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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 07:28

« Désormais on pourra être député à 18 ans. Donc mis en examen à 19 »

 

Laurent RUQUIER (1963) – Humoriste français et pas couché

 

 

Si un pays est comme sont ses villes, alors la France a du souci à se faire. Le ministre de l’éducation Vincent Peillon veut expérimenter sa grande réforme des rythmes scolaires dans au moins la moitié des communes françaises d’ici 2014. Sur 50 grandes villes, 19 ont accepté et elles sont toutes de gauche. Les autres attendent. De voir si le projet est tenable financièrement. De voir si les professeurs protestent ou non. Mais surtout pas de voir si cela améliore la qualité de vie des enfants à l’école. On va tout essayer mais à l’heure des bilans il n’y aura rien à dire.

 

Telle est la nouvelle mode chez nos législateurs : expérimenter sur tout, ne conclure sur rien. Sans hypothèse ni protocole, les apprenti-sorciers qui nous servent d’élus essaient tout et s’essaient à tout. Les zones de sécurité prioritaire ne sont lancées que dans quatorze villes pour ne pas que leur échec se voie de trop. Les nationalisations de sites sidérurgiques sont sorties du chapeau sans savoir si elles sont légales ni constitutionnelles. Les trains qui ne s’arrêtent pas en gare pour rattraper leur retard sont tentés en catimini mais les usagers s’en plaignent forcément.

 

L’expérimentation est devenue l’issue de secours idéale du gouvernant qui a trop peur de mal faire pour agir et trop besoin d’être bien vu pour oser. Alors pour ne pas jamais prendre aucun risque, il circonscrit le périmètre des dégâts potentiels en étalant ses réformes aussi bien dans l’espace que dans le temps. Et effectivement elles s’étalent, dans les grandes largeurs : le dispositif fiscal innovant appliqué dans l’artisanat meurt avant d’avoir vu le jour dans l’industrie, la réforme des retraites lancée en 2010 crève en 2013, l’invention picarde agonise en Charentes.

 

C’est triste, mais les acteurs peuvent manquer d’initiative, de créativité et d’efficacité à cause des règles. Les cadres de l’expérience sont des limites, même si elles sont faites pour être dépassées. Or nos gouvernants ayant renoncé à trouver ce qu’ils désirent, ils ont préféré désirer ce qu’ils trouveraient. Ils veulent tout expérimenter au nom du principe de précaution, du gaz de schiste aux OGM sans jamais prendre le pari de l’avenir ou renoncer à une voie qu’ils jugent sans issue. Gouverner c’est prévoir et c’est choisir, or ils naviguent à vue et sans hauteur de vue.

 

Comme sur la bioéthique. C’est dangereux alors on n’y touche pas. L’euthanasie active, le suicide assisté, l’acharnement thérapeutique : autant de pièges à éviter tel un slalom géant et si minuscule à la fois. Ni coup de génie ni coup de folie, la loi Léonetti a juste botté en touche et tout le monde s’en contente. État moderne et État modeste, la puissance publique n’arbitre pas ce genre de questions de la vie privée même si elle se permet de mettre son nez dans des sujets bien plus simples à traiter comme le mariage homosexuel. En aucun cas la PMA ou la GPA.

 

Comme sur la réforme territoriale. D’un côté, le réformisme communal défend à juste titre une fusion des communes et des collectivités pour donner naissance à des ensembles plus grands et moins émiettés donc mieux armés pour résister à la dure loi des finances. De l’autre, le polycentrisme territorial juge à raison ces rassemblements trop coûteux et cette attirance pour le gigantisme peu avenante en termes de souplesse. Alors on va tout essayer, du régionalisme métropolitain à la décentralisation parisianiste en passant par le fédéralisme fiscal.

 

Et on ne sait toujours pas si nos institutions locales sont des administrations de gestion en charge d’un territoire ou des administrations de mission en charge d’une compétence. On n’impose rien car on n’est pas légitime pour le faire. Chaque réforme n’est qu’une expérience de plus, un moment qui aura vécu et qui aura tôt fait de mourir sous les coups de boutoir de la suivante. L’État s’appelle l’État, mais il ne se rappelle plus que tout le monde l’obéit pour cela.

 

La politique c’est la gestion du futur mais il y a au moins deux erreurs dans cette phrase. Ce n’est point de la gestion, car quand on essaie tout sans ne jamais rien tenter c’est qu’on ne sait pas où on va. Ce n’est point du futur non plus, car l’avenir est bouché à ceux qui ont peur que les participants à leurs euphorismes ne deviennent des parties civiles. Pour parler français, que la réforme qui enchante tant les maitres d’école ne devienne le motif de leur grogne.

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