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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 00:36

« L’un des pires démons de la civilisation technologique est la soif de croissance »

 

René DUBOS (1901-1982) – Biologiste français et intégriste de l’écologie

 

 

La crise n’arrête pas. On croyait avoir passé le plus dur après le krach financier de 2008 et l’explosion de la dette en 2010. Mais en 2012, la récession menace de nouveau avec une croissance nulle. Les socialistes n’ont pas réfléchi plus que cela à la solution qu’ils vont apporter pour redynamiser la production nationale. Or il n’est pas crédible d’annoncer l’assainissement budgétaire puisque l’austérité finirait d’achever l’économie. On va encore repousser les délais.

 

Le progrès économique n’a pas toujours été une religion. Le monde est resté mille ans au même PIB parce que le but n’était pas de s’enrichir pour investir mais de travailler pour vivre. Les civilisations précolombiennes disparues ont continué à faire de l’artisanat au moment où l’Europe s’industrialisait au XIXème siècle. Cette révolution a donné un avantage irrattrapable à l’occident qu’il va perdre à cause de la spéculation, maladie infantile du capitalisme.

 

La Chine avec sa croissance à deux chiffres rattrape les Etats-Unis à la première place mondiale. Humiliation ultime, elle finance le fonds de stabilité européen qui tente sans succès de sauver la Grèce. Les mouches ont changé d’âne : en 1860, les anglais introduisaient l’opium et colonisaient les comptoirs de l’empire du milieu. Mais ce pays ne subit ni développement ni progrès. Le niveau de vie de l’immense majorité de sa population milliardaire est pauvrissime, à l’image du système de protection sociale. Il ne résiste que par la sous-évaluation de sa monnaie et le bas coût de la main d’œuvre, qui permettent de produire pour tous et d’exporter partout.

 

La France a longtemps été en retard parce qu’elle privilégiait une production agricole faible en rendements. La mécanisation et le plan Marshall l’ont fait passer à l’ère du XXIIème siècle et des 30 glorieuses au cours des années 1950. La population était pauvre mais elle était heureuse car elle contribuait avec le plein-emploi au rétablissement de la vigueur française. Le pays a alors plus changé en 50 ans qu’en quinze siècles. Aujourd’hui elle est riche mais elle ne tombe plus amoureuse d’un taux de croissance de 2%. Le chômage a creusé les inégalités.

 

On attache trop d’importance à la croissance comme donnée quantitative, à la manière de la multinationale qui compte son chiffre d’affaires en fin d’année. Or la croissance ne vaut que pour ce qu’elle apporte à un pays : du pouvoir d’achat, un emploi pour tous et une protection sociale. Les tenants de la décroissance oublient souvent que renoncer à produire plus reviendrait à renoncer à gagner plus. Ce sont les mêmes qui tremblent face à la récession et qui oublient qu’une croissance nulle signifie à prix inchangés que le niveau de vie se maintient.

 

La croissance miraculeuse du XXème siècle avait quelques secrets mal gardés qu’il sera difficile de conserver au XXIème siècle. Le rôle du crédit et de l’endettement, qui permet de financer l’économie pour produire davantage que ce qu’elle peut et rembourser plus tard. Le poids de l’investissement et de l’innovation, qui permet des gains de productivité pour produire plus grâce au capital avec le même travail. Le primat des services et de l’informatique, qui rend la production virtuelle et donne des emplois aux cerveaux qui l’ont emporté sur les bras.

 

Paradoxalement, l’industrie qui incarne la production est le secteur qui apporte le moins de croissance. La France s’en sort grâce au tourisme, la Grande-Bretagne grâce à la finance et les Etats-Unis grâce au tertiaire. Au XXIème siècle, il faudra un autre modèle de croissance. Le changement climatique oblige à réduire la voilure alors que les pays développés mangent pour quatre et les pays émergents polluent pour cinq. La crise oblige à créer de la valeur autrement.

 

L’homme est dans la situation de ses ancêtres qui devaient se réinventer pour survivre. L’homme préhistorique a inventé le feu pour se chauffer et se nourrir. L’homme antique a imaginé l’irrigation pour tirer le meilleur de la terre. L’homme moderne a créé la machine pour s’épargner des efforts. L’homme de la crise devra changer pour progresser. Voilà le mot : plutôt que de viser la croissance, il devrait vouloir le progrès. Dans le sens noble du terme.

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