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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 01:53

« L’embêtant avec la résurrection, c’est qu’il faut mourir avant »

 

Frédéric BEIGBEDER (1965) - Ecrivain français et éternel revenant

 

 

La rumeur revient avec trop d’insistance pour ne pas avoir un fond de sérieux : Nicolas Sarkozy pourrait revenir en politique. On le croyait à la retraite depuis ce 6 mai où il a fait ses adieux aux français en leur jurant qu’ils ne le reverraient plus. Être président était pour lui la consécration suprême et tout ce qui viendra après sera bien fade. Mais cet homme a la politique dans la peau et il n’a pas mis longtemps à s’ennuyer malgré la galante compagnie de sa femme.

 

Tel le comte de Monte-Cristo ou Napoléon rentrant de l’île d’Elbe pour les 100 jours, il prépare son grand retour. Il a renoncé à siéger au conseil constitutionnel malgré son statut d’ex président qui l’y autorise et l’opportunité d’y mener une vraie opposition contre la gauche, pour ne pas se momifier. Il a l’art du come-back et du saut en trampoline. Tels les grands sportifs qui reviennent plus fort qu’avant de Zinedine Zidane à Lance Armstrong, il se remet en condition.

 

Il ne dit rien mais il en meurt d’envie. Son communiqué sur la Syrie n’était pas dû au hasard mais bien à la volonté de refaire parler de lui. L’association des amis de Nicolas Sarkozy créée par Brice Hortefeux et Christian Estrosi n’est pas plus innocente mais vise à le maintenir présent. En 1848, Louis-Napoléon Bonaparte était tiré de son exil pour devenir président de la république. En 1917, la France appelait Georges Clemenceau pour gagner la guerre. En 1958, Charles de Gaulle terminait sa traversée du désert et sortait le pays de la crise institutionnelle et du bourbier algérien. En 2017, Nicolas Sarkozy veut revenir en héros après être parti en paria.

 

Il n’a pas digéré sa défaite ni le rejet du peuple de France. Il ne peut pas rester sur cette fausse note or la dernière impression est souvent la bonne. Pour son retour de la vengeance, il remobilisera le mythe du glorieux ancien. En 1871, Adolphe Thiers devenait président de la république à 74 ans après avoir été président du conseil à 51. En 1934, Gaston Doumergue fut rappelé comme président du conseil pour sortir la France du pétrin financier. En 2011, Alain Juppé est sorti de sa retraite internationale pour redresser la diplomatie. En 2017, Nicolas Sarkozy veut  être un recours contre la suffisance de la gauche et les insuffisances de la droite.

 

Il ne faut pas croire sa retraite anticipée. Son blues de la campagne l’a fait plusieurs fois déclarer publiquement son envie de tout arrêter en cas de défaite. Mais il doit être bien soulagé de laisser la patate chaude de la crise à la gauche et il compte tirer les marrons du feu une fois qu’il se sera refait une virginité de popularité. Les grands de ce monde comme Bill Clinton ou Tony Blair donnent des conférences à des sommes indécentes pour défendre leurs think tanks. Nicolas Sarkozy lui n’est pas un penseur, mais un acteur hyperactif qui n’aime pas les discours.

 

Il imiterait bien ces 1er ministres anglais qui gouvernaient en alternance à des années d’écart au XIXème siècle. Mais l’histoire joue contre lui. Sous la Vème République, aucun président n’a réussi à revenir dans la politique active de haut niveau. Il faut dire que le cas s’est rarement présenté, les présidents se retirant souvent âgés ou pire en fin de mandat. Seul Valéry Giscard d’Estaing a arrêté trop jeune pour en finir là et est reparti du plus bas niveau pour remonter les échelons. « En 1974, les français voulaient un président jeune et ils ont eu Giscard. En 1995, ils voudront un président vieux et ils auront Giscard », disait Philippe Séguin. Mais il a échoué.

 

La politique ayant comme la nature horreur du vide, personne n’est irremplaçable. Nicolas Sarkozy a occupé les feux de la rampe médiatique pendant cinq ans et en a même abusé par sa présence quotidienne et asphyxiante. Mais les français l’ont immédiatement oublié au soir de sa défaite. Ils n’ont plus en vue que les annonces du gouvernement socialiste et les péripéties de la guerre des chefs à droite. Ils n’attendent pas l’ancien président mais scrutent François Hollande, Jean-François Copé et François Fillon. Guère plus, n’en déplaise aux autres.

 

Nicolas Sarkozy aura du mal à revenir car les autres leaders de l’UMP feront tout pour l’en empêcher. Il n’est plus leur chef et il sera attaqué sans retenue par les jeunes impétrants en place malgré l’autorité morale qu’il réclamera. Seul un échec de la nouvelle génération ferait de lui une solution en 2016 pour la primaire, ce qui n’est pas à exclure quand on sait les difficultés de l’opposition à faire du bon travail en France. Mais Nicolas Sarkozy devrait penser à son fils Jean, « sa bataille » qu’il a maladroitement voulu placer à la tête de l’Epad en 2010. Il lui veut le plus grand avenir, comme dans les dynasties royales. Il ferait donc mieux de se mettre par côté.

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