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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 23:10

« Dans le changement nous pouvons croire »

 

Barack OBAMA (1961) – Président américain et réformateur décevant

 

 

C’est le 14 août. Cela fait 100 jours que la gauche a gagné les élections présidentielles le 6 mai 2012. Le changement n’a pas interrompu le quotidien des français, pas plus que les chars russes en 1981. Il faut que tout change pour que rien ne change, ou sûrement le contraire vu ce qui arrive. Depuis le sacre de François Hollande, les élections législatives ont donné la majorité au gouvernement qui a eu une session parlementaire extraordinaire qui n’en avait que le nom. Maintenant l’opposition va se réorganiser, et les ennuis vont commencer pour de vrai.

 

C’est la fameuse théorie des 100 jours. Un gouvernement nouvellement élu aurait 100 jours pour apporter des réformes profondes à un pays et faire adopter les mesures les moins populaires de son programme. Une fois passé ce délai, l’opposition sort de son inaction et les forces sociales de leur inertie pour se mobiliser contre la majorité. C’est donc un moment où il faut agir vite, fort et bien. C’est une période significative pour juger l’action d’un gouvernement. Elle est chargée de symboles depuis les 100 jours du retour gagnant mais perdu de Napoléon.

 

Les exemples qui valident cette thèse invérifiable ne manquent pas. En 1932, Franklin Roosevelt gagne les élections présidentielles des Etats-Unis en pleine crise de 29 et lance le New Deal. Le pays retrouvera la croissance et l’emploi et il sera élu sans discontinuer jusqu’en 1945. En 1979, Margaret Thatcher est élue 1ère ministre de Grande-Bretagne après un lustre de gouvernement travailliste inefficace. La fille d’épicier libéralise d’entrée l’industrie minière et redresse le pays qu’elle dirigera d’une main de fer jusqu’en 1990. En 1981, François Mitterrand devient président de la république et applique les mesures sociales de ses 110 propositions. Il a bien fait de le faire avant le tournant de la rigueur qui a terni sa mandature jusqu’en 1995.

 

Agir dans les 100 jours, c’est se donner les moyens de gouverner 15 ans et c’est montrer que l’on a réfléchi à son programme avant d’être élu. En 1995, Jacques Chirac n’avait rien fait de son été et l’avait payé cher en automne. C’est là où un président imprime la marque de son projet et de son futur bilan. En 2007, Nicolas Sarkozy avait opté pour le bouclier fiscal pour signifier que c’était le plus important à ses yeux. C’est là où un gouvernant explique sa vision du pays. En 1969, Jacques Chaban-Delmas lançait la nouvelle société et les français y avaient cru.

 

François Hollande a commencé son mandat sans opposition majeure, or c’était attendu si l’on s’en réfère à la théorie des 100 jours. Mais il n’a pas prévu d’axe majeur pour exprimer un projet intelligible aux français. Le spécialistes auront décelé dans les propos du 1er ministre Jean-Marc Ayrault l’expression faite exprès du « redressement dans la justice », utilisée autant le soir des élections législatives que le jour du discours de politique trop général. Mais ce sont des éléments de langage. La mise en œuvre est imprécise et pour l’heure, le redressement productif ne passe que par des remontrances déplacées aux patrons d’entreprises qui ferment. Sinon, la gauche a aussi détricoté l’héritage fiscal de Nicolas Sarkozy. Sans rien proposer d’alternatif.

 

Ces 100 jours sont le péché originel de François Hollande. En 2017, les français se souviendront qu’il a passé son précieux temps à faire la leçon à son prédécesseur en jouant les modestes mais qu’il ne s’est guère montré plus efficace. L’un était hyperprésent et extraverti, lui est intronisé et hyperdiscret. L’un a fait des effets d’annonce et réagi aux faits divers, l’autre a en effet annoncé qu’il a fait diversion. L’un a réformé une fois de trop le code des impôts contre la dette, l’autre l’a révisé une fois de plus par-dessus le marché. Le président socialiste ne nous a pas encore perdus sur le sens de ses priorités. Mais il devra se limiter à quelques projets par an.

 

François Hollande a pourtant des exemples à imiter. En 1936, Léon Blum changeait la vie des ouvriers avec les accords de Matignon et le Front populaire retenait la leçon du Cartel des gauches de 1924 qui n’avait pas pu gouverner à cause du mur d’argent. En 1954, Pierre Mendès France gouvernait 100 jours et terminait la guerre d’Indochine en montrant qu’il vaut mieux agir vite que longtemps pour marquer l’histoire. En 1988, Michel Rocard imposait avec célérité sa méthode avec la CSG et le RMI car il avait le président contre lui. En 1997, Lionel Jospin étalait les réformes de la gauche plurielle sur cinq ans pour cumuler le mécontentement.

 

C’est cet exemple que François Hollande va suivre et il a trouvé la méthode idéale pour aller lentement : la concertation. Il veut consulter tous les acteurs sociaux - mais pas l’opposition parlementaire, un comble - pour montrer qu’il les respecte et qu’il gouverne avec tous. Or on préfèrerait qu’il consulte en privé et décide seul au lieu de décider en public et de consulter tout le monde. C’est le plus sûr moyen d’arriver à des demi-mesures qui ménagent tous les intérêts en conflit. C’est la méthode technocrate qu’utilisait Lionel Jospin. C’est bien si on a plus de 100 jours.

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commentaires

Félix le chat 25/08/2012 00:50

J'adore cet article. Très bien écrit et très pertinent.

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