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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 01:48

« C’est une habitude bien française que de confier un mandat aux gens

et de leur contester le droit d’en user »

 

Michel AUDIARD (1920-1985) – Dialoguiste français et fieffé menteur

 

 

Il y en a qui cumulent. Certains élus le sont trop et ont trop de mandats pour pouvoir les exercer tous convenablement. Ils égrènent leurs fonctions comme un palmarès qui montre leur pouvoir et leur influence. Les super-cumulards sont de tous bords. A droite, Jean-François Copé était à la fois ministre, maire, président de communauté d’agglomération, conseiller régional et avocat. A gauche, Arnaud Montebourg est ministre, président de conseil général et secrétaire national au PS. Mais souvent les présents sont les absents. Les électeurs en veulent de plus en plus aux cumulards et des élus comme Alain Juppé ou Bertrand Delanoë l’ont compris.

 

Longtemps les hommes politiques se sont accrochés à cette tradition bien française. Il n’y a en effet que dans ce pays qu’on voit l’élite politique ne jamais se contenter d’une fonction. Elles ne sont sûrement pas assez prestigieuses car aux Etats-Unis on est sénateur ou gouverneur. En France, la figure politique centrale est le député-maire. C’est non négociable : il faut un pied dans la glaise du local pour connaitre le terrain et une main dans le cambouis du national pour être influent à Paris. On oublie que le député représente la nation et non ses électeurs.

 

On voit les conflits d’intérêt qu’engendre le cumul. Un ministre dirigeant une collectivité locale a la main sur des dossiers nationaux pour favoriser son territoire, au détriment des autres. L’absentéisme des députés est une honte pour la république et les empêche de bien faire leur travail. On sait les élus politiques enclins à s’accorder des avantages, des pensions aux salaires en passant par les impôts. Mais les électeurs sont complices car loin de sanctionner les cumulards, ils les réélisent. D’où le cumul dans le temps et les records de longévité des maires : Chaban-Delmas 48 ans à Bordeaux, Herriot 47 ans à Lyon, Defferre 34 ans à Marseille.  

 

La tendance recule grâce à des tentatives. En 1997, la jurisprudence Jospin interdisait à un ministre de diriger aussi un exécutif local et François Hollande l’a reprise. En 2004, Jacques Chirac défendait à Nicolas Sarkozy d’être à la fois ministre et président de l’UMP et Nicolas Sarkozy l’a reprise pour Jean-François Copé. En 2000, la loi prohibait de diriger deux exécutifs locaux, bénissant le profil de député-maire. Mais l’hypocrisie demeure : il reste possible d’être premier adjoint et de cumuler par procuration or seuls les députés européens sont obligés d’abandonner leur dernier mandat s’ils veulent en conquérir un de trop à des élections.

 

Les mensonges se cumulent alors. En 2010, les socialistes de Martine Aubry ont promis d’instaurer le mandat unique et l’ont voté dans leur projet. Mais ils ne pouvaient pas l’appliquer car ils se seraient tirés une balle dans le pied et auraient donné un coup de main à l’adversaire en étant seuls à ne présenter que des candidats nouveaux. François Hollande a longtemps fait le zig zag sur cette question comme sur d’autres mais il finira par voter une loi sûrement aussi bête que celle de 2000 sur la parité qui croyait naïvement créer des femmes politiques par décret.

 

Comme tant d’autres, il dit avoir « évolué » mais il sait que c’est dans l’air du temps. Les élus ne pourront plus être partout et devront se suffire à eux-mêmes. La nouvelle génération l’accepte et veut plus de parité et de diversité. Mais les carrières locales perdront en prestige car être seulement député ou maire n’offrira plus de poids national. La vraie révolution aurait été d’abolir des mandats plutôt que d’en éliminer le cumul. Au lieu de cela, le mandat unique va accentuer la séparation entre élus locaux et nationaux, qui mèneront deux carrières séparées.

 

Cette loi de fausse vertu ment matin et soir en simulant qu’elle en finira avec le cumul des mandats. Les élus iront chercher leurs hochets ailleurs, dans les partis. A gauche, Benoit Hamon a percé car il était porte-parole du PS et non pas parce qu’il était député européen. A droite, Valérie Rosso-Debord s’est révélée car elle était déléguée générale adjointe de l’UMP et non pas parce qu’elle était député. Que le gouvernement ignore qu’on n’élimine pas les ressources politiques mais qu’on ne fait que les redistribuer serait plus qu’une faute, un crime.

 

La solution passe moins par une loi idiote que par deux choix. D’un côté, une discipline des partis pour répartir les fonctions et les investitures. Aux jeunes les postes de secrétaires nationaux dans les fédérations et aux vieux les mandats électifs dans les urnes. De l’autre, une décentralisation raisonnée avec la réduction du nombre de collectivités territoriales pour donner plus de pouvoir aux élus locaux et l’envie de s’en contenter. Comme aux Etats-Unis, où diriger un Etat ne veut pas forcément dire être président. Ce serait la fin du cumul des mandats et des mensonges.

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commentaires

Tartuffe 25/07/2012 23:54

C'est autant le cumul des mandats que le cumul des mensonges. Surtout à l'UMP.

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