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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 06:58

« Il est facile d’aimer une république dont on est le président »

 

Alphonse KARR (1808-1890) – Ecrivain français et élève modèle

 

 

Le modèle présidentiel est une référence en France. Bien qu’elle reste une démocratie parlementaire, elle a suffisamment été influencée par 50 ans de Vème République pour intégrer la culture du culte du chef. Même si François Hollande ressemble parfois de trop près aux pires sous-fifres de la IVème République, en René Coty juste bon à inaugurer les chrysanthèmes, il a à sa disposition un pouvoir assez étendu pour ne pas passer pour un roi fainéant aux yeux des français. Il est juste dommage que la fonction soit dévaluée par tous ceux qui l’occupent.

 

Il faut être habité par le destin pour devenir président de la république en France. Et le faire croire aux autres. Seuls ceux qui déclarent en avoir toujours rêvé ont une chance un jour d’être élu. François Mitterrand disait qu’il faut y penser même quand on lasse ses chaussures. Jacques Chirac s’y est aussi pris à trois fois avant d’atteindre son but. Nicolas Sarkozy y pensait bien plus souvent encore qu’en se rasant. Jean-François Copé en parlait déjà quand il était étudiant et désormais cela ne fait plus rire personne. Il est peut-être le prochain sur la liste.

 

Mais galvanisé par la foule plus qu’il ne la galvanise, le président français est devenu une exception culturelle à défaut d’être un modèle. Plus personne ne veut nous l’imiter, ce qui fait de la France la seule grande nation démocratique avec les Etats-Unis à faire du chef de l’Etat le vrai chef du gouvernement. Les Etats d’Europe sont monarchiques ou donnent tout le pouvoir au 1er ministre. Encore un effet pervers de la culture britannique ! Il ne reste plus alors que des paradis des droits de l’homme comme la Russie et la Chine pour imiter la figure présidentielle.

 

On passera sur les régimes semi-présidentialistes d’Europe de l’est : le président dirige le gouvernement en Pologne ou en Hongrie, mais personne n’a envie de prendre ces régimes en exemple. Pas plus que les dictatures africaines, belle preuve que la France sait exporter ses valeurs partout où elle trépasse. Bouteflika en Algérie, Gbagbo en Côte-d’Ivoire ou Mugabe en RDC : tous se sont inspirés du modèle gaullo-bonapartiste qui marchait si bien en France tant que le peuple se la fermait. Le jour où il s’est mis à parler, tout était fini pour le président.

 

Si on relève que l’Amérique du sud a aussi adopté ce système sous l’influence du voisin yankee avec autant de succès sur le plan démocratique (Pinochet au Chili, Perón en Argentine, Chavez au Venezuela), on constatera effectivement que le modèle du régime présidentiel n’est pas un système exemplaire dans le reste du monde alors qu’il reste encore un mythe au sein de nos frontières. Difficile alors de le diffuser quand on sait les révolutions de palais et les bains de sang que les peuples doivent subir seulement pour donner le pouvoir à un autocrate agressif.

 

Il est hasardeux de transplanter un système institutionnel dans un pays dont la culture politique est différente. Imposer la démocratie là où le peuple est naturellement soumis est une erreur monumentale. Les cas de la Tunisie et de l’Egypte sont là pour en témoigner. De même le niveau de violence d’un pays est souvent lié au degré d’autoritarisme de ses dirigeants, signe que leur autorité est bafouée et qu’ils doivent imposer par la force ce qu’ils ne peuvent instituer par le consentement. Les cas de la Syrie et de la Libye sont également saisissants à ce propos.

 

Le propre d’une élite, c’est d’être les meilleurs. Elle est faite pour gouverner, quelle que soit la formule politique ou le régime qui n’est jamais qu’un alibi pour soulager sa conscience. Ces gens-là se débrouillent, avec des constitutions de papier ou des armées jusqu’aux dents. Le seul problème est qu’ils n’aiment pas les élections, or la politique c’est aussi et avant tout aimer la compétition et remettre son pouvoir en jeu. Et même en France, le président n’assume plus de risques. S’il perd l’élection intermédiaire, il reste. Il ne démissionnerait pour rien au monde.

 

Le modèle présidentiel à la française est en crise dans le monde et il n’y a pas de raison pour qu’il ne le soit pas en France. En 1958, la droite avait sauvé la France en réformant ses institutions malades. Depuis, elle reste maladivement attachée à cette Vème République alors que sa marque de fabrique devrait être la réforme constitutionnelle. Si le modèle présidentiel est à bout de souffle ce n’est pas que la faute du président mais aussi celle du modèle. Si on veut que notre régime politique colle avec son temps, il faudra évoluer avec lui. En finir avec l’exception.

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commentaires

YMCA 49 28/01/2013 08:10

Très bon !

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