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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 22:06

« Longtemps les centristes furent des politiciens de droite travestis »

 

Jean-François KAHN (1938) – Journaliste français et gauchiste mou

  

 

Le centre a vécu une rude et dure année 2012. Le Modem de François Bayrou a subi deux raclées aux élections présidentielles et législatives et a viré à gauche. Le Nouveau Centre d’Hervé Morin a cédé face au chantage de l’UMP et a perdu toute la visibilité que lui offrait le pouvoir. Le parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo a hésité à y aller et a refusé après bien des atermoiements. Réduites à 30 députés à l’assemblée, ces formations malformées ont dû faire l’union au centre pour faire la force. C’est l’UDI, l’union des démocrates et indépendants.

 

La soupe de lettres du centrisme s’enrichit d’un nouveau sigle. Celui-ci montre bien que ses nouvelles têtes d’affiche n’ambitionnent rien de nouveau. L’UDI fait forcément référence à l’UDF, le parti créé par Michel Poniatowski en 1978 pour soutenir le président Valéry Giscard d’Estaing. Or l’union pour la démocratie française était divisée et déchirée entre démocrates-chrétiens et libéraux. Le côté indépendant est une concession aux paysans du centre national des indépendants, ancien parti de René Coty et Antoine Pinay qui fait partie de la famille.

 

Il est difficile d’imaginer un parti plus mal charpenté. Il ne repose sur aucune idéologie commune puisque ses composantes n’en ont pas et les défendent jusqu’à s’entretuer. Il se base sur quelques personnalités qui vont se mener la guerre des sous-chefs pour le titre honorifique et sans honneur de patron du centre. Jean-Louis Borloo est favori mais devra se méfier de Jean Arthuis et de l’alliance centriste. Sachant que François Bayrou fausse le jeu en ne le jouant pas.

 

Cette union est une réunion après l’aventure solitaire du béarnais, mais les démocrates ne savent pas encore s’ils doivent continuer à jouer les cathos réacs ou commencer à séduire les bobos trendys. Le leader du Modem ou de ce qu’il en reste a trouvé la solution avec sa tiédeur du juste milieu toute centriste : sur le mariage homosexuel, il préfère qu’on parle d’union. C’est cette absence d’opinion tranchée qui coûte si cher en électeurs aux partis du marais en France.

 

Le centrisme est une idée en mauvais chemin. Il doit se méfier des forces extérieures qui cherchent à le vampiriser. L’embouteillage au centre est un embobinage mais beaucoup ont vu que la place était bonne. Dominique de Villepin a ainsi tenté de faire croire qu’il était depuis toujours un centriste à fond, ce qui est tout un concept. Il doit aussi se méfier de ses faiblesses intérieures qui le minent continuellement. C’est un mouvement de barons et non de militants qui se mènent la guerre permanente pour faire triompher leurs clubs, ce qui est très suicidaire.

 

La droite aurait beaucoup à apprendre des déboires du centre. En 2002, Jacques Chirac avait refusé la création de courants au sein de l’UMP car ce parti n’était pas un lieu de débat interne et interminable mais une machine à gagner électorale. Il est donc essentiel et capital d’en être le chef. La balkanisation - rien à voir avec Patrick Balkany, quoique - donne toujours une mauvaise image aux français car elle est synonyme de division et d’indiscipline. Ces bonnes intentions de faire vivre les idées sont belles mais les français attendent de leurs responsables politiques qu’ils valorisent leurs idées, et non celles des adversaires ou des mencheviks du parti.

 

Il est temps de refaire une union avec le centre. La stratégie du parti unique enlève toute dynamique de 2ème tour mais la menace d’une candidature centriste multiplie les dangers au 1er. Les guerres fratricides entre le RPR et l’UDF ne doivent pas recommencer entre l’UMP et l’UDI. Ce dernier croit exploiter la droitisation du premier pour incarner le centre droit. Or il faudra en faire un allié pour les petites élections et un soutien pour la grande. Entre la stratégie d’indépendance du Modem et celle d’allégeance du Nouveau Centre, l’UDI devra choisir. On peut vivre séparé, mais il faut savoir sceller l’union dans les moments importants qui comptent.

 

La malédiction du centrisme continue, condamné à ne jamais être central car obligé de s’allier avec la droite ou la gauche. En haut et en bas ou au milieu et au centre, il doit faire le choix entre mourir avec ses idées ou vivre avec celles des autres et avoir raison seul dans la minorité ou tort avec tout le monde dans la majorité. Par confort ou conformisme, le centre n’a jamais osé tuer l’UMP ou le PS pour prendre sa place. Il peine donc à la trouver et se fait violer à chaque tournante électorale.

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commentaires

Hammar 23/10/2012 19:40

L'UDI a vocation à exister par lui-même. Il n'est pas le sous-fifre de l'UMP.

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