Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 01:02

« Quand surviennent les passions, les slogans remplacent la réflexion »

 

Michel CROZIER (1922) – Sociologue français et pas un grand passionné

 

 

En 1871, les révoltés de la Commune de Paris avaient monté des barricades pour faire la révolution et ils avaient fini fusillés. En 1968, les étudiants du Quartier latin ont cassé du CRS pour dire tout leur amour et ils ont fini collés. En 2012, les paysans écologistes de Notre-Dame-des-Landes montent aussi des barricades mais elles sont en bois et leurs revendications aussi. L’histoire se répète souvent mais la copie est toujours plus pâle que l’original. Le mythe de Mai 68 continue de faire rêver mais il fait des dégâts. Il est la cause de trop de luttes sociales inutiles.

 

Les mouvements sociaux sont aussi insupportables qu’indispensables. Ils sont un garde-fou nécessaire en démocratie contre les dérives du pouvoir politique à défaut d’être un guide utile au changement sociétal. Les opposants au nouvel aéroport de Nantes ne le sont pas par goût du progrès. Leur volée de bois vert est sans doute un coup d’épée dans l’eau sur la route de la modernisation de la France. Mais ils retardent le projet, en croyant faire leur Larzac là où le reste de l’année les syndicats vivent dans le souvenir lointain de leurs combats d’arrière-garde.

 

La lutte sociale est un sport de combat. Il faut beaucoup de volonté et de manifestants pour réussir à arracher au gouvernement des acquis sociaux et aux patrons des annulations de plans de licenciement. Il faut aussi pas mal de chance : un mouvement social qui réussit doit réunir des acteurs efficaces au moment pertinent dans la société adéquate. Entre la révolte qui échoue en Syrie et la révolution qui triomphe en Tunisie, il y a peu d’écart. Juste des leaders mieux structurés, une période de l’année plus favorable et un régime moins dictatorial.

 

On est loin de toutes ces considérations en France. Le mouvement social est avant tout un moyen de blocage politique. Les parties prenantes à une grève ont toujours un parti-pris et un intérêt bien compris pour paralyser le pays. Les professeurs et les enseignants manifestent sans bouger de chez eux. Les restaurateurs et les buralistes défendent leur fonds de commerce au nom de l’intérêt général. Les taxis et les motards bloquent la route pour sauver des avantages acquis. Et le gouvernement cède devant les revendications catégorielles et corporatistes.

 

C’est toujours pareil : la rue est devenue un moyen de détruire et non de construire. Les ânifestants ne se réjouissent jamais autant que quand ils ont fait un beau défilé. La CGT pense défendre les travailleurs mais elle nuit aux intérêts des chômeurs. Le Front de gauche croit représenter le pays réel alors qu’il se complait encore dans un pays imaginaire. L’Unef rêve d’une université pour tous mais elle voudrait bien que personne n’y aille pendant les manifs. Le social a pris le pas sur l’économique et le politique, alors que les trois devraient aller ensemble.

 

La mobilisation des masses est à ce point devenue une référence que Jean-François s’est même senti obligé d’en appeler aux manifestations réactionnaires et conservatrices contre le mariage homosexuel pour servir de dernier recours contre l’arbitraire gouvernemental. Il prend exemple sur le mouvement pour l’école libre de 1984, or c’est plutôt à la majorité silencieuse de Mai 68 qui avait soutenu le gaullisme contre la chienlit à laquelle il devrait se reporter. Car utiliser l’arme de ses ennemis, c’est encore le meilleur moyen de les priver de leurs munitions.

 

Jean-Marc Ayrault a juré de prêter une oreille attentive et de tenir compte de la sagesse des nations. Il n’est pas allé plus loin. Sa concertation, c’est le meilleur moyen de calmer la rue est de lui faire un enfant dans le dos avec Lakshmi Mittal. Il est partisan de la négociation, tant que les partenaires sociaux ne participent pas à la décision. On appelle cela le monologue social et c’est peut-être mieux ainsi quand on voit l’héritage du dialogue du même nom. C’est en effet avec des compromis qui ne satisfont personne qu’on arrive au RMI et au CDI inviolables.

 

Vu comme les français sont amorphes en ce moment, ce serait le moment idéal pour faire des réformes et les faire passer sous le prétexte de la crise économique ou d’un règlement de l’Europe. Mais la gauche n’en aura pas la volonté. Ce n’est pas eux qui ont abandonné le courage, c’est le courage qui les a abandonnés. Alors ils continueront à se coucher devant les desideratas des minorités organisées, et la France continuera d’aller à violon. L’avancée sociale deviendra véritablement synonyme de régression politique, et la société restera bien bloquée. 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

À Propos De En Rase Campagne

  • : En rase campagne
  • En rase campagne
  • : La politique est toujours en campagne, CARBONE 12 aussi ! Lancé à 100 jours du 2e tour des élections présidentielles de 2012 pour redonner de la hauteur à un débat qui volait bas, EN RASE CAMPAGNE est un blog qui commente la vie politique française.
  • Contact

L'EMPREINTE CARBONE

Projet de loi de finances : se serrer la ceinture ou baisser son froc devant Bruxelles, telle est la question. 

 

Retrouvez tous les billets "L'empreinte carbone" 1 2 3 4 5 6 7 

AU RAS DES PÂQUERETTES

Poisson d'avril de Ségolène Royal : les autoroutes gratuites le week end. Mais qui peut contrôler ce qui se passe dans son cerveau ? 

 

Retrouvez tous les billets "Au ras des pâquerettes" 1 2 3 4

DU CARBONE DANS LA CERVELLE

Entre deux meetings, Nicolas Sarkozy recommence ses conférences grassement payées à l'étranger. Cela pourrait le desservir. 

 

Retrouvez tous les billets "Du carbone dans la cervelle" 1 2 3 4 

Les Idees De En Rase Campagne