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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 09:07

« Le diable est encore le meilleur subterfuge pour disculper Dieu »

 

Sigmund FREUD (1856-1939) – Psychanalyste autrichien et non croyant

 

La mort du FN approche. Pas sur le plan politique, mais sur le plan onomastique. Le Front national va peut-être laisser sa place au Rassemblement Bleu Marine, un nouveau nom pour un parti nouveau qui n’en finit pas de tirer les bénéfices de sa dédiabolisation. Les élections municipales lui ont donné une dizaine de mairies. Les élections sénatoriales l’ont fait entrer pour la première fois à la haute assemblée. Les élections européennes en ont fait le premier parti de France. Un parti aux portes du pouvoir, donné gagnant en 2017 en cas de duel avec François Hollande.

 

La stratégie de la dédiabolisation a une histoire. Le succès du FN de Jean-Marie Le Pen a longtemps reposé sur l’effet repoussoir qu’il créait dans l’opinion publique. Sa médiatisation dans les années 1980 par les naïfs de l’antiracisme en a fait le parti vers lequel il fallait porter ses voix si on voulait crier sa colère contre le système. Il est vrai que le patriarche a contribué lui-même à s’ostraciser par ses sorties parfois douteuses, du point de détail au Durafour crématoire sans oublier ses bagarres.

 

Cependant ce qui a permis au parti d’émerger et de se rendre séduisant l’empêchait de prétendre accéder au pouvoir. Bruno Mégret avait le premier tenté la stratégie de la dédiabolisation en lançant le MNR en 1999, parti de droite nationaliste bon teint aux propositions sérieuses. Ce sera l’échec : Jean-Marie Le Pen ne voulait pas du pouvoir, et son rival n’avait pas son charisme. Son accession au 2e tour de l’élection présidentielle en 2002 sera presque un accident, tel un enfant qu’on n’a pas voulu.

 

C’est donc la fille qui a tiré les leçons de cette expérience et qui à la succession de son père a engagé la dédiabolisation en 2011. Comme François Mitterrand avec la gauche des années 1970, Marine Le Pen a promis aux siens qu’ils seraient un jour au pouvoir. C’est pourquoi elle s’est entourée des meilleurs, des cadres Louis Aliot et Florian Philippot aux maires Steeve Briois et David Rachline en passant par le sénateur Stéphane Ravier et les députés Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen.

 

La tentation du pouvoir du FN

 

On pensait que cette normalisation tournerait à la banalisation tant le sex-appeal électoral du FN repose sur son image de transgression. Or il n’a rien perdu de son pouvoir de séduction, gagnant même en crédibilité face aux déboires du PS et de l’UMP. Il marche désormais sur deux jambes. Aux thèmes traditionnels de la patrie et de l’immigration auxquels on cantonnait souvent le parti, le FN a ajouté le social avec la hausse des salaires et l’économie avec la sortie de l’euro. Cocktail étonnant et détonant dont le seul but est de séduire les perdants de la mondialisation.

 

Un électorat aussi infini qu’indéfini, qui défie la pensée unique en vomissant aussi bien l’européisme béat que le multiculturalisme bébête. Le FN critique les politiques identiques et inefficaces depuis 40 ans de l’UMPS. Au risque d’abandonner sa place de parti de droite extrême pour verser à gauche voire à l’extrême gauche, au grand dam de membres éminents comme Bruno Gollnisch ou… Jean-Marie Le Pen.

 

Il faut voir à présent si la dédiabolisation peut se perpétuer, or le diable est dans les détails. Le FN devra éviter les dérapages pour devenir crédible et fréquentable. C’est pourquoi Marine Le Pen surveille de près son père et ses maires. Il ne sera plus attaqué par une posture morale antiraciste mais sur son programme économique de gauche, les divisions idéologiques de ses cadres et l’absentéisme de ses élus.

 

Des ambitions et des tensions vont monter, notamment pour la tête du parti. Or le FN ne peut rester indéfiniment une simple entreprise familiale. Il faudra que la famille Le Pen laisse un jour le paquebot à d’autres. Le FN va désormais connaitre les problèmes quotidiens d’un parti de gouvernement sans les avantages d’un parti hors système. Après le point de détail, le diable devra s’occuper de ces détails.

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