retraite à 65 ans. Le nombre de retraités s’accroit et celui de cotisants s’affaisse. L’espérance de vie augmente alors qu’on n’a jamais tiré sa révérence aussi tôt. Le trou de la sécu est béant, la dette de l’Etat criante. Au bord du gouffre et les deux pieds déjà dans le précipice, il fallait bien que l’ancien 1er ministre prenne la parole pour constater les dégâts. Qu’importe qu’il ait soutenu le passage à la retraite à 60 ans en 1981.

 

C’est un mythe inquestionnable. Tout comme la semaine de 35 heures, la retraite à 60 ans est un tabou que le moindre des mérites de Nicolas Sarkozy n’aura pas été d’avoir lézardé à défaut d’ébranler avec la réforme des 62 ans menée par Eric Woerth. Il faudrait aller plus loin, mais la gauche ne voit pas loin et son déficit de haute vue et d’esprit visionnaire nous emportera tous jusqu’au dernier. Les français ont une santé de fer jusqu’à 85 ans. Plutôt que d’en déduire qu’ils pourraient travailler jusqu’à 65, ils en concluent que c’est parce qu’ils ont arrêté à 60.

 

Plutôt que d’aboutir et d’aller au bout des choses, ils se crispent sur des acquis sociaux qui n’ont plus de raison d’être et regardent sans trop se catastropher le déplorable effet ciseaux qui touche notre système de retraites. Les pensions augmentent et les cotisations diminuent. Le déficit de la sécurité sociale sera de 20 milliards d’euros en 2020 selon le Comité d’orientation des retraites si la conjoncture économique reste morose. C’est presque un slogan de campagne.

 

Réagir c’est anticiper et gouverner c’est prévoir. Sur les retraites, le gouvernement court après un train qu’il va rater car la gauche n’a jamais rien prévu pour faire face à cet enjeu qu’on sait depuis vingt ans capital pour l’avenir de la France. Dans le tourbillon continu de la réforme qui ne vient pas, la droite a bien tenté d’en finir avec les régimes spéciaux injustes sous Alain Juppé en 1995 comme sous François Fillon en 2003 mais le corporatisme l’a toujours emporté haut la main. A défaut de réformer pour payer, il faudra sûrement un jour payer pour réformer.

 

Notre société du jeunisme devient vieille. Dans son corps comme dans sa tête. Tels de sinistres apothicaires, les français calculent leurs points de retraites et les trimestres qu’il leur reste à tirer comme un bagnard compte les jours qui le séparent de son évasion et le grabataire contemple le temps qui le rapproche de sa mort. Il ne craint rien de plus que la décote, l’attrape-couillons de tous ces actifs inactifs qui attendent la quille comme une libération.

 

Le travail rend libre et la retraite le rend pour de vrai. Les retraités sont les privilégiés de notre système puisque leurs pensions sont indexées sur l’inflation, celle-là même que subissent au quotidien les travailleurs qui les font vivre. Voilà pourquoi la seule idée des socialistes est de les matraquer fiscalement avec une réforme qu’ils annoncent pourtant juste, efficace et possible. La calculette de leurs 25 meilleures années dans les mains, les quinquas qui n’en ont plus pour longtemps à vivre sur le marché du travail tremblent déjà à l’idée de perdre 30 euros par mois.

 

Tant que la réforme des retraites sera une question de grippe-sous, il n’y aura rien à en espérer et elle restera une question sur laquelle tous les gouvernements battront en retraite. On ne peut pas distribuer la richesse qu’on n’a pas créée. En travaillant plus et plus longtemps, les travailleurs français créeraient la croissance qui fait défaut à leur survie en tant que retraités mais leur peu de confiance en leurs ressources physiques les fait s’aveugler même jusque face à ce constat. Qui peut le peu peut le mieux. Mais même quand on ne veut rien savoir ni entendre ?

 

Il faut être usager d’une politique publique pour vraiment dire si elle marche. A présent qu’il est à la retraite de tout, Michel Rocard peut donner librement son avis sur le système qu’il a grandement contribué à délabrer et il n’est pas bon de l’entendre. Il sait déjà qu’il est trop tard pour sauver notre système qui prend l’eau du naufrage mais il soumet doctement ses quelques conseils de vieux sage. La retraite à 65 ans c’est bien. Il aura en revanche du mal à l’expliquer aux seniors de 55 ans qu’on pousse à la préretraite parce qu’on les considère trop vieux.

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