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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 22:06

« La France vit au-dessus de ses moyens »

 

Raymond BARRE (1924-2007) – Ancien 1er ministre et homme de paroles  

 

 

Il y a plusieurs façons de comprendre la crise économique dans laquelle la France et le monde sont empêtrés depuis 2008. Celle de l’économiste, pour qui le cycle de production et des échanges va et vient entre hauts et bas alternant naturellement expansion et dépression ou croissance et récession. Celle du politique, qui n’hésite pas dans sa grande démagogie à pointer les vilains marchés et les méchantes banques qui ont saccagé le système financier et le modèle capitaliste avec les spéculations des subprimes. Celle de l’analyste, qui est la nôtre et qui pense que la crise de la dette que connaissent actuellement les Etats n’a pas commencé qu’en 2008.

 

C’est une crise de longue durée. En 1973, le ministre de l’économie Valéry Giscard d’Estaing interdisait à la banque de France de financer les bons du trésor émis par l’Etat pour s’ajuster aux règles européennes de lutte contre l’inflation. Au même moment éclatait le choc pétrolier, à l’origine de l’escalade du chômage dont le pays continue de subir les conséquences aujourd’hui. En 1992, le président François Mitterrand soumettait à la France le fameux traité de Maastricht qui imposait un pacte de stabilité et de croissance limitant les déficits. Entre temps, la France s’était endettée et beaucoup la suppliaient de ne pas hypothéquer son avenir.

 

La crise de 2008 a fait deux victimes : l’Europe et l’Etat. L’Europe va adopter le TSCG qui officialise la rigueur dans les textes mais elle n’a pas été à la hauteur. Au lieu de sauver la Grèce et d’aider le sud, elle s’est engluée dans l’immobilisme et a suivi les opinions publiques qui ne voulaient pas payer pour les dépenses du voisin. L’Etat est ruiné et n’est plus souverain puisque la crise marque un pas de plus vers l’Europe fédérale. Elle signifie un désengagement historique jamais vu depuis l’Etat-gendarme du XIXème siècle car il faut bien tout rembourser.

 

La ritournelle éraillée sur l’Europe unie dans sa diversité est morte avec la crise. On ne s’en plaindra pas. Mais rien n’a changé. On ne nous convaincra pas en disant que les dirigeants n’ont pas été à la hauteur de l’histoire car l’Union européenne battait déjà de l’aile. Les rejets de referendums soulevaient déjà des questions sur la méthode de construction choisie. Même malgré un Prix Nobel, les européens ne comprennent toujours pas pourquoi l’Europe n’est ni démocratique ni sociale et pourquoi elle privilégie l’élargissement à l’approfondissement.

 

L’Etat est dans un sale état. Les partisans du sérieux budgétaire avaient prévenu mais les angoissés de l’austérité ont gagné et c’est malvenu. Il fallait réduire les dépenses sociales et le train de vie de l’Etat. Dès les années 1980, on savait que la France s’endettait pour longtemps et la vie sans le Triple A n’a rien changé car les taux d’intérêt sont même plus bas. On a dépensé sans compter. « L’Etat, cette grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde », disait le grand héraut de l’économie libérale Frédéric Bastiat.

 

Le ciel nous est tombé sur la dette. Cette dette historique qui ne fait pas de détail n’est pas une maladie conjoncturelle dont on se remettra. C’est un mal structurel à combattre par un vrai courage politique. Il faut lever les impôts, le temps de travail et l’inflation. Il faut baisser les dépenses, les aides sociales et les salaires. La main invisible du meilleur des mondes leibnizien a échoué car il est tragique. Cette crise n’est pas une crise financière mais une crise de la dette, qui dure depuis la dernière guerre et le sacre du crédit. C’est la mort d’un certain capitalisme.

 

Il est facile de critiquer sa débandade quand il s’agit en fait de la déconfiture de l’Etat-Providence. Cette crise est un révélateur : elle n’aura pas été totalement inutile si les dirigeants savent en tirer les leçons. Ils ne doivent pas se cacher la vérité en dénonçant les ravages de l’austérité sur l’emploi. Ils doivent se demander comment l’Europe doit ressortir plus forte de cet échec et mettre en œuvre des actions concrètes pour vite relever le niveau et éclaircir le ciel.

 

L’Europe est peut-être la solution à la dette. Le paradoxe veut que les souverainistes demandent un impôt européen pour la relance budgétaire et que les fédéralistes réclament des règles communes pour asseoir la rigueur. En 1789, la France est sortie de la ruine de ses caisses en trichant sur la valeur de l’argent avec les assignats. En 1918, l’Europe a récupéré des ravages de la guerre avec la planche à billets ce qui a réduit la charge de la dette en France et créé une hyperinflation en Allemagne. En 1945, le monde a été refinancé par les Etats-Unis et son plan Marshall et la banque mondiale. En 2012, il y a le choix entre les deux : le rachat de la dette par notre bonne jeune BCE ou les aides financières du FMI comme au bon vieux temps en Afrique.

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commentaires

Titus 19/10/2012 08:52

Très juste, mais la crise n'a-t-elle pas rajouté des difficultés supplémentaires ?

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