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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 06:49

« Le propre d’un réformateur, c’est qu’il réussit ses réformes »

 

Lionel JOSPIN (1937) – Homme politique français et faux révolutionnaire

 

 

Il part avec le sentiment du devoir accompli. Le président du conseil italien va remettre sa démission une fois que le budget sera voté. Technocrate nommé chef du gouvernement dans un monde de politiciens élus au suffrage universel, Mario Monti a remis l’Italie sur les rails de la maîtrise budgétaire qui avaient tant fait défaut au pays sous le magistère de son prédécesseur. Que tout le monde se rassure : Silvio Berlusconi prépare déjà son énième retour à la tête de l’exécutif. Il faut dire qu’avec une gauche aussi incapable, la droite transalpine a la tâche facile.

 

Mario Monti incarne la figure même du réformateur : sans idéologie fixe mais avec des convictions profondes, sans prise de risque inutile mais avec le soupçon de courage nécessaire, sans fioriture ni vernis mais avec du sérieux et des résultats. En somme, tout ce qui manque à notre regretté et regrettable François Hollande. C’est sûrement pour cela que le président n’a pas hésité à user et abuser de mini-sommets avec l’ancien banquier central. Il fut aux antipodes de ses convictions social-démocrates, mais il aura servi à leur donner un semblant de crédibilité.

 

Le dirigeant italien qu’on pleure déjà en pensant au suivant était consulté de tous, dont la rigide chancelière allemande Angela Merkel. C’est lui qui a inspiré en partie le traité sur la rigueur que tous les gauchistes du vieux continent accusent d’être austéritaire alors qu’il garantit la stabilité budgétaire de nos nations endettées. Super-Mario a serré les boulons en Italie et le pays peut de nouveau emprunter à un coût soutenable. Mais tombe-t-on amoureux d’un taux d’intérêt à 5% ? Le peuple ne le pleurera même pas car le chômage a trop continué de grimper.

 

Mario Monti résistait là où d’autres pleurent à l’heure d’instruire des coupes budgétaires et des baisses de pensions. Il a réduit les déficits aux dépens des fonctionnaires et des retraités sans être accusé d’être l’ami des patrons et des riches car il a eu le courage d’expliquer le bon sens de ses mesures. Sage à la Solon, il a réformé car il a eu l’audace de prendre des décisions là où d’autres osent à peine prendre des pincettes. Les décisions les plus dures à prendre sont les moins mauvaises. Sauf en France, où on préfère à la fois être impopulaire et inefficace.

 

François Hollande est plus à l’image des français que de la Hollande ou du redresseur de l’Italie : il est peureux, pas tenté et pusillanime. Il dit suivre un cap, or il est sans direction ni décision. Il n’agit pas, pour ne pas esquisser de tournant et pour esquiver tout virage. Le mirage de l’hyperprésidence, voilà ce qui fait fuir ce bon connaisseur de ses limites. S’il est si modeste, pourquoi a-t-il nominé au poste de 1er ministre un homme qui lui ressemble tant là où il aurait fallu un homme actif, décidé et mobilisateur ? C’est comme si la France se sentait sans chef.

 

C’est quand même dommage de lutter autant pour le pouvoir pour finalement l’exercer si peu et si mal. François Hollande n’en profite même pas. Comme Jacques Chirac, sa seule réforme sera sûrement le plan cancer tant il est indécis et il s’amende lui-même. La gauche n’a pour l’instant instruit que des mesures provisoires quoiqu’effarantes : la taxe à 75% mais que pendant deux ans, la baisse de six centimes du prix de l’essence mais que pendant trois mois, la fin de la TVA sociale mais que pendant cinq semaines. Elle y renonce quand elle les annonce.

 

Car réformer c’est avant tout reformer. Ils ont fait beaucoup d’études mais on ignore où ils ont rangé leur bon sens. Ce qui fait la différence entre un grand dirigeant et un petit dirigiste, ce n’est pas l’intelligence. C’est l’énergie qui l’anime et qui le pousse tous les jours à vouloir changer la face du monde. Or François Hollande a à peine la majorité de sa politique et peine à faire la politique de sa majorité. Il est impotent et indolent. On lui mettrait du pâté et du foie gras sur la table qu’il se débrouillerait quand même pour choisir à tous les coups le pâté.

 

Son problème est que l’action publique est devenue trop lente pour rendre efficace son tempérament de réformiste. Elle subit une incohérence temporelle. Le choc de compétitivité n’entrera en vigueur qu’en 2014 or d’ici là, la crise aura largement eu le temps d’empirer ou de disparaitre. Il est temps de dire adieu aux faux réformateurs inutiles qui nous font perdre notre temps en étant élus sans même savoir ce qu’ils veulent faire. Plutôt que de mener des projets pour mener des projets, il faudra s’en tenir à quelques-uns symboliques et efficaces et les faire.

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commentaires

Popo 24/12/2012 12:09

Très bien, très pertinent !

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