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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 13:00

« Tout vainqueur insolent à sa perte travaille »

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695) – Poète français et le triomphe modeste

 

 
Cela se sera joué à 98 voix. Jean-François Copé a créé la surprise et provoqué un séisme dans les rangs de la droite française. Les sondages donnaient vainqueur François Fillon, même si les spécialistes ont reconnu étrangement après coup qu’ils n’avaient aucune valeur prédictive. Ce retard présumé l’a en réalité bien plus servi que trahi : cela l’a obligé à aller sur le terrain à la rencontre des militants. Cela l’a surtout obligé à leur parler et à répondre à leurs aspirations. Ils voulaient plus de droite, et le nouveau président de l’UMP leur a donné plus de droite.
 
Avec ses excès et ses excédents, Jean-François Copé nous aura de nouveau fait aimer la droite durant cette campagne interne. Il savait qu’un congrès de l’UMP se gagne à droite de la même manière qu’un congrès du PS se gagne à gauche. La victoire de la motion de la droite forte devant la droite sociale le montre. C’est ce que n’a pas compris François Fillon, qui avec ses faux airs de président normal n’aurait pas risqué de se faire accuser de droitisation. Il a perdu car il était tout simplement moins bien préparé, tant sur le discours que sur la posture.
 
Jean-François Copé a dit sa part de vérité. Atteint par la trahison de ses anciens amis et le soutien des ténors du parti à son rival, il n’a pourtant jamais rien lâché. On pensait que le ralliement de Xavier Bertrand à l’ancien 1er ministre calmerait son entrain, mais c’est la santé de son rival qui a flanché. Le choc mêlé d’animosité personnelle de ces deux ambitions n’avait pas flanché lors de ce débat sans dégât en forme de bal des hypocrites. Le danger était bien après le scrutin, puisque les deux se détestaient cordialement et n’accepteraient pas facilement la défaite.
 
Personne n’avait prévu que les 102 voix d’écart du congrès de Reims gâcheraient la fête de la droite. On pensait donner une leçon de démocratie or le ridicule cocoesque des doubles revendications de victoire a nui à tous. Les attaques mal placées sous la ceinture et les soupçons de fraude électorale seront la dernière impression laissée par cette campagne. La mauvaise. A l’heure des bilans, on compte les morts en espérant que la réconciliation et le rassemblement opéreront. Jean-François Copé tend la main et ouvre les bras. François Fillon va le délégitimer.
 
Il n’a pas digéré cette défaite à laquelle il ne s’attendait pas. En dénonçant une fracture morale, il a franchi la ligne jaune car il remet en cause les méthodes de son adversaire. Il s’est éteint. Son destin personnel a basculé, sans doute sur la ville de Paris. Quant à ses nombreux soutiens issus des bancs de l’ancien conseil des ministres, ils se mangent les doigts d’avoir misé sur un si mauvais cheval. Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez et Eric Ciotti devraient payer cher leur engagement trop visible. On cherche déjà les gagnants de cette élection perdante.
  
Jean-François Copé a vaincu mais n’a rien gagné. Il hérite d’un parti traumatisé dont il devra recoudre le lien. Surtout, l’organisation d’une nouvelle élection à la présidence de l’UMP en 2015 va contrecarrer ses plans pour 2017. Elle pourrait offrir une nouvelle épreuve à la droite et casser sa dynamique de reconquête entamée aux élections locales. En cas de mauvais bilan, il sera hors-jeu pour prétendre participer à la primaire de 2016 à laquelle les abstinents de 2012 seront bien heureux de prendre part. Même François Fillon, s’il sèche ses larmes.
  
Les absents ont toujours raison. Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire ont bien fait de rester sur leur réserve. S’ils ne retireront rien de cette neutralité dans l’immédiat, ils seront des recours pour la suite. Ce n’est pas si sûr pour Nicolas Sarkozy, que tout le monde déclare un peu vite vainqueur putatif de cette mascarade. Certes les gens n’ont pas encore pris la mesure que la génération avait changé et ils continuent à le regarder avec admiration. Mais il est parti : l’affaire Bettencourt devrait l’éloigner durablement des estrades.
  
Rien n’est donc perdu pour le sarthois aux réponses de normand, qui pourra prendre exemple sur son bourreau en prenant la rue pour s’offrir une tribune. Et s’allier les élus de l’appareil, et non les vedettes de la télé. D’ici là, il faudra avoir la victoire modeste si on gagne les élections locales car on sait qu’elles ne comptent pour rien pour en avoir tant perdu. Il faudra ouvrir une boîte à idées et mettre à contribution les militants plus d’un jour tous les trois ans. Il ne faudra pas tomber dans le piège de la surenchère avec le FN. C’est le bon filon, car les plus malins auront remarqué qu’on tourne en rond si on tourne tout le temps à droite.

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